LIVRE XI. — SORTIE VIOI.EXTE COXTRE B1UEZ )i
ciles ou des traîtres, croyez-vous qu’on respectera davantage la Convention qui nous a choisis? 11 est donc important que le gouvernement prenne de la consistance et que vous remplaciez les incmhres • d’un comité qui vient d’étre dénoncé avec succès dans votre sein. »
Non, non! s’écria l’As-semblée d’une voix unanime. Alors lui, reprenant : « 11 ne s’agit pas ici des individus, il s'agit de lu patrie et des principes. » Combien perfides étaient les continuateurs de ceux qui jadis avaient aussi entrepris d’avilir et de dissoudre la Convention!
Et à ce sujet il rappela que lu faction n'était pus morte, qu’elle coii.spirail du fond de ses cachots, que les serpents du marais n’étaient pas encore tous écra.sés. C’est vrai, c’est vrai! s’écria-t-on de toutes parts.
Mais il nesufti.suit pas îi llobespierre d'avoir défendu avec tant de puissance et de logi(|uc le comité de Salut public si injustement attaqué; il poussa droit aux auteurs de l’agressiou. Qu’on brisftt cet instrument qui avait mérité la haine des rois et des fripons, i c'était bien; mais auparavant il voulait faire connaître les dénonciateurs, lesquels avaient été eux-mêmes dénoncés au comité.
« D’accusateurs, » dit-il, « ils vont devenir accusés. » De violents applaudissements accueillirent ces paroles. Plus d’un trembla, parmi ceux qui si maladroitement avaient lancé ce brandon de di.scorde, en voyant la tournure que prenaient les choses et le revirement soudain de l’Assemblée sous l’impression du discours de Robespierre. Reaucoup toutefois, et non des moins envieux, se rassurèrent lorsi|u’ils entendirent Maximilien se borner il désigner Custine pour avoir persécuté les patriotes à Lille, et Briez, auquel il ne pouvait pardonner d’avoir rendu mie place dont on lui avait confié la défense. La liberté était perdue, peusail-il, si de tels J hommes parvenaient îi prouver que le comité de Salut public n’était pas compo.sé de bons citoyens. Il n’avait ]ias d’ailleurs l’intention de rendre ici inqiutatiou jiour imputation. « Je prends, en terminant, l'engagement de ne jamais divisiu’ les patriotes ; mais je ne comprends pas parmi les patriotes ceux qui n’en ont que le • masque, et je dévoilerai la conduite de deux ou trois traîtres qui sont ici les artisans^e la di.scorde et de la dissension. » Et comme, à .ses yeux, la patrie était perdue si le gouvernement ne jouissait d’une confiance illimitée et n'était composé d’hommes la méritant,
U renouvela sa proposition de procéder au remplacement des membres du comité de Salut public. Non, non! s’écria de nouveau tout d’une voix la Convention nationale. La coterie était vaincue.
Nul de ceux qui s’étaient montrés si arrogants au début de la séance n’osa répondre à ce di.scours foudroyant, tant il avait causé
HlSTOinE IIE HOI1ESPIERHK
d’impression sur l'Assemblée. Seul Bricz vint balbutier de timides excuses. 11 n’;ivait point eu, dit-il, l'intention d’inculper le comité de Salut public. Quant à sa conduite au siège de Valenciennes, ils avaient, ses collègues et lui, vu la mort de très-près, et conservé du moins à la République une garni.son importante. Ne se reconnaissant pas, du reste, les talents nécessaires pour aitparteuir au comité, il déclina l’bonneur d'y être adjoint. Sur-le-cbamp la (Convention rapporta son décret. Puis elle entendit un autre membre du comité de Salut public, Jean-Bon Saint-André, dont elle couvrit d’applaudissements les ))aroles. Knlin, comme des soupçons insidieux avaient été répandus sur le compte du comité, Billaud-Varennc réclama le rapport du décret qui mettait des fonds à sa disposition. Quelques membres ayant vivement demandé l’ordre du jour, Barère s’y opposa, tenant îi ce que la Convention exprimât par un vote formel son opinion sur son comité de Salut public.
Clore le débat par l’ordre du jour pur et simple, c’était assuré^ment ce que voulaient les imprudents auteurs de celle levée de boucliers; c’était donner aux agresseurs un avantage dont ils n'eussent pas manqué de se prévaloir au dehors. Robespierre le sentit bien, «l il reprit la parole pour soutenir la motion de Barère. Il ne put .s’empêcher d’exprimer le .sentiment ])énible qu’il avait éprouvé dans celle discussion en entendant applaudir B,arère par ceux-lJi mêmes ijui n’avaient cessé de calomnier indistinctement tous les membres du comité. Certainement chacun avait le droit d’émettre son opinion sur les opérations de ce comité, de dire toute sa façon de ])enser, .seulement c’était :i la Convention de le soutenir dans scs pénibles fonctions; car il fallait, pour sauver la patrie, non-.sculement de grands caractères et de grandes vertus, mais aussi des hommes qui osassent proposer les plus fortes mesures et attaquer l’amour-propre de tel ou tel individu. “Robespierre avait promis h la^Convention la vérité tout entière; il lui reprocha de ne s’être point montrée, dans ce débat, i'i la hauteur de la situation. Comment, après avoir entendu un rapport où, sous prétexte de l’instruire des circonstances de la reddition de Valenciennes, on avait eu uuiijuemiuit pour but d’incriminer le comité de Salut public, avait-elle pu adjoindre au comité l’auteur de ce rapport? « Je vous le déclare, » dit-il, « celui qui était à Valenciennes lor.sque l’ennemi y est entré n’était pas fait pour être membre du comité de Salut public. » Les plus vives acclamations retentirent à ces mots. Brie/, avait tout à l’heure essayé de se justifier de la reddition de Valenciennes. « Ce membre, » reprit Robespierre, « no répondra jamais à cette question : ETES-VOUS MORT?» A celle rude et étrange parole qu’on