LIVRE XV. — LONGUE AGONIE DE MAXIMILIEN
blessé au comité de Salut public (i). Quant à Hanriot, il ne fut arrêté que beaucoup plus tard. S'il avait manqué de cet éclair de génie qui lui eût fait saisir le moment opportun de fondre sur la Convention, de se saisir des conjurés et de délivrer la République d'une bande de coquins par lesquels elle allait être honteusement assen'ie, ni le dévouement ni le courage, quoi qu’on ait pu dire, ne lui avaient fait défaut. Trahi par la fortune et abandonné des siens, il lutta seul corps à. corps contre les assaillants de la commune. Il venait de saisir Merlin (de Thionville) au collet (2), quand l'assassinat de Robespierre trancha tout à coup la question. Obligé de céder à la force, le malheureux général se réfugia dans une petite cour isolée de l’Hôtel de Ville, où il fut découvert dans la journée, vers une heure de l’après-midi (3). On le trouva tout couvert de blessures qu’il avait reçues dans la lutte ou qu’il s’était faites lui-même (4), ayant peut-être tenté, comme Robespierre jeune, mais eu vain également, de s’arracher la vie. Ainsi finit par une épouvantable catastrophe cette résistance de la commune, qui fut si près d’aboutir à un triomphe éclatant.
Placé sur un brancard, Robespierre fut amené ù la Convention par des canonniers et quelques citoyens armés. Il était si faible, qu’on craignait à chaque instant qu’il ne passât. Aussi ceux qui le portaient par les pieds rccommandaicnt-ils à leurs camarades
iialionale. Le comniaudaiit du poste répondra sur sa téie de la personne de CouUioiu Signé : Barras , J.-B. Delmas, représentons da peuple. » (Pièce inédite de la collection BeuchoL)
(1) Procès-verbal du juge de paix Bucquet (uM raprà).
(2) Extrait des Mémoires de Barras. Ubi tuprà,
(3) Déclaration de Dumesnil, commandant la gendarmerie des tribunaux, ^ièce XXXI. p. 182 à la suite du rapport de Courtois sur les évéDcmenis de Thermidor.
(4) Procès-verbal de rarrestation dTlanrioi par Guynand et Chandellier, agents du
comité de Sûreté, Bonnard, secrétaire ageut; Lesueur, id„ Martin, agent principal, et Michel. (Pièce XL, p. 214, k la suite du rapportde Courtois.) Tous les historiens ont raconté, d’après Barère et Dumesnil, qu’Hanriot avait été jeté par Coffiobal d’une fe~ nêlre du iromime étage dans un égout de rUôiel de Ville. Mais c'est là bien évidemment une fable tbermidurienne. a C’est une déclaration faite hier au tribunal révolu- Uounaire, » dit Baière dans la séance du il thermidor. Une déclaration de qui? Ni Duniesuil ni Barère ne méritent la moindre confiance. Si en effet Hanriot eût été précipité d’une fenêtre du fromème étage ^ il est à croire que les agents du comité de Sûreté générale chargés d'opérer son arrestation en eussent su quelque chose, et ils *
n’en ont rien dit dans leur rapport; il est h présumer surtout que les Thermidorien.'^ n’auraient pas eu à le faire transporter h la Conciergerie et de U a l'échafaud.
(le lui tenir la tête bien élevée, pour lui conserver le peu de vie qui lui restait (!). Ni l’outrage ni l’injure ne lui furent épargnés en chemin. Insulter le géant tombé, n’était-ce pas une manière de faire sa cour aux assassins vainqueurs? Quand Jésus eut été mis en croix, ses meurtriers lui décernèrent par dérision le titre de roi des Juifs; les courtisans thermidoriens usèrent d’un sarcasme analogue à l’égard de Maximilien. « Ne voilà-t-il pas un beau roi! » s’écriaientils. Allusion délicate au cachet fleurdelisé qu'on prétendait avoir été trouvé sur le bureau de la commune.
B Le biche Robespierre est là, » dit le président Charlier en apprenant l’arrivée du funèbre coru'-ge. « Vous ne voulez pas qu’il entre ?» — Non, non, hurla le chœur des forcenés. Et Thuriot, le futur serviteur du despotisme impérial, d’enchérir là-dessus ; « Le cadavre d’un tyran ne peut que porter la peste; la place qui est marquée pour lui et ses •complices, c’est la place de la Révolution (2). » Ces lâches appelaient lâche celui qu’ils venaient de frapper traîtreu.sement, et tyran celui qui allait mourir en martyr pour la République et la liberté perdues.
Robespierre fut transporté au comité de Salut public, dans la salle d’audience précédant celle des séances du comité, et étendu sur une table(3). On posa sous sa tète, en guise d’oreiller, une boîte de sapin où étaient renfermés des échantillons de pain de munition. Il était vêtu d’un habit bleu de ciel et d’une culotte de nankin, à peu près comme au jour de la fête de l’Étre suprême, jour doublement mémorable, où tant de bénédictions étaient montées vers lui et où aussi plus d’une voix sinistre avait pu jeter dans son cœur de sombres pressenliracnts. On crut pendant longtemps qu’il allait expirer, tellement on le voyait immobile et livide. Il était sans chapeau, sans cravate, sa chemise entr’ouverte se trouvait teinte du sang qui s’échappait en abondance de sa mâchoire fracassée. Au bout d’une heure il ouvrit les yeux et, pour étancher le sang dont sa bouche était remplie, il se servit d’un petit sac en peau blanche, qu’un des assistants lui donna sans doute, et sur lequel on lisait ces mots : a Au grand monarque, Lecourt, fourbUseur du roi et de
(1) Faits rec\A€iHis aux derniers instans de BobetpUrre et de ta faction, du 9 a» 10 Ih^midor. Paris, În-S^de 7 p. De Timpr, de Paia, passage Honoré. Cette brochure, > ans nom d'auteur, paraît rédigée arec une certaine impartiatilé, c'est-à-dire qu'on i(’j rencontre pas les calomnies ineptes et grossières dont toutes les brochures Uiermidoriennes du temps sont remplies. C'est pourquoi nous avons cru devoir y puiser • quelques renseignements.
(ï) Monitettr du 1î thermidor (30 juillet 1794).
(3) Cette table se trouve aujourd’hui aux Arcàtoer.
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