LIVRE XI. — OPIMOX VRAIE DE GARAT Sl'R MAXIMILIEN
iiccablée la niéraoirc des plus illustres citoyens. C’était en pleine Restauration, c'csl-îi-dirc îi un moment où le nom de Robesiiicrre était maudit, non-seulement par les royalistes, qui poursuivaient en lui l’apôtre le plus pur de la démocratie, mais par la plupart des libéraux du temps, héritiers des passions girondines et thermidoriennes, et sons l’inspiration desquels s’écrivirent les premières Histoires de la Révolution un peu dignes de ce titre. « Les ûmes les plus pures, dans les révolutions, » songea alors Carat, «ne sont pas celles qui ont le moins besoin d’apologie; » et, dans des Mémoires historiques qu’on a grand soin d’invoquer moins souvent que le fameux Mémoire intéressé de 1795, il laissa déborder son ômc et jeta un cri du cœur qu’entendra l’avenir.
Sont-cc les Girondins, est-ce Danton dont il s’occupe îi cette heure de réparation, en faisant un retour sur les hommes et les choses du cycle révolutionnaire, sur les grandes luttes auxquelles il assista? Non, c’est un autre nom, un nom jadis sacrifié par lui au lendemain de Thermidor, qui lui revient en mémoire, que lui souffle la voix de sa conscience. Écoutons-le : « Dans ce nombre si grand d’orateurs toujours prêts et toujours environnés de guerre avec l’Europe, de tribunaux révolutionnaires et d’échafauds qui ruissellent de sang, un seul cherche curieusement et laborieusement les formes et les expressions élégantes de style; il écrit, le plus souvent, ayant près de lui, ù demi ouvert, le roman où respirent en langage enchanteur les passions les plus tendres du cœur et les tableaux les plus doux de la nature : la Nouvelle Héloise; et c’est roriitcur que ses collègues et la France ont le plus constamment accusé d’avoir dressé le plus d’échafauds et fait couler le plus de sang : c’est Robespierre.
« Tandis que les prêtres portent à la tribune nationale des professions de foi d’athéisme, et que d’autres prêtres y confessent, au péril de leur vie, le Dieu et la loi des Évangiles, ce même Robespierre fait ériger un autel et consacre une fête au Dieu que la nature révèle, et non les hommes : à l’Éternel; et le discours qu’il prononce comme grand pontife de cette fête et de cet autel paraît si beau, si religieux, si pathétique l’un des dispensateui-s les plus illustres des couronnes dues aux premiers talents, à La Harpe, qu’il lui adresse avec empressement une lettre éloquente ellemême, et dans laquelle les éloges sont plus prodigués qu’ils ne le furent jamais ù l’auteur des Éloges du Dauphin et de Marc Aurèle (1).
(I ) Les lettres de LA Harpe k Robespierre sont de celles qni ont été sopprimées par les
IllSTOinE riE ROBESPIERRE
dOt
« Robrspicrre, quo l’Europe croit voir îi la t^to de la nation française, vit dans la l)oiiti([uo d’un menuisier dont il aspire î» fitre le fils; et scs mœurs ne sont pas seulement décentes, sans aucune affectation et sans aucune surveillance hypocrite sur lui-mCme, elles sont aussi sévères que la morale du Dieu nourri chez un charpentier de la Judée (1). » Se peut-il entendre de plaidoirie plus saisissante et plus vraie? Allez donc après cela invoquer l’opinion émise par Garat dans un écrit composé pour le besoin de sa défense personnelle et destiné à fléchir les assassins de Robespierre! Sa véritable pensée sur cette grande victime, c’est bien celle qu’il exprima sur le soir de sa vie, à l’heure où rùme, se repliant sur elle-même, laisse échapper de ses ])rofondeurs des accents dictés par la seule conscience, et c’est celle-lù que ratifiera la postérité.
Quelques jours après la fête anniversaire du 10 août, entra au comité de Salut public un homme qui est bien loin d’avoir montré à l'égard de Robespierre le même esprit de justice et d’impartialité. Nous voulons parler de l’illustre Carnot. Appelé le 14 août ù faire partie du comité, il y siégea dès ce jour-là (2). De tous les anciens membres du grand comité échappés à la pro.scription thermidorienne, Carnot est celui qui a poursuivi avec le plus d’acharnement la mémoire de Robespierre; et, dans les circonstances où il a cherché à rejeter sur des collègues qui n’étaient plus là pour se défendre sa part de responsabilité dans les actes du comité, il a fait preuve d’un abaissement de caractère que ne suffisent pas à racheter les incontestables services qu’il a rendus à la France. Loin
Thermidoriens. Elles Ini furent rendues psr le représentant Courtois, et La Harpe paya cette complaisance en derenant un des plus lâches détracteurs de celui qu'il avait porté aux nues.
(1) Mémoires historiques sur le XF/n® Hède, etc., t. Il, p. 338, 339 de la ï® édition. 1829. Ancien ministre, directeur de l'École normale, sénateur, comte de l'Empire, membre du Corps législatif pendant les Cent-Joura, Garat n'orna point de sa peraonne, comme certains Girondins, la chambre des pairs delà Restauration. Rentré dans la vie privée, il mourut en 1833.
(2) Carnot fut adjoint au comité de Salut public, ainsi que Prieur (de lu Céte-d'Or), dans 1a séance du 14 août , et Tun et l’autre siégèrent au comité le jour même. (Voj. le Moniteur du 13 août 1793, et les registres des délibérations et arrêtés du comité de Salut public, Archives^ 434 a a 71.) C'est donc à tort que M. Hippoljte Carnot, dans ses Mémoires sur son père (t. I*', p. 336), prétend qu’à cette époque Carnot était encore en mission dans le Nord. Que d'erreurs dans ces Mémoires, que ne saurait justifier la tendresse filiale !