‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 53 sur 354 · I.IVRE M · texte numérisé non relu

I.IVRE M

LE f.K':iÉRAI. R<ISSIG>01. ET LA VEMIKE

libraire-irupi'iiiieur Prudhoninie, qui plus lard, quand la République fut abattue de fait, n’oublia pas, dans son fameux livre Des crimes et des erreurs de la Rcrolulion, de jeter à pleines mains la calomnie et la boue sur la mémoire de Robespierre.

Vers cette époque éclata entre Maximilien et Rourdon (de l’Oise) une querelle sur laquelle nous avons à nous arrêter un moment, parce qu’elle creusa dans le cœur de Bourdon des abîmes de haine sans fond, et qu’elle eut pour le premier les plus fatales conséquences. Thermidor est en germe dans la séance des Jacobins dont nous allons bicntét rendre compte. Un général plébéien, défendu déjà par Robespierre, on s’en souvient, le général Rossignol, fut la cause involohutire de cette querelle.

De simple ouvrier orfèvre devenu général des armées de la République, Rossignol d(^vait être cl était réellement .sympathique à Robespierre, qui depuis si longtemps conseillait à ses concitoyens de substituer des chefs patriotes et populaires aux généraux de l’ancien régime entachés de suspicion; on n’avait qu’à frapper le sol, disait-il, pour en faire sortir des héros. Et sa prédiction ne manqua pas de s’accomplir. Il protégea Rossignol comme il protégea Hoche, Jourdan, Marceau et tant d’autres illustrations militaires issues des rangs plébéiens (i). Mais l’ancien vainqueur de la Bastille avait dans Goupilleau (de Fontenay) et Bourdon (de l'Oise), comrai.ssaires de la Convention en Vendée, des ennemis implacables. Ex-procureur, lrè.s-corrompu, ivrogne et furieux, selon M. Michelet (2), le représentant Bourdon (de l’Oise) était tout au général Tunk, dont il était le compagnon de débauches. Aussi, malgré une suspension prononcée contr»; cet officier par le ministre de la guerre, l’avait-il conservé dans son commandement, de concert avec ses collègues les deux Goupilleau, lesquels, ayant leurs propriét(''s en Vendée, n’étaient pas fâchés d’avoir à leur disposition en quelque sorte un général tout dévoué à leurs intérêts. En con.séquence, et malgré le décret de la Convention qui avait investi Rossignol du commandement de l’armée des côtes de La Rochelle, Bourdon et

(t) Le faible de Robespierre pour Rosaiguol s'explique certainement, dit M. Micheleu « Nous ne voyons pas cependant, » ajonte't-il, « qu'il ait été le même pour les vrais héros sans-culottes, pour Hoche, pour Jourdan... a (T. VI, p. C’est que M. Mi> chelet n’a pas voulu voir, comme on pourra s’eu rendre compte.

(2) Hitioire de la /iéeoJutton, t. VI, p, 282.

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Goiipilloau n'hésiièrunt pas ii le suspendre, prélexlani qu’il avait cüiiiuiis des pillages et qu'il passait ses journées dans les cabarets. Mais c’étaient là de pures et odieuses calomnies, comme la Convention le sut bientôt par le récit de Bourbolte. En efl'et, ce député avait, à l’instigation de ses collègues Merlin (de Thionville), Reubell, Choudieu et Richard, précipilamraent quitté la Vendée pour informer l’Assemblée de ce qui .se passait et demander lu réintégration de Rossignol. On sut de lui toutes les persécutions exercées par Bourdon (de l’Oise) contre l’élu de la Convention, et l’on n’apprit pas .sans frémir qu’un hussard, pour avoir traité Rossignol de général, en dépit de l’arrêté des représentants Goupilleau et Bourdon, avait été: indignement sabré sur l’ordre de ce dernier (I).

