‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 39 sur 354 · LIVRE XI. — ENTREVUE DE GARAT AVEC ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — ENTREVUE DE GARAT AVEC ROBESPIERRE

scnter qu’il ne tient à aucune passion. — Mais, tant pis! » répliqua Maximilien, « la justice doit tenir à la passion du bien public, et tout citoyen doit rester attaché au corps de la République. » Cojubien Robespierre avait raison, et se montrait là supérieur au ministre !

Garat poursuivit sa lecture sans trouver un mot à répondre. Il y avait, assure-t-il, dans son écrit un passage trés-virulent contre les Jacobins. Maximilien, l’arrêtant do nouveau, lui répondit ce qu’on pourrait répondre aujourd’hui à tous ceux qui, de parti pris, fulminent encore contre la fameuse société ; « Vous ne connaissez point du tout les Jacobins. — Il est vrai que je n’y vais jamais ; mais je lis très-exactement les comptes de leurs séances. — Les comptes sont faux. — Ils sont rendus par des Jacobins. — Ces Jacobins sont des traîtres. » — C’est ce qui nous a fait dire plus haut qu’il était impossible d’accepter, sans réserve, les débats des Jacobins tels qu’ils ont été reproduits par les journaux du temps, parce qu’ils sont évidemment inexacts et rendus avec la dernière négligence.

Garat louait beaucoup Robespierre d’avoir, dans un de ses discours, pris l’engagement d’oublier toutes les offenses personnelles et de ne se préoccuper désormais que du dommage causé à la République. Pendant toute cette partie de la lecture, Maximilien tint la main posée sur ses yeux, comme s’il eût voulu cacher au ministre les impressions de son âme. Si Robespierre fut fidèle à sa promesse, c’est ce que nous ne tarderons pas à montrer. Somme toute, .s’il faut nous en rapporter à Garat, son écrit tout entier était un blâme sévère des événements du 2 juin. Quand il eut achevé, Robespierre se leva, et, d’une voix altérée, lui dit : « Vous faites le procès à la Montagne et au 31 mai. — A la Montagne, non, au contraire, » répliqua le ministre, « je la justifie, et complètement, des inculpations les plus graves qui lui ont été faites. Quant à quelquesuns de ses membres et au 31 mai, j’en dis ce que j’en pense. — Vous jetez une torche allumée au milieu de la République. — J’ai voulu, au contraire, jeter de l’eau sur les flammes prêtes à l’envelopper. — On ne le souffrira pas. » Rref, le comité de Salut public, prétend Garat, s’opposa h la publication de l’ouvrage, dont les deux éditions furent livrées aux flammes.

Mais ce n’est pas tout; comme à l’époque où écrivait le ministre il fallait, pour être écouté favorablement des puissants du jour, voiler d’une teinte sombre la mémoire de Robespierre, Garat assure que sa vie fut menacée par ce dernier. Et sur quoi se fonde-t-il pour nous donner cette assurance? La chose vaut la peine d’être racontée. Un homme de loi, du nom de Gouget-Deslandes, se trouvait

MISTlimE IIË nOBESI'IERRE

)mr hasard ii la porte du (.-abiiiel où causaient le ministre; et Maximilien. 11 avait écouté les derniers mots de la conversation, et Garat sut par lui, plusieurs jours après, qu’un garçon de bureau avait surpris quelques paroles sur son compte et le jugeait un homme perdu (t). Voilà pourtant ce qu’en 1795 écrivait un homme grave, sensé, et à qui son honnêteté avait valu l’estime de Robespierre. Ah ! ce qu’il y a de vrai, c’est que si les Girondins avaient triomphé au 31 mai, ils eussent très-probablement envoyé Garat à l’échafaud avec les principaux membres de la Montagne, comme le dit fort bien Robespierre au ministre. Qu’on lise les appréciations haineuses de M™' Roland sur le successeur de son mari. Ce qu’il y a de vrai encore, c’est que si, en quittant le ministère, Garat fut chargé de rédiger, avec le jeune Rousselin, un journal républicain, fondé .sous les auspices du comité de Salut public, Robespierre ne fut pas étranger à cette décision (2) ; ce qu’il y a de vrai enfin, c’est que si plus tard Garat fut l’objet des plus graves inculpations, ce fut uniquement à cause de ses anciennes relations avec le martyr de Thermidor; car l’amitié de Robespierre était devenue un titre de proscription.

Ce n’est donc pas dans un mémoire justificatif publié au plus fort de la réaction ihermido-girondine qu’il faut aller chercher l’opinion vraie de Garat sur Maximilien Robespierre. L’ancien ministre de l’intérieur s’y montre plein de ménagements pour Danton et pour les Girondins proscrits au 31 mai (3). Pourquoi cela? Parce que les Thermidoriens dantonistes et les nombreux survivants de la Gironde ri'iitrés dans le sein de la Convention s’étaient donné la main sur les ruines accumulées par la journée de Thermidor. Mais, longtemps après, il vint une heure où, reportant sa pensée vers cette épt)que de trouble et de tempête qu’il avait traversée sain et sauf, et songeant au drame immense dans lequel il avait joué un rôle important, Garai se prit à réfléchir sur les injustices imméritées dont restait

(1) Voy. le récit de GtrM d>n> scs Mémoires, ch. XV, p. 192 et sniv. de l'édit, de

(2) Registre de.s délibérations et errétésda comité de Salut public. drchtouéSlaall. Séanres des 3 et 8 aoOt 1793.

(3) Ce qui ne l'empècha pas d'étre l'objet des assertions les plus calomnieuses de la part du rojaliste Henr; Laritière. en plein conseil des Cinq-Cents. Voy. le MowiUar du 15 thermidor an V (2 août 1797).

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