I.IVHK XI. — SOIITIK Vinl.EPITE (;O^TIlK BRIEZ
i)« manquerait pas, :i coup sûr, de trouver sublime dans Corneille, et qui dut percer comme un trait la poitrine de Merlin (de Thionville), car lui non plus n’était pas mort dans Mayence, un tonnerre d’applaudissements plusieurs fois réitérés éclata soudain. Puis, (|uand le silence se fut rétabli : « Si j’avais été à Valenciennes en cette circonstance, je n’aurais jamais été dans le cas de vous faire urf rapport sur les événements du siège; j’aurais voulu ]iartager le .sort des braves défenseurs qui ont préféré une mort honorable à une honteuse capitulation. » L’Assemblée afiplaudit encore ici avec enthousiasme ces paroles de Robespierre, où l’on reconnaît la trempe énergique de son caractère si mal connu et si calomnié.
Pour lui, ajoutait-il, il n’aurait pas voulu rester membre du comité de Salut public si un tel homme en avait fait partie. Ci;la pouvait paraître dur, mais il no savait s’attendrir que sur la vertu malheureuse, l’innocence opprimée, et sur le .sort d’un peuple généreux froidement égorgé. Presciue à chaipie phrase l’orateur était obligé de s’arrêter, interrompu par les acclamations de l’.Assemblée. Klle applaudit encore quand, relevant une proposition dictée îiBillaud-Yarenne par un excès de susceptibilité au sujet des fonds mis à la disposition du comité, Robespierre, avec une fierté pleine de grandeur, déclara (jn'il ne faudrait pas croire à la probité pour soupçonner le comité de Salut public; quand il adjura ses collègues de lai.sser aux tyrans et aux journalistes stipendiés par eux le soin d’avilir la Convention, ajoutant qu’il lui suffirait, pour lui, de conserver l’estime de soi-même et celle des ]>lus purs républicains, de .sentir dans son cœur la force de défendre jusqu’à la mort la cause du peuple et de mépriser tous les tyrans et les fripons qui les servaient; quand enfin il somma la Convention de proclamer, pour déjouer les calculs des imposteurs, qu’elle conservait toute sa confiance au comité de Salut public (1).
L’Assemblée écouta, distraite, quelques explications nouvelles de Briez et de Uuroy, mais elle retrouva son enthousiasme à ces paroles de Barère : « L’homme qui n’a pas souffert pendant cette misérable discussion n’a pas de vertus civiques. Où on serions-nous donc siRo-
(i) Yoy.y pour ccue séance, le Monilettr du 27 septembre 1793, et le Journal des débats et des décrets de la Convenlion , numéro 372, dont la version, quant aux discours de Robespierre, diffère d'une façon assez sensible de celle du Jfont/cur. Nous avons suivi en grande partie celle du Moniteur^ qui nous a paru plus complète. — Il n’esl pas possible de dénulurer une séance de la Convention coinine l'u fait M. Michelet pour cette mémorable séance du 25 septembre. Il met en présence Robespierre et TAssemblôe seuls, pour aiust dire, comme si Billaud-Varenue, ilarère, Jean-Bon Suiat>André, n'avaient pas, avec une énergie égale, défendu la politique du comité de Sulul public contre ses détracteurs. (Yoy. t. Yl, chap. vin.)
iO
HISTUIIIE DIC RonKSIMKnnK
bespiorrn uvail besoin do se jusliliei- devant la Montaglie? » Il proposa, en conséquence, à la Convention de déclarer, par un vole solennel, îi la l'ace du pays, que le comité de Salut public avait toute sa contiauce. A ces mots l’Assemblée, comme électrisée, se leva tout entière, par un mouvement spontané, et d’une voix unananime, elle donna un vote de contiancc à son comité. Itillaud-Varenne demanda alors si elle apjtrouvait également toutes les mesures prises par ce comité, et avec une égale unanimité l’approbation fut votée au milieu des applaudissements universels.
