‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 38 sur 354 · LIVRE XI. — EJiTREVlF, UE C.XRAT AVEC KOllESUIElillE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — EJiTREVlF, UE C.XRAT AVEC KOllESUIElillE

ourdies par le gouvernemeiil anglais; que Cusline, qui n’étai! pas encore jugé, le fût dans les vingt-quatre heures; qu’on poursuivît sans relftche le procès des conspirateurs mis en état d’arrestation par un décret; qu’enfin les commissaires, dont le patriotisme était connu, fussent chargés de remplacer dans leurs départements respectifs les administrateurs contre-révolutionnaires par des patriotes sûrs, actifs, énergiques, et qui, par leur fermeté au milieu des ]iersécutions, se fussent rendus dignes de la contiance publique. A peine avait-il fini, que le futur thermidorien Lecointre, l’homme de Versailles, réclama impérieusement le jugement, sous huitaine, de la femme de Louis Capet, en s’écriant que c’était la plus coupable de tous (1).

Ainsi, à la voix de Danton, la terreur allait s’ériger en système de gouvernement. Mais, en baptisant delà sorte l’action révolutionnaire, le puissant tribun des Cordeliers ne se doutait guère que les plus affreuses terreurs s’effaceraient devant le spectre de la terreur révolutionnaire, qu’elles se pareraient des noms de « nécessités politiques, mesuresde sûreté générale, » tandis que la Convention , dans sa bonne foi farouche, ne recula pas devant un vocable sinistre, quand elle décréta cette Terreur, sur laquelle nous aurons û revenir tout à l’heure, et qui seule, peut-être, aurait son excuse dans l’histoire, si nous pouvions concevoir la Terreur.

Sur ces entrefaites, un ministre cher û Robespierre, un philosophe, un esprit délicat, le ministre de l’intérieur. Carat, donna sa démission. Tout récemment décrété d’arrestation pour un délit imaginaire, sur la dénonciation de Collot d'Herbois, Carat s’était ai.sément justifié et n’avait pas eu de peine à obtenir de la Convention le rapport du décret rendu contre lui. Mais il n’était pas d’un caractère assez ferme et assez résolu pour conserver son poste dans des circonstances aussi périlleuses ; il préféra se retirer, laissant sa place à Paré, créature de Danton.

Dans ses Mémoires de 1793, dont nous avons déjà parlé, il raconte qu’il eut, vers cette époque, une longue entrevue avec Robespierre. Voici à quel sujet : 11 avait composé, paraît-il, un volumineux écrit sur la situation présente, et avait offert au comité de Salut public de lui en donner communication. Le comité avait

(1) Voy.| pour cett« importante séance, le Moniteur du 14 août 1793.

HISTOIRE IIK nOUESPIERRE

char^^ Robespierre et Saint-Just d’entendre la lecture de cet ouvrage et de lui en faire, un rapport. Au jour et à l'heure fixés, Robespierre vint seul au rendez-vous. C’était aux Tuileries, dans un petit cabinet dô]iendant du pavillon où le comité de Salut public tenait scs séances. Garai lut l’ouvrage tout entier îi Robespierre. Comme, dès le début, il annonçait à la République qu’il allait l’entretenir des divisions de la Convention et des catastrophes qu’elles avaient amenées, Robespierre l’interrompit en lui disant ; a Quelle catastrophe? Quant aux divisions, il n’y en a plus : le 31 mai les a terminées. » Hélas! plût îi Dieu qu’il eût dit vrai! Garat avait peint en quelques phrases énergiques les horreurs des journées de Septembre; sur quoi Robespierre, l’interrompant de nouveau, lui aurait dit : « On a menti quand on a imprimé que j’y ai eu quelque part; mais il n’a péri là que des aristocrates, et la postérité que vous invoquez, loin d’étre épouvantée du sang qu’on a répandu, prononcera qu’on a trop ménagé le sang des aristocrates. » Ici, on peut l’affirmer, Garat a été, inlenlionnellemenl peut-être, mal servi par sa mémoire. 11 écrivait, on le sait, au plus fort de la réaction ihermidogirondine, et il fallait bien se mettre un peu au goût du jour. Je ne crois nullement à l’appréciation qu’il prêle à son interlocuteur sur la façon dont la postérité envisagerait les journées de Septembre, cl voici pourquoi : c’est qu’à l’époque où Garat se met en scène avec Robespierre, celui-ci s’élevait énergiquement, aux Jacobins, contre ceux qui voudraient porter le peuple vers les prisons <t et y renouveler les horreurs de Septembre (1). » Qu’au ministre parlant continuellement, dans le cours de son ouvrage, des partis, des causes qui les avaient fait naître, et de leur esprit, Robespierre ait répondu ; « Il n’y a pas eu de partis, il y a eu la Convention, et quelques conspirateurs, » cela est assez vraisemblable, et prouve combien peu le faible Garat avait de sens politique. Le fait .suivant le démontre encore davantage. Garat s’était appliqué, comme une espèce de devise, un emblème figuré dans une gravure placée en tête de la Logique de Wolf, et représentant la terre livrée aux orages de toutes les passions. Dans les régions inaccessibles aux tempêtes, on voit sortir de l’espace un bras qui ne lient à aucun corps, et auquel est suspendue une balance aux plateaux parfaitement égaux et immobiles. Sur une banderole, flottant au-dessus de la balance, on lit : Discernit pondéra rerum. « Pourquoi », demanda Robe.spierre, « ce bras ne tient-il à aucun corps? — C’est, dit Garai, pour repré-

(I) tournai des débats et de la correspondance de la société des Jacobins, numéro 4fiT. Séance du 7 août 1793.

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