‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 36 sur 354 · LIVRE XI. — 11. nÉFEM» LE MIMSTÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — 11. nÉFEM» LE MIMSTÈRE

les départements fussent investis d’une autorité discrétionnaire sur toutes les administrations départementales, Robespierre critiqua vivement cette proposition, laquelle tendait îi revêtir d’une sorte de dictature une foule de citoyens bien intentionnés peut-être, mais inconnus pour la plupart. Or, il est à remarquer que les abus du gouvernement révolutionnaire viendront précisément du pouvoir exagéré accordé aux innombrables comités répandus sur la surface de la Républi(]ue. Appelant à son secours tous les citoyens pleins de zèle pour le bonheur de la patrie, Maximilien s’engageait, aidé du génie de la liberté et de l’énergie de ses compatriotes, à confondre toutes les calomnius et à faire triompher à la fois la vérité et le patriotisme (1). Quand parfois on semblait douter de la possibilité d’opposer des remèdes eflicaces aux maux de la patrie, ou des troupes suflisantes aux armées formidables de la coalition, il apparaissait soudain, et d’un mot rendait cœur aux plus effrayés. Ce ne sont jamais les hommes et les chevaux qui nous manqueront, disait-il, sachant bien ce qu’à cet égard on pouvait attendre du peuple français. La chose la plus difficile et la plus importante à ses yeux, c’était de réduire les ennemis de l’intérieur, dont les manœuvres paralysaient nos victoires memes. Il fallait seulement se garder des mesures inconsidérées, et, à ce propos, il défendait encore le ministère, composé, assui-ait-il, d’hommes vraiment républicains (2). Le changer brusquement, comme le réclamaient certaines personnes, ce serait porter un coup funeste à la liberté. La République n’en serait certainement pas perdue, disait-il, mais cinquante années de calamités peut-être expieraient cette extravagance (3). Le soupçon farouche était alors dans tous les cœurs, et l’on avaibentendu tout réccmineut un des membres les plus modérés de la Convention, l’ancien constituant Gossuin, demander que le glaive de la loi fil tomber sans pitié les têtes des ministres coupables (i).

Ce langage, on le comprend, était forcément en rapport avec les évéq^nients. C’est ainsi que dans la séance du 7 août, l’incendie d’Huningue, attribué à l’Angleterre, ayant été annoncé à la Convention, Garnier (de Saintes) proposa à l’Assemblée de déclarer que

(1 ] Journal des débals et de la correspondance de la socUlé des Jacobins, numéro é73, séance du 13 août 1793. ,

(1) Le ministère était alors composé de ; Gohier, it la justice -, Carat, è l’intérieur; Desloumelles, aux Snances; Bouchotte, S la guerre; d'Albarade, S la marine, et Deforgues, aux afraires élrangères.

(3) Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins, numéro 479, séance du 23 aoét.

(4) Journal des débats et des décrets de la Convention , numéro 328, p. 146, séance

dn 12 août. ,

HISTOIRE HE RORESNERRE

l*itl était rciinonii du gnnre humain, et qu'il était permis à tout le monde de l'assassiner. Cett<‘ motion sauvage excita, il faut le dire, de violents murmures. « Je n’appuierai pas, » dit Coutbon, l’ami de Robespierre, « la proposition qui vous est faite d’autoriser l’assassinat de Pitl; mais je demande au moins que vous décrétiez solennellement que Pitt est l’ennemi de l’espèce humaine (1). » Cette fois tout le monde se trouva d’accord, et le ministre anglais fut flétri par un décret qui devra éternellement rester attaché à sa mémoire.

Robespierre lui-même, comme on l'a pu voir, n’était pas toujours exempt d’un certain emportement dans .ses paroles. Mais, outre d’ailleurs qu’il était bien difficile de mesurer .ses expressions au compas dans des discours pre.sque constamment improvisés et nés au .souffle brûlant de la fournaise au milieu de laquelle se débattait la République, encore csl-on obligé de reconnaître qu’il ne s’écarta jamais des voies tracées par la véritable sagcs.se. A cette époque Paris était en proie aux plus vives inquiétudes. Le pain était rare, la foule alarmée a.ssiégeait en quelque sorte les boutiques de boulangers, et l’on craignait que le peuple, excité par les malveillants, ne se portflt .’i quelque extrémité. Comment s’exprimait alors Robes- |»ierre ? Dans la séance du 7 août, aux Jacobins, après avoir rendu compte des mauvaises nouvelles survenues dans la journée, et dont, selon lui , les républicjiins n’avaient pas à s’effrayer, parce qu’ils ne devaient s’effrayer de rien et qu'un malheur de plus était l’assurauce réitérée d’un succès ]>lus constant, il s’attachait îi mettre le peuple en garde contre tous les mouvements à l’aide desquels on s’efforcait de produire dans Paris une disette factice. On voulait, di.sait-il, « faire piller les magasins par le peuple, ou plutôt par des scélérats déguisés sons l’habit du peuple, sous l’habit respectable de la pauvreté; » qn voulait « porter le peuple vers les prisons, et y renouveler les horreurs de Septembre. » Puis, après avoir tracé un .sondjre tableau des calamités où de tels événements ])Iongeraient 1a nation, il engageait les envoyés des départements à inviter ce peuple au courage, à la persévérance, par l’aspect du bonheur que lui procureraient son obéissance aux lois, sa confiance dans scs légis- * lateurs, son union et son dévouement au maintien de la République (2). On voit comment Robespierre entendait fonder cette République, comment la sage.sse, exempte de toute fau.sse modération, parlait par sa bouche. Et c’est par où d’ailleurs il s’est montré supérieur à presque tous les révolutionnaires de l’époque.

(t) Vonitrur.du 9 août 1793.

(4) Journal det dibaltel de la eorretpoudan'-e de la toriilé det Jacobins, numéro 467.

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