L’importance de cette séance et de ces votes n’échappera à personne. De ce jour, en effet, date la toute-puissance, la dictature morale, non point de Robespierre, mais du comité de Salut public tout entier. Et atin qu’il n’y eût plus de confusion possible, la Convention décréta, sur un nouveau rapport de Barcre, que son comité de Salut public porterait seul désormais cette dénomination. Quant aux autres comités de ce nom, établis dans les divcr.sos sections des départements de la République, on les appela comiU’s de .surveillance [l). Sans doute tout l’honneur de cette discussion mémorable revient à Robes])ierre, et sa popularité s’en trouva consacrée dans le pays; mais Billaud-Varenne, mais Barère, Prieur, Jean-Bon Saiut-Àndré, avaient également |)ris la défense du comité. Si Maximilien l’emporta sur ses collègues, si ce fut lui surtout qui tint charmée sous sa parole la Convention nationale, qui détermina son vote, ce fut par la puissance de l’éloquence et de la raison, les seules armes dont il disposa jamais, les seules forces devant lesquelles il soit permis aux hommes de s’incliner sans bassesse. La Convention pouvait, d’un mot, briser son comité de Salut public, elle ne le voulut pas, parce qu’elle comprit (ju’en le remplaçant par un comité d’envieux et d’impuis.sanLs, — on le vit trop après Thermidor, — elle livrerait la patrie aux factions de l’intérieur et aux rois coalisés. Par son vote, qui valait une armée, elle laissa h .son comité une liberté d’action sans laquelle tous ses efforts eussent été paralysés, et la République fut .sauvée. Nous aurons d’ailleurs à revenir plus d’une fois sur le rôle effectif de ce fameux comité de Salut public, et à dire quelle part de responsabilité revient à chacun de ses membres.
Les Jacobins devaient nécessairement ressentir le contre-coup de la séance conventionnelle. Coupé (de l’Oi.se), qui présidait, com-
(1) Journal du débats et des décrets de là Contenlion, numéro 37ü, p. 3S7.
LIVHE M. — sé.\m;e nu 2.'i septemhke aux jacobins Ü7
niPiiçii pareil l'aire Thisiorique. Parmi les membres île la cabale, il cita Thiiriül, iMibem, Duroy, et engagea vivement les Jacobins à se rallier autour du comité de Salut publie, doul il vanta la fermeté, l'énergie et les talents, .^près lui, un membre, nommé Raisson, s’attacha à établir une sorte de connexité entre la conduite des Montagnards hostiles au comité et celle de Vincent et d'Hébert, qui avaient demandé, run aux Cordeliers, l’autre aux Jacobins, la réorganisation du pouvoir exécutif, la réunion d’une nouvelle législature et le rappel des représentants en mission près les armées. C’était uniquement par une tactique habile, dit un autre membre, qu’on avait l’air de plaindre les généraux des rigueurs dont ils avaient été l’objet de la part des autorités constituées.
Robes|)ierre se leva alors pour justitier les mesures prises par le comité de Salut public. A l’égard du général en chef de l’armée du Nord , il s’expliqua en ces termes : « Un plan dont le succès était infaillible avait été formé et communiqué à Houchard; son but était d’anéantir d’un seul coup tous les eü'orts de nos ennemis. Il ne fallait pas de connaissances militaires pour s’en convaincre, il était impossible,. pour quiconque connaît les hommes et les localités, qu’il échappât un seul Anglais pour porter îi ses compagnons la nouvelle de ce désastre. » Robespierre, on le voit, ne ménageait pas l’éloge à Carnot, car ce plan si infaillible, c’était l’auivre de son éminent collègue, qui, on peut le dire, ne lui rendit jamais pareille justice. Houchard n’avait pas exécuté ce plan, et le succès n’ayant point couronné celui qu’il avait suivi, sa conduite en cette circon.stance avait équivalu, aux yeux du comité de Salut public, h une véritable trahison. Ce fut donc vraisemblablement Carnot ([ui demanda la destitution de Houchard , comme plus tard il exigea, pour une obstination aiiulugue à celle de ce général, la destitution et l’arrestation de Hoche (I). Si nous n’avions pas été vaincus à Hondschoote, poursuivait Robespierre, c’était grAce à un vi'ai républicain ([ui se trou^ là pour réparer les fautes du général en chef. « Un général de division, » dit-il, « dont le nom est respecté dans la Révolution, Jourdan, se met à la tète de sa division, lui inspire tout le feu du républicanisme dont son âme est embrasée; il
(!) M. U. Carnot a beau dire, dans ses Mémoires sur son père, que Carnot fitde vains efforts pour sauver la vie k Houchard (t. 1*^', p. 399', nous n’en croyons rien. 11 assure, et sans doute il a raison, que ce fut Carnot qui, témoin de la belle conduite de Jourdan à Hondschoote, le désigna au comité comme successeur de Houchard, mais aussi, par une logique inflexible, il dut réclamer la destitutiou du général coupable de n’avoir pas réparé par le succès la faute d’avoir dédaigné d’exécuter le plan que loi, Carnot, avait tracé.
