‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 345 sur 354 · LIVRE XV. — EXÉCDTIOK DE RODESPIERRE ET UE SES AMIS 8U · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — EXÉCDTIOK DE RODESPIERRE ET UE SES AMIS 8U

antiques qu’en Grèce et à Rome on louait pour assister aux funérailles des morts. Partout, sur le chemin du sanglant cortège, se montraient joyeux, ivres, enthousiastes, le ban et l’arrière-ban de la réaction, confondus avec les coryphées de la guillotine et les terroristes à tous crins. Derrière les charrettes, se démenant comme un furieux, un homme criait de tous ses poumons : «A mort 1e tyran ! » C’était Carrier (i). Il manquait Taliien et Fouché pour compléter ce tableau cynique.

• Dans les rues Saint-Denis, de la Ferronnerie et sur tout le parcours de la rue Saint-Honoré, les fenêtres étaient garnies de femmes qui, brillamment parées et décolletées jusqu’il la gorge, sous prétexte des chaleurs de juillet, s’égosillaient à vociférer ; « A la guillotine! » Une chose visible, c’est que le règne des tilles, des prostituées de tous les mondes, des agioteurs, de tous les grands fripons, commençait. Grâces en soit rendues aux Fréron, aux Lecointre et à toute leur séquelle ! Ah ! ces femmes avaient bien raison d’applaudir et de vociférer, à l’heure où toutes les vertus civiques allaient s’abîmer dans le paniqr de Samson. Patience ! vingt ans plus tard on verra les mêmes mégères, aussi joyeuses, aussi richement vêtues, accoudées sur le velours aux fenêtres des boulevards, et de leurs mains finement gantées agitant des mouchoirs de batiste, on les verra, dis-je, accueillir par des sourires et des baisers les soldats de l’invasion victorieuse.

Quand le convoi fut arrivé à la hauteur de la maison de Duplay, des femmes, si l’on peut donner ce nom :’i de véritables harpies, firent, assure-t-on, arrêter les charrettes, et se mirent ù danser autour, tandis que trempant un balai dans un seau rempli de sang de bœuf, un enfant aspergeait de ce sang la maison, ou durant quatre ans Maximilien avait vécu adoré au milieu de sa famille adoptive. Si ce fait atroce est exact (2), il était sans portée, car à cette heure la maison de Duplay se trouvait veuve de tous ceux qui l’avaient habitée ; père, mère, enfants, tout le monde avait été plongé déjà dans les cachots de la terreur thermidorienne (3). Enfermée à Sainte-Pélagie, avec des femmes de mauvaise vie, la malheureuse M'”' Duplay y fut en butte aux plus odieux traitements, et elle mourut tout à coup le surlendemain, étranglée, dit-on, par ces mé-

(1) HUtoiTe farlemi»iair$, t. XXXIV, p. 96.

(2) Ce fait est affirmé par Nougaret et par tes autaiin de l'HisMrede la Rdeofafion par deux amie de la Uberti, double autorité également contealable. On aurait peine à croire b une auaai horrible chose si l’on ne savait que les hommes de Thermidor étaient capables de tout.

(3) Lettre de Hv" Le Bss an directeur de la Revue de Parii, année I84i.

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gères. Son crime était d’avoir servi de mère au plus pur et au plus vertueux citoyen de son temps.

On raconte encore — est-ce vrai? — que lorsque le convoi des martyrs fut arrivé au milieu de la rue ci-devant Royale, une femme jeune encore et vêtue avec une certaine élégance s’accrocha aux barreaux de la charrette, et vomit force imprécations contre Maximilien. J’incline à croire que c’est là de la légende thermidorienne. Robespierre se contenta de lever les épaules, avoue l’écrivain éhonté il qui nous emprutons ce détail (1). A ces vociférations de la hain(> le mépris et le dédain étaient la seule réponse possible. Qu’importaient d’ailleurs à Maximilien ces lâches et stupides anathèmes? il savait bien que le vrai peuple n’était pas mêlé à cette écume bouillonnante soulevée autour des charrettes fatales. Le vrai peuple se tenait à l’écart, consterné. Parmi les patriotes sincères, beaucoup s’étaient laissé abuser par les mensonges des Barras et des Vadier, au sujet des emblèmes royaux trouvés, disait-on, en la possession de Robespierre, — qui ne sait avec quelle facilité les fables les plus absurdes sont, en certaines circonstances, accueillies par la foule? — beaucoup aussi gémissaient de leur impuissance à sauver ce grand citoyen. Mais toute la force armée, si disposée la veille à se rallier à la cause de Robespierre, avait passé du cêté des Thermidoriens; une masse imposante de troupes avait été déployée, et il eût été difficile d’arracher aux assassins leur proie.

Parvenus au lieu de l’exécution, les condamnés ne démentirent pas le stoïcisme dont ils avaient fait preuve jusque-là ; ils moururent tous sans forfanterie et sans faiblesse , bravement, en gens qui déliaient l’avenir et embrassaient la mort avec la sérénité d’une conscience pure et la conviction d’avoir jusqu’au bout rempli leur devoir envers la patrie, la justice et l’humanité. Par un raffinement cruel, on avait réservé Robespierre pour le dernier. N’était-ce pas le tuer deux fois que d’achever sous ses yeux son frère Augustin, ce pur et héroïque jeune homme, qu’on attacha tout mutilé sur la planche. Un jour de plus, il mourait de ses blessures, les bêtes féroces de Thermidor n’eurent pas la patience d’attendre. Maximilien monta d’un pas ferme les degrés de l’échafand. Quand il apparut, sanglant et livide, sur la plate-forme où se dressait la guillotine, un murmure sourd courut dans la foule. Était-ce le gémissement de la patrie en deuil? Ah! tu peux pleurer, pauvre et chère patrie, de longtemps tes enfants ne retrouveront un ami plus sincère et plus

( I ) Di'sessaru, auteur ü’uD pamphlet cynique iutitulé : La Km, les Crimes el U Supplice de Hnbesfitne et de ses principaux complices, p. 1Ü6 de la t'* édition.

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