Ce fut vraisemblablement d’après les renseignements fournis par Bourbolte et Choudieu, deux patriotes intègres et sincères, que Robespierre écrivit dans ses notes : o Bourdon (de l’Oise) s’est couvert de crimes dans la Vendée, où il .s’est donné le plaisir, dans ses orgies avec le traître Tunk, de tuer des volontaires de sa main. Il joint la perfidie à la fureur.... Cet homme se promène sans cesse avec l’air d'un assassin qui médite un crime. Il semble poursuivi par l’image de l’échafaud et des Furies (i). » On ne pouvait mieux peindre Bourdon, un des forcenés de la Terreur républicaine et de la Terreur blanche.

Rossignol s’était empressé d’accourir îi Paris. Le jour même où la Convention entendait sa justification de la bouche de Bourbotlc, de Tallien et de Lacroix, il jiarut à la barre. En quelques mots trèsdignes et très-fermes, il remercia l’Assemblée, qui venait d’tinnuler l’arrêté de ses persécuteurs, et il prit l’engagement solennel de ne jamais capituler avec les ennemis du peuple. « Ro.ssignol », lui répondit Robespierre qui présidait, « on connaît ton courage, on t’a vu au feu de la Bastille; de])uis ce temps tu as marché ferme dans le sentier du patriotisme. La Convention s’est empressée de te i-endre justice, elle t'invite aux honneui-s de la séance (3). » Deux jours après, un des Goupilleau venait réclamer contre la décision de l’Assemblée. Ce. fut ù peine .si on voulut l’entendre. Robespierre essaya en vain de lui maintenir la parole, en disant que pour lui il avait lu les pièces et que c’était là qu’il piiiser.ait .son opinion. La réclamation de Goupilleau fut renvoyée au comité de Salut public, malgré

(1) Voy. le récit de Bourbotte dans le MoniUur du 30 août 1793, séance du^8.

(2) Note sur Dubois-Crancé, Delmas, Thuriot, Bourdon (de TOise), cl Léonard Bourdon, qui figure sous le numéro LI, h la suite du rapport de Courtois, et dont Tongina) est aux Archives^ F 7, 4434).

(3) Moniteur du 30 août 1793.

LIVUE M. — PREMIERS RÉMÉLÉS AVEC ROORDON (DE L’oISE) 133

quelques opposants qui accusaient le comité de favoriser l'intrigue (1). Un redoublement de popularité dédommagea Rossignol des calomnies de Bourdon. Dans sa séance du 6 septembre, la société des Jacobins exprima le vœu de le voir investi seul de la mission de diriger les opérations dans la Vendée, et elle chargea Danton et Lejeune de transmettre ce vœu au comité de Salut public.

Les choses en étaient là quand Bourdon (de l’Oise), rappelé par la Convention, arriva à Paris. Il se présenta aux Jacobins dans la soirée du 1 1 se|)tembre. Robespierre et Danton venaient précisément de défendre Hanriot, accusé par un officier de la gendarmerie des tribunaux d'avoii' mangé avec les députés détenus. «Celui qui n’a pas été calomnié par les ennemis du peuple, * avait dit le premier, « n’est pas son ami zélé; » et il avait promis au général la justice de ses contemporains et la reconnaissance de la postérité. Mais Hanriot a eu le sort des vaincus. Nous verrons plus tard si en effet ce général de la garde nationale parisienne mérite l’anathéine stupide dont sa mémoire est chargée. La salle retentissait encore des applaudissements prodigués aux paroles de Robespierre, quand un citovf^, désignant du doigt Bourdon (de l’Oise), réclama son expulsion. Aussitôt Bourdon monta à la tribune. Il imputa l’arrestation de Rossignol à Westermann, que, malgré sa liaison bien connue avec lui, il accusa, entre autres délits, du vol de quelques couverts d’argent; mais il refusa de s’expliquer en public sur les motifs de la mesure prise au sujet du général. Robespierre, avec une modération singulière, et poussant l’urbanité jusqu’il rendre justice au patriotisme de Bourdon , insista pour qu’il eût à se justifier d’une conduite réprouvée par tout le monde. « Eh bien! répliqua Bourdon en se laissant enqiorter à la violence de son caractère, je dirai tout, puisque l’on m'y force. » Robespierre, reprenant, attribua les désastres de la Vendée à la cabale dont Rossignol avait été victime. Il traça un portrait peu flatteur des hommes substitués à cet officier, et se plaignit de la lenteur de Goupilleau à déposer entre les mains du comité les pièces de cette affaire. Tantôt ce député prétextait qu’elles n’étaient pas encore copiées, tantôt qu’il se désistait de sa dénonciation contre Ro.ssignol. « Quant à moi, s’écria Bourdon, je ne me désiste pas. » Robespierre réclama pour le dénonciateur toute l’attention de la société. Bourdon dit alors qu’il allait découvrir la vérité tout entière. Somme toute, il se borna à tâcher d’affaiblir l’effet des victoires du général et lui reprocha d’avoir été cause de l’insuccès d’une opération capitale en ne donnant |)asi’ordrc à sa division de

