LIVRE XI. ROSE I.ACOMRE Hg
avaient pour évangile le journal du Père Diicliexne ou le Roui/uft du représentant Guffroy, et qui poureuivirent des mêmes imprécations sur le chemin de l’échafaud Marie-Antoinette et Maximilien.
On n a pas oublié peut-être l’étrange sortie de Théroigne de Méricourt, au club des Jacobins, un jour que Robespierre s’était exprimé avec un peu trop de franchise sur les extravagances de' la .J- Luxembourgeoise. Celle-ci ne lui avait pas pardonné la leçon, etd emblee elleavait passé dans le parti de la Gironde, avec lequel hnit sa courte et orageuse carrière politique. D’une nature plus exaltée que Théroigne, Rose Lacombe appartenait à la secte de \ arlet, de Jacques Roux et du jeune Leclerc; ou la soupçonnait fort d être la niaîtressc du dernier. Pour elle et ses compagnes, Robespierre était un monsieur qui osait les traiter de contre-révolutionnaires (1). Contre-révolutionnaires, oui, par exagération, à la façon des Vincent, des Varlet et des Hébert, dont elle se fit l’écho quand elle vint à la Convention réclamer impérieusement la destitution de tous les nobles, l’arrestation de tous les suspects, et reprocher à l’Assemblée de se jouer du peuple (2). Cette fois le président ne répondit pas un mot, et le silence remarquable de Robespierre en cette occasion démontre suffisamment, ce semble, combien peu il approuvait les manifestations où la femme compromettait à la fois la pudeur de son sexe et sa dignité d’épouse et de mère.
La destitution en mas.se de tous les nobles, c’étaitcequ’ù diverses reprises avait réclamé Hébert (3), malgré l’opposition de Danton et celle de Robespierre, le^iel ne cédera que plus tard, et non sans faire des réserves, à l’entraînement général. Nous touchons à l’heure sombre et terrible où le soupçon farouche va envahir la plupart des esprits, la pitié déserter presque tous les cœurs. Cette heure, les royalistes semblaient prendre à tâche de la précipiter en poussant, par tous les moyens possibles, le peuple à un soulèvement. Mais d’autre part, quelles tristes leçons ce peuple recevait de certains professeurs de démagogie, et en quel style écœurant lui parlait chaque jour le Père Diichesne! Citons-en un échantillon : « Qu’on mette le grappin
(I) Vojez ce que ditiicet égard Barère aux Jacobine dans la aéaoce du 16 septembre 1793, Moniteur du SI.
(S) Moniteur du SB aoAt 1793.
(3) Voy. notamment la séance du 31 juillet aux Jacobins, Journal des déials et de la corretpondanee de la eociiti des Jacobine, numéro 4§S.
ne
HISTOIRE DE ROIIESPIERRE
sur tous los coiiti'p-révolutioiinaires; que tous les Feuillants, royalistes, aristocrates, accapareurs, soient misa l'ombre; qu'ils soient enfermés dans des églises et que l'on braque vis-h-vis des canons chargés h mitraille jusqu'il ce que la paix soit faite. Voilà, f...! les moyens de salut public que je propose; ils valent mieux que ceux du bateleur Barére.... (I). » Nul respect pour le malheur. Dans un autre numéro, il témoigiu? sa grande joie de voir que la louve autrichienne, qu’il montre se lamentant comme une guenon, va être à la fin raccourcie (2). Et|)lus loin : « Ce qu’il faut faire, f...! il faut d’abord mettre à l’ombre tous les hommes suspects, chasser de nos armées tous les nobles et les intrigants; il faut ensuite renouveler toute la Convention et ne la compo.ser cette fois que de véritables républicains... La contre-révolution sera faite avant un mois si on lai.s,se le comité de Salut public organisé comme il l’est aujourd'hui... (3)... On va tout à l'heure, dit-on, commencer le procès de l’architigresse d’Autriche... Si elle n’est pas jugée et raccourcie dans vingNjuatre heures, je dirai, f...l que nous ne sommes pas libres et que nous ne sommes ]ias digues de l’èlre... (i). Purgeons si bien la Bépublique qu’il ii’y reste plus que des hommes libres... Quêtons les gredins qui vendirent le peuple au tyran dans l’Assemblée constituante, dans l’.Xssemblée législative et dans la Convention, perdent également le goût du pain. Point de quartier pour les ennemis de la sans-culotterie. Le jour de la vengeance est arrivé, l'heure delà mort va sonner; qu’ils périssent tous ju.squ’aii dernier, f... ! (S) » Et l’ou s’étonne que Robespierre n’ait pas été pénétré d’admiration pour ce pauvre Hubert, comme quelques enthousia.stes de l’hébertisme appellent aujourd’hui le rédacteur du Père Duchesne !
Dans la soirée du 1" septembre, Hébert pronom,-a à la tribune des Jacobins un discours qui n’était qu’un écho des articles de son journal. Il provoqua toutes les sections, les sociétés populaire.s, le peuple entier de Paris, à se transporter en masse à la Convention pour obtenir le jugement des Girondins et de leurs complices, c’està-dire des soixante-treize signataires de la protestation secréte contre le 31 mai, et quelques membres l’invitèrent à rédiger une adresse à ce sujet (G). Le lendemain, se répandait dans Paris le bruit que
(1) Le Pire Duchesne^ numéro 265.
(2) Ibtd.f numéro 268.
(3) Ibid.f numéro 269.
(i) Ibid.^ numéro 278.
(5) Ibid, J numéro 286.
(6) Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins^ numéro 488.
Digilized by Cooglq