‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 42 sur 354 · LIVRE XI. — LA LEVÉE EN MASSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA LEVÉE EN MASSE

lignes, se fûl-oii cru si près des temps horribles où, pour crime de religion, on était exposé aux persécutions les plus violentes, et où ces malheureux anabaptistes étaient poursuivis comme des bêtes fauves?

Et pourtant la patrie avait alors besoin de tous ses enfants pour les lancer contre l’ennemi. « Il faut », avait dit Robespierre, « que la Convention appelle autour d’elle tout le peuple français (I); » et, le 23 aoûtI703, sur le rapport de son comité de Salut public, elle décrétait que tous les Français seraient en réquisition permanente pour le service des armées jusqu'au moment où les ennemis auraient été chassés du territoire de la République. Qui ne connaît ce décret immortel où le génie de la patrie se déploie dans toute sa majesté et toute sa grandeur? C’était la levée en masse décrétée. Nul ne pouvait se faire remplacer. Devaient marcher les premiers et se rendre sup-le-champ au chef-lieu de leur district, pour s’y exercer tous les jours au maniement des armes, eu attendant l’ordre du départ, les jeunes gens non mariés ou veufs de dix-huit à vingt-cinq ans. Tandis qu'ils marcheraient au combat, les hommes mariés forgeraient des armes, s'occuperaient des subsistances; les femmes feraient des tentes, des habits, sendraient dans les hôpitaux; les enfants mettraient le vieux linge en charpie ; et les vieillards, se transportant sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcheraient la haine des rois et l'unité de la République.

Le salpêtre manquant pour la fabrication de la poudre, ordre de lessiver les caves pour le fournir ; les maisons nationales devaient être converties en casernes, les places publiques transformées en ateliers d’armes, comme l’avait un jour demandé Robespierre. A chaque bataillon organisé au district il était enjoint de se réunir sous une bannière portant cette inscription : « Le peuple français debout contre les tyrans (2)1 »

Le jour où la Convention nationale rendait ce décret empreint d’un tel cachet de grandeur, Robespierre, dont l’influence n’avait pas été étrangère à l’adoption de ces vigoureuses mesures, présidait pour la première fois l’Assemblée. Il avait été nommé président la veille, dans la séance du soir, avec Merlin (de Douai), Lavicomterie et Lakanal pour secrétaires (3), de sorte qu’il se trouvait en même temps président de la société des Jacobins et de la Convention.

19 uil. Étaient prtMoU ; C. A. Prienr, Robespierre, Cemot, Bertre, Hénult-Sichelles. Prieur (de le Marne). ArcAioer 434 s a 7t.

(1) Stance des Jacobins du 11 aoAt, ubi taprà.

(2) Voy. dans le Moniltur du SS août 1793 le texte de ce dteret rendn dans la stance dtt23.

(3) llontJetir dn 24 aoAt , stance du 22.

HISTOIRE DE IlUBESPIERIIE

Sons sa présidence va se produire ce que le général Foy a appelé le colossal effort de la France. Un moment on put croire, vers la fin de ce mois d’août, à un apaisement général dans le pays, et que tous les départements en révolte allaient rentrer dans le devoir. Depuis quelques semaines déjà le Calvados était venu à résipiscence, laissant fuir dans toutes les directions les Girondins, auteurs de son soulèvement; dès le 23, Marseille avait capitulé, et Bordeaux avait fait sa soumission. Le 30, des commissaires de cette dernière ville se présentèrent à la barre de la Convention pour réclamer l’indulgence et l’impunité en faveur de la commission populaire dont les membres avaient été frappés d’un décret de hors la loi par l’Assemblée, en se fondant sur ce que la punition des coupables pourrait exaspérer le peuple. Cette proposition, vivement combattue par Lacroix et par Chabot, fut renvoyée au comité de Salut public. Le soir, aux Jacobins, Robespierre prit la parole afin d’établir une ligne de démarcation profonde entre le peuple et les administrateurs des villes rebelles. Selon lui, le peuple était bon partout; et à Lyon, à Bordeaux, comme à Marseille, les autorités constituées seules étaient coupables; seules elles avaient attiré sur les villes dont l’administration leur avait été confiée les malheurs qui y étaient arrivés. Se montrer indulgent envers les traîtres, ce serait se montrer criminel envers le peuple, à qui était due une satisfaction légitime (1).

Cependant ni la Convention ni le comité de Salut public n’avaient l’intention de se montrer implacables. A la date du 18 août. Couthon, Carnot, Robespierre, Saint-Just et Barère avaient recommandé, par une lettre spéciale, la douceur aux représentants Dubois-Grancé et Gauthier, chargés de surveiller les opérations du siège de Lyon. On espérait alors une reddition volontaire , et le comité enjoignait aux commissaires de l’Assemblée d’épargner ceux qui se soumettraient. Parcere subjectis et debellare superbos, était-il dit dans cette lettre. Mais, en présence de la résistance désespérée de la ville de Lyon, qui, loin de suivre l’exemple do Marseille et de Bordeaux, redoubla d’ardeur contre-révolutionnaire, force fut au comité de Salut public de renoncer à ses projets d’indulgence. Le l"septembre, il chargeait trois proscrits lyonnais, les citoyens Achard, Pilot et

(1) Journal du dibali eldi la corrupoudauca dt la tociiU du Jacobins, auméro 483.

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