(1) .tfonifeurdu septembre 1793.

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marcher sur Fontenay, comme cela avait été convenu. Ce fait ayant été démenti par plusieurs membres, Bourdon aftirma en avoir donné les preuves au comité, et interpella Robespierre de déclarer si telle était la vérité-. Maximilien .se levait pour répondre, lorsqu’Hébert lui coupa la parole et s’opposa à ce (lu'on répondît à une inlei-pellatioii insidieuse. Un tumulte effroyable s’ensuivit. Hébert traita Rourdon (de l'Oise) de calomniateur. Un moment on crut qu'ils allaient en venir aux mains à la tribune.

Le calme s’étant peu à peu rétabli. Bourdon reprit la parole, et lai.ssant Rossignol, il se lava d’un reproche qu’on ne lui avait pas fait et qu’on n’avait pas sujet de lui adre.sser, celui d’avoir été trop modéré ; il avait brûlé sc|>t cbàteaux, trois villages, douze moulins.

El c’est bien ce que |)lus tard lui reprocha Robespierre : de s’être couvert de crimes dans la Vendée. Interrompu par les murmures, il revint au général, vanta ses qualités; mais, inbîrrompu de nouveau, il quitta la tribune. Robespierre lui ayant succédé, blAmala conduite tortueuse des commissaires de la Convention. Comment avait-on pu dénoncer un général sur des faits si vagues et des inculpations si légères? Et puis, que signiliaient ces assertions nouvelles, trèsgraves assurément, et dont on entendait parler pour la première fois? A tant d’astuce il opposa la franchise de Rossignol, son républicanisme ardent, sa fidélité dans l’observation des luis. Danton parla ensuite dans le même .sens. Mais une autre accusation attendait Bourdon : on lui reprocha très-amèrement d’avoir voulu faire cha.sser Marat, et le citoyen Brichet réclama sa radiation de la sociéu'i. Elle allait certainement être prononcée, quand Robespierre vint à son secours. Personne plus que lui, dit-il, n’était indigné de la conduite de Bourdon, cependant il le croyait plutôt coupable d’erreur et d’entêtement que d’intention perfide. Jusqu’à ce jour d’ailleurs il l’avait vu patriote, il engagea donc la société à ne pas se montrer tro|i rigoureuse pour un moinent d’égarement, et ildc-manda, en terminant, qu’on voulût bien ajourner la condamnaiion de Bourdon, comme sans doute celui-ci n’avait fait qu'ajourner .son repentir (t). I.a société, au milieu des applaudissements, se rallia à cette |iroposition. Mais Robespierre ne connaissait pas encore Bourdon (de l’Oise). Déjà aigri par son rappel, ce député considéra comme une injure la pitié un peu dédaigneuse dont il venait d’être couvert, et il garda à Robespierre une rancune qui aura, comme nous l’avons dit, de déplorables conséquences.

(i) Le couipte rendu de ceue séance est complètement tronqué dans les journaux du temps. Voy. le Journal det débats et de la rorrespondanee de ta société dés Jacobins, numéro 495, et le Moniteur des 16 et 17 septembre 1793. •

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