‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 54 sur 354 · LETTRES DE SOULAVIE · texte numérisé non relu

LETTRES DE SOULAVIE

Tout disposé à prêter la main aux ofticiers patiioies, à ces généraux sortis du sein du peuple et qui, devant tout à la République, semblaient tenus d’y être attachés d’ême cl de corps, Robespierre, comme la plupart de .ses collègues du reste, n’enlendait pas les armer d’une grande autorité. On n'a pas oublié les justes métiances manircsU'‘es par lui contre les chefs d'armée, dans ses mémorables disputes avec les Girondins au sujet de la guerre agressive. Il savait combien peu, communément, les gens d’épée sont favorables k la liberté. Son instinct lui disait que lîi était le danger pour elle. Aussi n'airaait-il pas avoir s’agrandir outre mesure la situation des géné-' raux. 11 demanda même le rapport d’une loi qui leur accordait, en dehors de leurs traitements, des rémunérations pécuniaires. C’était d’ailleurs, à scs yeux, une récompense indigne de la nation française; la plus flatteuse distinction dont pus.scnl s’enorgueillir les officiers pour prix des services rendus par eux au pays consistait, selon lui, dans l’estime de leure concitoyens (1).

Sa déliance à l’égard des hommes de guerre était donc constamment en éveil. Il ne fut sans doute pas étranger à la destitution de Kellermann, qu’il accusa d’être, sinon le seul auteur, du moins la principale cause des lenteurs du siège de Lyon (2). Ses soupçons contre cet ofücier lui venaient très-probablement d’un homme dont le nom a conservé quelque réputation, de Soulavie, déjà connu pour une édition des .Wrmo/ccs de Richelieu, et récemment nommé résident de la République à Genève. Soulavie était alors dans les meilleurs termes avec Robespierre; de Genève il lui adressa, sur les afl’aires publiques, un certain nombre de lettres dont quelquesunes ont été publiées. Ces lettres |)ortent toutes le cachet d’une véritable afl’ection : « Mon cher Robespierre, vous avez l’esprit juste et le cœur bivn fait (3)... w L’ancien abbé y donnait quelquefois à Maximilien des conseils dans le sens le plus révolutionnaire :

« Nous .sommes perdus, » lui écrivait-il par exemple, « nous tombons dans la contre-révolution bourgeoise, parce que les sans-culottes sont détruits; parce qu’il n’y a plus de finances; parce que

(1) \oy. le Moniteur du 9 septembre 1793, séance du 7.

(i) Yoy. é ce sujet le Journal des débats et de ta correspondance de ta société des Jacobins^ numéro séance du 8 septembre aux Jacobins.

(3) LelUes de Soulavie, dans les Papiers inédits trouvés chez Hobespierret etc., l. I«. p. 1Ü5.

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rions. sommes lëdériili.sés ou niyalisés (I).» Apropos de Kellermaiin, il lui écrivait, après lui avoir fait part d'une dénoudalion lancée eoiiire ce général par nu citoyen dont il garantis.sail le patrioti.sme : « En voici aujourd'hui une aulre qui me vient d'un patriote qui m'a déclaré être fondé dans son accn.salion, [>our avoir ouï dire chez les plus notables du pays que Kcllerniann était vendu à l'Empereur et au l’iémont (t). » Emanant d'un homme grave et revêtu d'un caractère ofliciel, celte accusation pouvait avoir pour le général un résultat plus fâcheux qu'une disgréce provisoire; mais Robespierre, ce semble, n'y attacha pas beaucoup d'importance. Quand plus tard, sur une dénonciation formelle du représentant Levasseur, Kellerraann fut livré au tribunal révolutionnaire, par lequel il fut acquitté, Maximilien n'était plus.

Quoi qu’il en soit, les mesures de iirécaution prises à celte époque contre les généraux sont pleinement justifiées, et il n’y a pas lieu de s'étonner si le comité de Salut public leur traçait minutieusement les limites dans Ic.squelles devaient .s'exercer leurs pouvoirs. Nous avons sous les yeux un arrêté en date du 18 .septembre 1793, où, entre autres dispositions assez rigoureuses, il leur était enjoint de faire dresser un étal de tous les objets Saisis eu pays ennemis, et d’en envoyer sur-le-champ copie au ministre de la guerre et au comité de Salut public. La République n’entendait pas que la guerre servît de moyen de fortune à ses généraux, auxijuels, par le même arrêté, il était expressément recommandé de veiller à ce <[ue les contributions fussent régulièrement levées, suivant les droits de la guerre, et d’cmpêchcr les soldats de se livrer à aucun excès chez les habitants des pays conquis (3).

Le soir même du jour où le comité de Salut public prenait cet arrêté, Robe.spierre tombait malade d'une indisposition qui dura quelques jours. Ce fut pendant son absence qu’en exécution du «lécrel rendu le 17 par la Convention, sur le rapport de Merlin (de Douai), ses collègues Barère, Hérault-Séchelles, Jean-Bon Saut t- André, Carnot, Prieur (de la .Marne) et Prieur (de la Côte-d'Or)

(1) Lottres deSouIavie, dans ies Papiers inédits. i. p. 128.

(2) Ibid.^ft. 122. Courtois n’a pas jugé à propos de donner, à la suite de son rapport, les lettres de Soulavie. — Caractère assez bas, Soulavie n’apus manqué, après Thermidor, de calomnier, avec quelque modération il est vrai, celai que dans scs lettres il appelait mon cher ilobespierre. Voy. ses Mémoires historiques et politiques^ le t, V! principalement.

(.3) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public, séance du 18 septembre. Élaicut présents : Jean-Bon Saint-André, Carnot, G. A. Prieur, Sainl-Just, Robespierre, Hérault-Séchelles, Billand-Varenne. ArcAtre», 434, a a 71.

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