LIVRE XI. — CARNOT ENTRE AC COMITÉ DE .SALIT PCBLIC
de se renfermer exclusivement, comme il l’a prétendu, dans la gestion purement militaire, il a pris part à toutes les opérations du comité, comme cela était son devoir d’ailleurs. Il a prétendu encore, il est vrai, avoir donné la plupart du temps sa signature de confiance, sans savoir ce qu’il signait. Cela n’est pas exact, nous le prouverons sans peine; mais cela fût-il vrai, Carnot n’en serait que plus coupable, et sa responsabilité ne se trouverait nullement dégagée. Sa signature se rencontre au bas des lettres les plus sévères, des arrêtés les plus rigoureux, où ne figure pas celle de Robespierre. Loin d’être de ceux qui prêchèrent la modération, il fut, contre Robespierre, l’allié des Fouché, des Collot d’Herbois, desRillaud-Varenne, c’est-à-dire des partisans de la terreur à outrance. 11 n’entre aucunement dans notre pensée d’incriminer sa conduite pour les actes auxquels il a pris part avant le 9 Thermidor et dont il doit, comme ses collègues, répondre devant l’avenir; mais l’inflexible histoire rend à chacun ce qui lui est dû, et nous ne saurions admettre les indignes complaisances de ces historiens qui nous ont présenté un Carnot immaculé au point de vue de la réaction, on acceptant comme vraies les explications qu’il lui a plu de donner après Thermidor. Non, Carnot n’a pas été plus sincère en essayant de mettre après coup sur le compte de Robespierre et de Sainl-Just la responsabilité de tous les actes terribles de la Révolution qu’il ne l’a été lorsque, reniant une amitié de jeunesse, il n’a pas craint d’affirmer qu’il connaissait à peine Maximilien au moment où ils vinrent s’asseoir ensemble sur les bancs de la Convention (1).
Est-il vrai, comme on l’a avancé, que Robespierre se soit opposé à son entrée au comité do Salut public (2)? Cette prétention est tout à fait injustifiable. Il est bien certain, au contraire, que si Robespierre, ayant pour lui Saint-Just, Couthon, Jean-Bon Saint- André et même Barère, eût soulevé quelques objections, Carnot serait bel et bien resté en dehors du comité. Mais alors il n’y avait entre eux aucune divergence d’opinion. Nous dirons plus tard les causes de leur regrettable rupture, et l’on verra de quel côté furent les torts.
Maximilien n’était pas homme à ménager la vérité, même à scs
(1) Voy. k cet égtrd le premier Tolame de noire tfi/fotre, liv.
(3) C'est ce que M. Michelet trouve indubiteble. Et le raison qu'il en donne est vrai* ment eurieuse : « C'est, dit>il, que Carnot avait protesté contre le 3t mai (t. VI , p. 239). j> Et où cela? Dans les Mémoires publiés sur lui, et encore bien faiblement. Mais à l'époque? Voilà ce que M. Michelet aurait bien dû nous apprendre. Si Carnot avait protesté contre le 31 mai , il eût été du nombre des signataires de la protestation que non sans peine Robespierre arracha à l'échafaud:
nisToine de Robespierre
plus chers amis. A propos d’une proposition de Lacroix dont nous avons parlé déjà, proposition tendant implicitement au remplacement de la Convention nationale, il avait, trois jours auparavant, laissé tomber quelques paroles de blâme sur certains de ses collègues qui sans doute avaient approuvé une mesure que lui, Robespierre, jugeait funeste dans de pareilles conjonctui’es ; mais, ne voulant pas envelopper tout le comité dans ce blâme, il avait déclaré qu’il avait vu d’un côté des membres patriotes faire tous leurs efforts pour sauver le pays, et de l’autre, des traîtres conspirer jusque dans le sein de ce comité (t). Ses paroles ont-elles même été fidèlement rapportées? j’en doute fort; car, à quelque temps de là, il défendait dans la personne de Barère le comité tout entier, dont, à plusieurs reprises, il s’était fait l’avocat alors qu’il n’en était pas membre, et ce fut sur sa proposition foiauelle que, le mois suivant, la Convention déclara que son comité de Salut public avait bien mérité de la patrie (2).
Ce terrible comité, si méconnu et si calomnié, était animé de sentiments de tolérance dont jamais gouvernement ne s'inspira; nous aurons plus d’une preuve éclatante à en donner. Ainsi, les anabaptistes français lui ayant député quelques-uns d’entre eux pour lui représenter que leur culte et leur morale leur interdisaient de porter les armes et pour demander en conséquence qu’on les employât dans les armées à tout autre service, il adressa aussitôt aux corps administratifs une lettre dans laquelle il était dit : « Nous avons vu des cœurs simples en eux, et nous avons jiensé qu’uii bon gouvernement devait employer toutes les vertus à l’utilité commune; c’est pourquoi nous vous invitons à user envers les anabaptistes de la même douceur qui fait leur caractère, à empêcher qu’on ne les persécute, et à leur accorder le service qu’ils demanderont dans les armées, tel que celui de pionniers et celui des charrois, ou même à permettre qu’ils acquittent ce service en argent (3). » En lisant ces
(1) Voilkeeque H. Michetet, uns diatiogner, appetle « nn< diatribe iponTtnltble contre ses colligues. » (T. VI , p, 240), Mais M. Michelet te garde bien de dire qu'h diveraes repriacs Robeapierre avait énergiquement défendu le comité de Salut pubiic, alora qu'il n'en faiaait paa partie, notamment dont 1a aéance du 24 juillet 1793, oU, t'adreaaant h Brichet , il diaait : n II eat ridicule de vouloir tenir ie comité de Salut public en liaière; on doit auppoaer que le comité eat eompoaé d'hommea d'eaprit et de politiquea; qu'il tait, jaaqu’h un ceruin point , comment il en doit naer, et on devrait bien t'en rapporter h lui un peu davantage. « {Journal dut diialt et d* la correa])on' dance de la lociéu des Jacobins, numéro 457.)
(2) \oj. le Moniteur dea 27 et 28 aeptembre 1793. Séance du 25. — Ce aont toutea eboaea dont M. Hicbelet ne a'eat paa rendu compte.
(3) Regiatrea dea délibérationa et arrêtée du comité de Salut public. Séance du