‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 50 sur 354 · LIVRE XI. — IL EST ÉTRAXCER A l’üRGANISATION DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — IL EST ÉTRAXCER A l’üRGANISATION DE LA TERREUR

imprimé- par cette Révolution a été nécessaire pour sauver la République. J’incline îi croire, pour ma part, que, dans les circonstances, tout exceptionnelles où s’est trouvée celle-ci, il lui eût été difficile de ne pas s’armer d’une sévérité imposante. Laissons à cet égard répondre des hommes peu suspects d’engouement révolutionnaire. Si nous interrogeons Napoléon, il nous répond que sans la Terreur la Révolution ne serait point parvenue à s’affirmer (1). Joseph de Maistre lui fait honneur d'avoir conservé l’intégrité du royaume.

« Le mouvement révolutionnaire une fois établi, » dit-il, « la France et la monarchie ne pouvaient être sauvées que par le jacobinisme (2). » Enfin Chûteaubriand n’hésite pas à reconnaître que O ce sont les Jacobins qui ont donné îi la France des armées nombreuses, braves et disciplinées; que ce sont eux qui ont trouvé moyen de les payer, d’approvisionner un grand pays sans ressources et entouré d’ennemis (3). » Pour de Maistre comme pour Chûteaubriand, le jacobinisme c’était la Terreur. Il est assez remarquable que certains écrivains royalistes, malgré leur haine profonde de la Révolution, se sont montrés plus justes envers elle et Font mieux appréciée qu’une foule de prétendus amis de la liberté qui, sans tenir compte de la situation critique où se sont trouvés les robustes lutteurs de 93, les poursuivent encore aujourd’hui de l’anathéme traditionnel.

Il y a d’ailleurs une distinction capitale à établir, dans ce système que Danton qualifia du nom de Terreur comme pour jeter par le mot même l’elïroi dans le cœur des ennemis de la Révolution, entre le degré de sévérité jugé indispensable par la Convention nationale et les exagérations auxquelles se livrèrent les ultra-révolutionnaires, excités par une foule de royalistes déguisés, et qui n’eurent pas de plus vigoureux adversaires que Robespierre. Justice et non per.sécution, telle fut la constante devise de ce dernier, et nous allons le voir s’épuiser en efforts, inutiles hélas! pour la faire mettre en pratique.

S’imaginer que la Terreur sortit tout armée du cerveau d’un individu, c’est le comble de la puérilité ; c’est surtout témoigner d’une ignorance absolue des faits les plus élémentaires de la Révolution. Nous avons dit déjà combien à son début cette Révolution se montra débonnaire, disposée à ouvrir ses bras à tous les privilégiés de l’ancien régime. Ses colères naquirent de la perfidie avec laquelle elle

(1] Etpril du tUmonal de Sainle-Péline, t. II, p. 475.

(S) Considérationt tur la France.

(3) Eetai hitlorique, politique et moral tur les rivolutiont, t. p. 84, édit. d« 1797.

HISTOIRE DE ROIIESI'IERRE

fut iiUiiquôp, Pt grandirent en raison direcle di's machinations dirigées contre elle. Sa niarcho vers la Terreur fut donc progressive; elle y fut amenée par les résistances de ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, comme l’a fort bien dit un homme qui, après avoir, du milieu du mamis où il siégeait, approuvé toutes les mesures de rigueur votées par la Convention, s'est, une fois l’orage passé, complaisamment présenté comme un type de modération et de douceur (l).Nous avons, dans la seconde partie de cette histoire, indiqué avec soin dans quelles conjonctures et par qui furent votées les premières lois de sang. Les décrets terribles remlns contre les prêtres et les émigrés, cette batterie de canons déchargée par la Révolution sur ses ennemis, suivant l’expression de Mallet du Pan, datent de r.Vs.semblée légi.slalivc et sont l’a-uvre des Cirondins. On a vu également combien passif avait été le rôle de Robespierre dans la formation du tribunal révolutionnaire, dans la réorganisation de ce tribunal, décrétée sur le rapport de Merlin (de Douai), et dans l’adoption du système de terreur inauguré avec un si furieux enthousiasme par la Convention dans .sa séance du .'i sepiembre. Il demeura non moins étranger aux lois complémentaires de ce système rendues dans le courant du même mois Dès le lendemain, en efl'et, sur le rajiport de Garnier (de Saintes), parlant au nom du comité de Sûreté générale, l’Assemblée décréta d'arrestation les étrangers, ii l’exception des artistes, des ouvriers et de ceux qui fourniraient des preuves de leur attachement h la Révolution française. Le même jour elle adjoignait au comité de Salut public, sur ,1a proposition de Barère, et conformément à une motion émise par Danton peu de temps auparavant, deux hommes qui per.sonniliaiont en eux la Terreur, Billaud-Varenne et Collot-d’Herbois (2). Quelques jours plus tard, le 17 septembre, elle décrétait le véritable code de la Terreur, la loi fameuse connue sous le nom de loi des xuspecls. Ce fut au nom du comité de législation, pré.sidé par Cam-

(1) Mémoires sur la Convention et U Directoire, par Thibaudeau» t. p. 4<). Dans ce livre, publié sous la Restauration, l'ancien Conventionnel n'a pas, comme on pense, ménagé Robespierre. On doit reconnaître, toutefois, qu'il a apporté dans ses attaques une certaine pudeur, et que parmi les calomniateurs de Robespierre il a été l'un des plus modérés. Comte et préfet du premier Empire, pair de France pendant les Cent- Jours, il lui a été donné de figurer parmi les sénateurs du second Empire. Il est mort fort âgé en 1854.

(ti) Voy. le Moniteur du 8 septembre 1793, séance du 6. Granet avait été également adjoint au comité, mais il n'accepta point. Le comité de Salut public, le grand comité se trouva alors au complet. Scs membres étaient : Barère, Jean-Bon Saint-André, Prieur (delà Marne), Robert Lindêt, Saint-Just, Couthon, llérauU-Sécbelles, Robespierre, Carnot, C. A. Prieur (de la Côte-d’Or), Billaud-Varenne et Collot-d’Herbois.

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