‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 52 sur 354 · LIVRE XI. — NOUVELLE SORTIE CONTRE LES EX.VCÉRF.S · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — NOUVELLE SORTIE CONTRE LES EX.VCÉRF.S

bon, il est généroux ; ses vertus secondermit nos desseins, et nous irons insulter la Convention nationale en lui demandant le rapport d’un de ses décrets. » Quant à cette indemnité votée sur la proposition de Danton, jugée indispensable par l’Assenituee pour stimuler le zèle des patriotes que la nécessité de vivre retiendrait à l’ateliei-, elle n’était pas ‘plus avilissante aux yeux do Robespierre que l’indemnité allouée aux représentants du peuple et sans laquelle beaucoup de députés se seraient trouvés obligés de résigner leur mandat. Les avocats des riches, des aristocrates et des muscadins pouvaient .seuls s’élever contre cette mesure préservatrice des droits (lu jieuple. En conséquence, au nom même de ces droits, au nom de l’honorable indigence et de la vertu laborieuse, il réclama l’ordre du jour pur et simple sur la pétition dont Varlet avait été l’interprète (I).

Aux applaudi.ssements prodigués aux paroles de Robespierre, on pressentit aisément le sort de la pétition Varlet. Vivement appuyée par Jean-Bon Saint-André, la proposition d’ordre du jour fut adoptée à l’unanimité. Coupé (de l’Oise) saisit ce moment ]iour ré'clamer un prompt rapport sur les mu.scadins qui, par tous les moyens, tentaient de .se soustraire à la réquisition. C’étaitchose remarquable et triste h la fois que le peu d’empressement de la plupart des jeunes gens riches à répondre à l’appel de la patrie en danger. Barère demanda tout à cou|) pourquoi Varlet n’était pas îi la frontière. On parla même de décréter (l’arrestation ce jeune éiuirgumène; mais l’Assemblée s’y refusa par respect pour le droit de pétition.

On sait maintenant combien Robespierre fut étranger à rétablissement du régime de la Terreur. Aussi, quand on voit tant d’écrivains de toutes nuances et de tous partis persistei- îi rejeter sur sa mémoire tout l’odieux de ce système à l’éditication duquel il prit une part si indirecte, on se demande si la vérité n’est pas un vain mot, et si nous sommes destinés h tourner éternellement dans ce cercle d’erreurs, de lueusonges et de calomnies où jusqu’ici l’on a semblé se complaire à rechercher des renseignements sur les plus grands hommiîs de notre Révolution. Ce n'était pas que Robespierre désapprouvîlt les mesures sévères décrétées par la Convention ; seulement il voulait qu’on les appliquât avec cliscernement, que rien ne fût livré à l’arbitraire, et que, dans la répression des crimes révolutionnaires, on ne confondît pas l’erreur avec le crime, ceux qui

(1) Monileur du 19 septembre 1793, et Journal desdébaU él des décrets de la Conveniioft, numéro 364, p. ^3.

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n'étaionl qu'ogaré.s avec les eniipahle.s. Terrriir était un mot impropre îi ses yeux ; l'idéal, c’était Justice. Kt plus lard, quand nous eiilendrons Camille iJesmoulins, devenu comme par enchantement le plus doux des révolutionnaires, proposer un comité de clémence, nous l'enlcndrons proposer, lui, un comité de justice.

La clémenee, en effet, c’était le sort des accusés livré au hon plaisir des hommes puissants. Quel serait le mobile de leurs préférences? Cléments pour les riches, pour ceux dont les sollicitations .seraient appuyées d’un présent ou du sourire d’une jolie femme, ne seraient-ils point inexorables pour les prévenus sans appui et sans fortune? La justice, au contraire, c’était l’égalité pour tous. Per- .sonne plus que Robespierre ne déplorait les abus d’influence. Maure, membre du comité de Sûreté générale, étant venu aux Jacobins, dans la séance du 8 septembre, dénoncer les abus de tous genres qui s’étaient glissés au sein de ce comité et demander son remplacement ]iar un comité composé non plus de vingt-quatre, mais de neuf membres, bien sûrs, inaccessibles aux séductions et surtout aux dîners, Maximilien l’engagea à soumettre cette proposition à la Convention nationale. Maure n’y manqua pas, et cinq jours après le comité de Sûreté générale se trouvait entièrement reconstitué.

Dans cette même séance des Jacobins, le libraire Pnidhomme, qui depuis quelques semaines avait suspendu la publication de son journal les RévoluHnns de Paris, envoya en hommage îi la société un ouvrage intitulé ; Les crimes des Empereurs d'Allemagne, avec une lettre dans laquelle il protestait de sa ferme volonté de remplir toujours le devoir d'un bon républicain malgré les calomnies dont il était assailli, et promettait l’envoi des ouvrages où il .se proposait de dévoiler les forfaits de tous les scélérats couronnés. Son offrande et sa lettre furent accueillies avec un médiocre enthou.siasme ; on connaissait l’homme. Robespierre .avait un mépris instinctif pour celte espèce d’industriels qui font des passions du temps métier et marchandise, et qui, après avoir édité les crimes et les erreurs des monarchies, éditent les crimes et les erreurs des républiques, selon que le vent souffle d’un côté ou d’un autre. « Je demande, dit Maximilien, que pour toute réponse on invite le républicain Prudhomme h écrire, ou plutôt .ù faire imprimer les crimes des écrivains, des imprimeurs, journalistes, soudoyés par les puissances étrangères (1). » Tel fut le remercîment envoyé parla société au

(1) Journal det détail el de la torrtsfondance de la toeiélé des Jacohint, nnméro 49Î. Voyez aussi le Uonileur des H cl 12 seplernbre 1T9.T. C’est b partir de cette séance que le Koniteur commence à rendre compte d'une manière suivie des séances des Jacobins.

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