1i8 IIISTOlItK DK ROIIESPIERHK
se précipite sur Hondschoote, il l'emporte, fi'esl lui qui succède à Houchard, tel est le prix de sa valeur et de son patriotisme. » Robesl)ierre énuméra ensuite les nominations des généraux de brigade et de division, toutes basées, dit-il, sur les témoignages de leurs armées et la connaissance qu'avaient d’eux les hommes qui les pla<;aipnt dans des emplois si importants. Hoche, Ernouf, Dumas, le père de notre célèbre romancier, faisaient partie de ces promotions. Puis, après avoir résumé en quelques mots rapides ce qui s’était passé dans la journée h la Convention, et expliqué comment, en demandant h l’heure présente la réorganisation du pouvoir exécutif, dos patriotes égarés cédaient involontairement aux suggestions des ennemis de la Révolution, il termina en rappelant aux Jacobins qu’ils avaient fait cette Révolution pour le seul plaisir de rendre leurs frères libres. « Vous soutiendrez la Montagne qu’on attaque, vous soutiendrez le comité de Salut public qui .se montre digne de la liberté, et c’est ainsi qu’avec vous il triomphera des attaques des ennemis du peuple ; c’e.st ainsi que par vous il fera trioni])herla liberté et triomphera avec elle (I j. »
fipuisé par les fatigues de cette journée, RobcspiciTC se trouva de nouveau obligé île garder la chambre. Ju.squ’au 3 octobre il ne parut pas au comité de Salut public (2). Ce fut pendant son absence que furent décrétés d’accusation le général Houchard et son chef d'état-major Barthélemy, ce dernier violemment incriminé par Jean- Bon Saint-André dans la séance du 1 5 (3), les généraux d’Hédoiiville, Duuie.sny, de Mars et Beysser (4). Il vint un instant aux Jacobins dans la soirée du 28, se plaignit de la lenteur que mettait le ministre de la justice îi promulguer la loi portant réorganisation du tribunal révolutionnaire (3), et engagea la Société ^ n’apporter aucun retard dans la dé.signation des candidats indiqués au choix du ministre de la guerre pour le commandement de l’armée révolutionnaire. On
( I ) Journal da débalt et de la cotretpoiuiaiKe de la eocUU det Jacobine, numiros 503 et 504; et Monitéuf^ du .30 septembre 1793.
(2) Registres des délibérations et arrêtés du comité de Salut public, drcüieea.
(3) Ibid. J séance du tl septembre. Archives^ 435 a a 72.
(4) Ibid. y séance du 28. Étaient présents : Collot d'Herbois, Prieur (de la Marne), Barère, Billaud-VarenDC, C. A. Prieur, Jean-Bon Saint>André.
(5) Dans la séance du 28 septembre, Voulland, au nom des comités de Sûreté générale et de Salut public, présenta à la ConTention et fit adopter la lista des citoyens arrêtée par les deux comités pour compléter la formation des quatre sections du tribunal révolutionnaire. Voy. cette liste dans ViiUtoire parlmentairêy t. XXIX, p. 154. Voullan n'était rien moins qu‘un ami de Robespierre; mais M. Michelet, qui n’y regarde pas de si près, écrit ; a Au tribunal, il (Robespierre) mit les siens, des hommes à lui, et qui lui appartenaient personnellement, n (T. VI, p. 304.)