‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 43 sur 354 · LIVRE XI. — LES RÉVOLTÉS LYONNAIS · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LES RÉVOLTÉS LYONNAIS

Gravier, de se rendre dans le département du Rhône îi l’effet de fournir aux représentants du peuple tous les renseignements nécessaires et de se concerter avec eux sur les moyens de réduire les rcbellA. Leur mission devait consister spécialement à faire connaître dans le Midi les décrets rendus par la Convention depuis le 31 mai, h reconstituer les sociétés populaires dissoutes, à indiquer aux commissaires de l’Assemblée les autorités contre-révolutionnaires qui s’étaient mises dans le cas d’étre punies ou destituées, et îi signaler les véritables patriotes pour qu’ils ne fussent pas confondus avec les coupables (1). Nous verrons bientôt comment Couthon exécutera les décrets rigoureux rendus par la Convention contre la cité lyonnaise, et comment ce représentant de la politique de Robespierre se trouvera contraint en quelque sorte de céder la place îi des exécuteui-s plus énergiques, :'i Fouché et h Collot d’Hcrbois.

Mais plus la France républicaine s’épuisait en efforts pour s’affirmer et pour vivre, plus ses ennemis semblaient prendre à tâche de l’exaspérer. Et partout apparaissait la main sinistre de l’Angleterre. Le 28 août 1793, par un de ces crimes heureusement assez rares et que rien ne saurait ni excuser ni laver, Toulon était livré à l’amiral anglais par des bourgeois avides et égoïstes, moitié royalistes, moitié girondins, agissant de concert avec les contre-amiraux Trogoff et de Grasse. Or, ce moment même, les comédiens du Théâtre- Français, fort hostiles pour la plupart h la Révolution, qui les avait privés d’une foule de petites faveurs de cour, s’imaginèrent de jouer une pièce de François de Neufehâteau, intitulée Paméla, dans laquelle l’auteur avait tracé un éloge pompeux du gouvernement britannique. Cette pièce, il est vrai, datait de 1788; mais on ne pouvait plus mal choisir l’heure de la représenter. L’opinion publique s'émut; l’ouvrage fut dénoncé au comité de Salut public, qui enjoignit à la municipalité de Paris d’en suspendre les représentations, et se fit immédiatement remettre le manuscrit (2). Le Icn-

(1) Registres des délibérations et arrêtés du comité de Salut public.drcftieea434aa 71. —Séance du septembre 1793. Étaient présents : Uérault-^écbelles, Barère, Carnot» C. A. Prieur» Robespierre et Pieur (de la Marne). — On trouve à la suite du rapport de Courtois une correspondance privée d’Acbard, de Pilot et de Gravier» et Ton se demande tout d'abord pourquoi elle y figure. Il suffit d’en prendre connaissance pour comprendre la lactique de Courtois et de ses collaborateurs : les lettres de ces patriotes sont empreintes d’une grande exagération révolutionnaire. Pilotet Acbard» qui avaient été persécutés par la réaction lyonnaise , applaudissent en effet aux exécutions ordonnées par Collot d'Herbois et par Fouché , à qui nous entendrons Robespierre demander compte du sang versé par le crime. Mais les Thermidoriens savaient bien que les lecteurs superficiels ne feraient point cette distinction.

(2) Registres des délibérations et arrêtés du comité de Saint public. Archiver» uét

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HISTOIRE DF. ROBESPIERRE

demain l'auteur de Paméla se présenta lui-mémc au comité, lequel, connaissance prise des modilicaliotis introduites par Fram^is de Neufchâteau dans sa comédie, rapporta son arrêté de la veille (1), La pièce fut reprise le 1" septembre. Tout ce que Paris comptait de contre-révolutionnaires n’avait pas manqué de se rendre au théâtre, et le moindre passage de la pièce prêtant à une allusion hostile à la Révolution fut accueilli par des acclamations frénétiques. Un officier d’état-major de rarmée des Pyrénées, employé au siège de Lyon, et en mission â Paris, assistait à la représentation ; il se leva indigné et cria à la calomnie. Interrompu k l'instant, cerné, couvert d’injures et obligé de quitter la salle, cet officier courut aux Jacobins, où il dénonça ce qui venait de se passer et les violences dont il av ail été l’objet. Robespierre présidait; il prit la parole et raconta dans quelles circonstances le comité avait autorisé les comédiens k reprendre les représentations de Paméla. N’étant pas encore arrivé au comité au moment où ses collègues avaient examiné la pièce, il n’avait pu juger par lui-même du ton général de l'ouvrage ; mais, d’après les explications fournies k la société, il lui paraissait que les changements promis n’avaient pas été faits k la scène. Des paroles sévères pour François de Neufchâteau et les acteurs du Théâtre-Français tombèrent de sa bouche. 11 rappela le décret récent de la Convention qui prescrivait aux théâtres de jouer au moins trois fois par semaine des pièces patriotiques, avec menace de fermeture s’ils venaient à représenter des pièces injurieuses pour la Révolution. En abusant de l’indulgence du comité de Salut public, en laissant percer leurs intentions perfides, l’auteur et les acteurs s’étaient exposés k la sévérité des lois, et le Théâtre-Français devait être fermé pour l'exemple. « A.ssez et trop longtemps, dit-il, les habitués de ce théâtre, qui est encore le repaire dégoûtant de l’aristocratie de tout genre, ont insulté la Révolution... Ils iront porter ailleurs leur inutilité et leur insouciance. » Pour finir, il engagea l’officier dénonciateur à s’adresser au comité de Salut public et k y déposer des faits dont il avait été témoin (2).

Le lendemain, 2 .septembre, le comité de Salut public, se fondant sur les troubles suscités pendant la dernière représentation du Théâlrc-F rançais, sur les insultes prodiguées aux patriotes et sur les

nprà. Stance du 29 aofti. Élaienl présenta : Thuriot, Robespierre, Barère, iean-Bon Saiot'André P G. A. Prieur» HérauU-^âcheUes, Carnot, Prieur (de la Marne).

(1) Registre dei délibérations, etc. ArcAtoar, uét tuyrà. Séance du 30 août. Étaient préaents : Jean>Bon Saint^André, G. A. Prieur» Thnriot» Barére» Robespierre, Prieur (de la Marne).

(2) aloumai (/«r diàai* d$ la correspondance de la toeiité des Jacobins^ numéro 188.

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