‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 45 sur 354 · LIVRE XI. — QUELQUES P.\RTICUL,\RrrÉS UE SA l’RÉSIDEXCE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — QUELQUES P.\RTICUL,\RrrÉS UE SA l’RÉSIDEXCE

dessus de toute épreuve, mais elles ii’avaieiit pas de confiance dans les généraux de rancicn régime et marchaient avec plus d’allégresse au combat quand cllesy étaient menées par un représentant du peuple. On sait quels |irodiges s’accomplirent îi la voix des commissaires de la Convention. Seulement, disait avec raison Billaud-Varenne, il fallait .éviter d’envoyer ces commissaires en trop grand nombre sur le môme point, parce qu’ils entravaient muluellemeui leurs opérations, et que, par jalousie, les uns défaisaient quelquefois ce que les autres avaient fait. On verra notamment cet inconvénient se |iroduire dans la Vendée et causer une véritable perturbation au sein des armées républicaines. Billaud se plaignait surtout des maux cau.sés par l’inexécution des décrets de la Convention, et, rejetant sur les ministres la responsabilité d’une pareille négligence, il demanda qu’une commission fftt spécialement chargée de surveiller le ministère pour l’exécution de ces décrets, et que, dans le cas où il y aurait des coupables, leurs télés tmuba.ssent sur l’échafaud.

Celte proposition, vivement applaudie, allait être volée .sans doute, quand Robespierre se leva. L’institution du comité de Salut public sufti-sait amplement, lises yeux, pour .surveiller les ministres et les forcer ù l’exécution de la loi. Une commi.ssion établie entre le comité et le conseil exécutif no serait-elle pas une cause perpétuelle de conlliLs ? « Il est h craindre, » dit-il, « que cette commission ne s’occupe plutôt d’inimitiés personnelles que de surveillance loyale, et no devienne ainsi un véritable comité de dénonciation. » Malgré l’improbation de quelques membres, il n’en persista pas moins ù réclamer la question préalable sur la proposition de Billaud, laquelle, tout en tendant à donner plus do vigueur au gouvernement, l’avilissait et l’anéantissait pour ainsi dire. Vivement appuyés par d’autres, les motifs de Robespierre prévalurent; .seulement, l’Assemblée décida que trois membres adjoints au comité de Salut public seraient chargés de remplir l’objet de la proposition de Billaud-Varenne (1).

Ceci se passait le 29 août. Le surlendemain parut ù la barre un officier du nom de Bonnard, aide de camp du général Cartaux. 11 était porteur de trois drapeaux enlevés aux rebelles marseillais, et d’une épée dont il voulait armer un Parisien prêt à partir pour les frontières. Après avoir déclaré, au nom de son général, qu’on pouvait regarder les républicains comme étant déjà à Marseille, — et ils y étaient en effet au moment où l’aide de camp s’exprimait ainsi.

(t) Journal des débats et des décrets de la Convention, numéro 345, Moniteur du 31 août 1793.

p. dOi), el

HISTOIRE HE KOBESPIEIlItE

— il présonla îi la Convention deux boulets de i>loinb tirés sur les représentants Albite et Nioche, et qui avaient failli tuer ce dernier, puis il réclama de l’Assenibléo un renfort tiré en partie de la gendarmerie parisienne, dont la bravoure et l'ardeur républicaine étaient proverbiales. «Vaincre ou tomber avec gloire, » répondit Robespierre, «voilîi la destinée des défenseurs de la liberté.... Les exploits qui honorent l'humanité sont ceux que vous venez de nous annoncer; ils unissent les palmes du civisme aux lauriers de la victoire.... Renvoyez à nos ennemis les boulets lancés par des mains coupables; achevez, la défaite de l'aristocratie liyi>ocrite que vous avez, vaincue. Que les traîtres expirent ! que les mènes des patriotes assassinés soient apaisés, Marseille purifiée, la liberté vengée et affermie!... Dites à vos frères d'armes que les représentants du peuple sont contents de leur courage républicain; dites-leur que nous acquitterons envers eux la dette de la patrie; dite.s-leur que nous déploierons ici, contre les eiinemis de la République, l'énergie qu’ils montrent dans les combats (1). » On comprend l'effet de telles paroles, et combien elles devaient retentir profondément au cœur de nos soldats ! Invité aux bonneurs de la séance, l'aide de camp Bonnard prit ]ilace dans la salle au milieu des plus vives acclamations, et quand il fut revenu parmi scs compagnons d'armes, il put leur dire de quel cœur les représentants de la nation s’associaient à leurs efforts et à leurs dangers.

Moins bien accueillie, certes, avait été la citoyenne Rose Lacombe, lorsque cinq jours auparavant elle s’était présentée devant la Convention nationale, ît la tète d’une députation de la société des Bi'pNblicaines rilvohUivniiaires. Les loustics de l’histoire n’ont pas manqué de qualifier du nom de Tricoteuses de RnbespiciTe les femmes qu’on voyait suivre assidûment les séances de la Convention, des Jacobins et des Cordeliers. 11 les favorisait en secret, prétendent-ils; il connaissait l'art de se ménager ces actifs instruments de succès. Et sur quoi fondent-ils leur opinion? C'est ce dont ils seraient fort embarrassés de rendre compte. Mais il est aisé de comprendre quel admirable parti on a espéré tirer, au point de vue réactionnaire, de cette association du nom de Robespierre avec ce troupeau de femmes immondes qu’on a appelées les furies de la guillotine (2). S’il avait les suffrages de ce que le parti démocratique comptait de femmes distinguées et sincèrement éprises des sublimes principes de la Révolution, il n’était nullement sympathique à celles qui

(1) i/oni<eur du 2 septembre 1793.

(â) Vu;, le chapitre intitulé Us Furies de la guillotine, dans Us Femmes célèbres de 1789 à 1795, par Lairtullier, t. II.

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