I..\ 1.01 IIES SUSPECTS
bacérès, que Merlin (de Douai) pf/^senta celle loi, d’uii vague eftrayaiil, ei qui fut adoptée sans discussion. Étaient réputés suspects et décrétés d’arrestation tous ceux qm, ]>ar leur conduite, leurs relations, leurs propos ou leurs écrits, s'élaieiit montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté, ceux à qui avaient été refusés des certilicals de civisme, les fonctionnaires suspendus de leurs fonctions par la Convention ou par ses commissaires, les ci-devant nobles, maris, femines, pères, mères, fils ou fdle.s, frères ou sœurs et agents d’émigrés qui n’auraient pas constamment manifesté leur attacliement à la Révolution. î,es comités de surveillance étaient chargés de dresser, dans leurs arrondissements respectifs, la liste des gens suspects, et de ilécerner contre eux les mandats d’arrêt. Nous n’avons pas besoin d'insister .sur la rigueur d’un décret pareil ; on comprend de reste quelle large porte il ouvrait l'arbitraire. Eh bien ! pas un membre ne se leva pour protester. Non pas, comme on l’a niaisement écrit, parce que la Convention elle-même était terrorisée. Les anciens Conventionnels, comme Durand-Maillane et quelques autres, qui ont cs.sayé de se couvrir de cette honteuse excuse ont cémmis une Iftcheté inutile, car elle ne dégage point leur responsabilité. L’.^ssemblée avait sa pleine et entière liberté d’action; seulement, à des dangers dont l’histoire n’oft'rail pas encore d’exem]>le, elle jugea indispensable d’opposer des moyens de défense extrêmes.
Est-ce que, par hasard, comme on l'a écrit également, elle subissait les intluences du dehors et se contentait d'enregistrer docilement sous forme de décrets les volontés populaires? En fait bien significatif, (pii .se passa dans celte même séance du 17 septembre, prouve surabondamment le contraire. Robespierre venait d'aiipuyer chaleureusement une proposition de Jean-Don Saint-André tendante îi l’improbation d’une jiélition irrespectueuse par laquelle les administraleui-s du département de Seine-ct-Oi.se demandaient la réintégration de trois d’entre eux destitués par Roux, cominis.saire de la Convention, — r.\ssemblée, avait-il dit , ne doit jamais souffrir que les lois ou les principes soient outrageusement traités en sa présence (1), — quand se présenta h la barre une députation se disant déléguée par h:>s sections de Paris. Elle avait à sa tête Varlet, avec lequel nos lecteurs ont dijà fait connaissance. Ce jeune démagogue avait été chassé des Jacobins pour avoir déclamé contre la constitution de 1793, jugée par lui trop peu démocratique; il venait celte fois se plaindre du décret par lequel la Convention avait décidé que
(1) UoniteuT du 19 septembre 1793, et Journal des dibatsel des dicrels de la Convenlion, iminéra 364, p. 336.
HISTOIUE IIK nOUESIMF.RBE
les assemblées seclioiiiiaircs se réuniraient extraordinairement deux fois par semaine, et alloué une indemnité de <|uarante sous aux citoyens nécessiteux qui quitti'raieni leurs travaux pour y assister. C’était au nom des sans-culottes, disait-il, qu'il demandait le rapport d'un décret déshonorant, selon lui, pour h* peuple de Paris.
Billaud-Varenne répondit comme ju ésident; il invoqua le respect dû à un décret rendu aux applaudissements du peu])ie lui-même; toutefois il promit qu’on prendrait la pétition en considération, et il invita les commissaires aux honneurs de la séance. .Mais Robespierre : « Le peuple n’a pas dicté la pétition qui vient de vous être présentée; il avait, au contraire, provoqué le décret contre lequel on réclame, et lorsqu’il fut rendu, il vous témoigna sa reconnaissance par ses applaudissements. Vous le savez, citoyeius, et vous en avez acquis la triste expérience, c’est pour anéantir les droits du peuple que quelques intrigants ont l’air de réclamer pour lui une étendue illimitée de ces droits. » Uobe.sjuerre avait, à diverses repri.ses,et notamment du temps de l’Assemblée constituante, défendu le principe de la permanence des sections ; c’est qu’alors artisans, ouvriers, industriels, avocats, médecins, marchands, hommes de lettres, se sentaient animés d’un commun amour pour la Révolution ; une barrière immense ne s’était pas encore élevée entre la haute bourgeoisie, satisfaite û présent d’avoir à son prolit dépo.ssédé les privilégiés d’autrefois, et la petite bourgeoisie, mêlée au peuple, qui voulait la Révolution pour tout le monde. Mais, dcqmis, tout était bien changé. Les riches seuls, les oisifs, pouvaient assister régulièrement aux assemblées quotidiennes des sections et régner en maîtres en l’absence de la majorité des citoyens. Robespierre h's accusait, et non sans quelque fondement, d’être les auteurs de toutes les propositions insensées qui sous les couleurs les plus patriotiques n’avaient d’autre but ((ue le rétablissement de la royauté. C’était pourquoi la Convention n’avait pas hésité, dans .sa séance du 5, à autoriser les .sections ii s’assembler extraordinairement le jeudi et le dimanche. « C’est ainsi i[ue par des combinaisons sages, » disait Robespierre, « nous avons assuré les droits du peuple et déjoué les projets des malveillants. Aussi en apjirenant votre, décret, l'aristocratie et la gent muscadine ont-(dles frémi. Elles ont dit : Nous ne pourrons plus régner dans les sections; les artisans s’y rendront, et leur bon sens déjouera notre astuce. 11 ne nous reste ])lns qu’un moyen |)our ressaisir l’autorité qui nous échappe, c’est de faire rapporter ce décret qui nous est si préjudiciable; et. pour y parvenir, disons au peuple que la Déclaration des droits est violée, et qu’il est avili par l’indemnité qui lui a été accordée. Le peui)lc est