‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 59 sur 354 · LIVRE XI. — VILAIS Ii’aLRIGNY · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — VILAIS Ii’aLRIGNY

négligeait ainsi, selon lui, le seul moyen d’alleirer les ennemis du peuple, qui de toutes parts relevaient une tête insolente et se promcttaiiMit des succès (l). Le surlendemain, 30 septembre, on le vit à la Convention, où il accourut à la réception d’une lettre désespérée de d'Aubigny, adjoint du ministre de la guerre, récemment inculpé par Bourdon (de l'Oise). Le ministre avait fait parvenir ü l’Assemblée, par l’entremise même de Robcs|)ierre, des pièces justificatives concernant d’Aubigny, dont l’innocence avait été solennellement reconnue par les tribunaux, et ces pièces n’avaient pas encore été lues. «A quoi donc tiennent toutes ces longueurs? » écrivait d’Aubigny à Maximilien. «Vous connaissez mou cœur, il vous est tout dévoué, ainsi qu’à sa patrie, qu’il aime avec transport. Il est fier, sensible; il est couvert des blessures de l’aristocratie, des Feuillants, des modérés et de tous les scélérats qui les servent sous différents masques. Jugez de ma position, elle est douloureuse.... (2). » Robespierre ne perdit pas un instant; il se rendit, quoiijue malade, à la Convention, où, séance tenante, et à sa demande vraisemblablement, un des secrétaires donna lecture des pièces justificatives qu’il appuya de quelques paroles en faveur de d’Aubigny. « Sauver l’honneur d’un innocent, » dit-il, « c’est plus que lui sauver la vie. Je vais remplir cette tâche honorable. Si pour perdre un patriote il suffisait qu’il fût accusé, il n’en serait pas un seul qui ne dût succomber sous les atteintes des calomniateurs et des ennemis du peuple. D’Aubigny est inculpé: il ne faut pas qu’un homme appelé à une fonction importante soit chargé d’un soup^'on, il doit avoir la confiance des patriotes ou être destitué. » Il expliqua ensuite, comment, au temps de la puissance des Girondins, d’.Aubigny avait été victime des calomnies de la faction, et les applaudissements avec lesquels l’Assemblée accueillit ses paroles furent pour son client la plus éclatante des justifications (3j.

Tandis que la Convention et le comité de Salut public, décidés à en finir avec les ennemis actifs de la Révolution, ajoutaient aux lois

(t) le Journal det débat* et delà corretfondance de la soriélé «si muet sur cette apparilion de Robeapierre aux Jacobina dana la soirée du S8. Voj. le Moniteur du 4 octobre 17â3.

(2) Celte lettre ne ligure pas b la suite du rapport de Courtois. — D'Aubigny était dantoniste comme re dernier. — Voy. Papier* inédit*, t. I«, p. .I.’ÎS.

(3) Journal de* débat* et de* décret* de la Convention, numéro 377, p. 4H, et Moniteur du 2 octobre.

Djgitized by Googlc

HlSTOIItK UE liORESIMEIlIlE

irio

sûvèiTs déjà rendues |>:ir l’Assemblée lé<çislalive, et se disposaient à les appli(|iier rigoureusement, mais sans sortir des limiu*s de la justici' intlexible et du bon sens, les enragés semblai(uit preiWre à tAehe de rendre la ltépiibli(|ue odieuse au monde entier par l'exagération sanguinaire de leurs actes et de leur langage. Depuis longtemps on réclamait le jugenumt des Girondins, coupables d'avoir allumé la guerre civile et soulevé contre la Convention une partie des départements. Dans la matinée du l" octobre, une députation des diverses sociétés populaires de Paris vint à la barre de l'.àssemblée demander de nouveau le renvoi immédiat de Brissot et de ses complici's devant le tribunal révolutionnaire. « Il importe, » s’écria ledantoniste Tliuriot, « que ceux quiontcoitdtiné la perle de la patrie subiss(‘iit un. pronqil jugement. Le vont des pétitionnaires est celui de la France entière, c'est celui de la justice... » Et il voulait que, séance tenante, le comité de Sûreté générale présentât l'acte d'accusation (1). Cette proposition avait été décrétée quand, sur des observations de Voulland, la Convention, revenant sur son vote, accorda au comité un délai de trois jours. Mais il ne .sulïisait pas aux enragés des quelques Girondins Résignés par Saint-Just à la vengeance nationale; il leur t'allait une plus vaste hécatombe. Hébert, par exemple, ne voulait pas de distinction entre les auteurs et les agents de la conspiration, et par agents il entendait les soixante-treize signataires de la protestation contre le 31 mai. « Il n’y a plus à reculer, f...! » écrivait-il dans son journal ; o les traîtres sont au pied du mur. Il faut que justice soit faite. Cartouche-Brissot et sa bande de voleurs et d’assa.ssins vont recevoir le prix de leurs forfaits (2). » Et plus loin : «Eh! vite donc, maître Samson, graisse tes poulies et dispose-toi à faire faire la bascule à cette bande de .scélérats (3).» Les soixante-treize Girondins vont être sauvés comme par miracle, ainsi qu’on le vu voir; mais cela n’empêchera pas le Pt^re Ducheme de revenir à la charge. A])rès s'être réjoui, dans sou langage immonde, de la mort des Girondins guillotinés, il s’écriera hientêt, à proi>os des soixante-treize : « Les autres j... f... qui sont en arrestation ne sont-ils pas aussi coupables qu’eux'?... Est-ce donc parce qu’ils sont députés ipie l’on voudrait les épargner?... Point de |)itié, f...! Point de quartier, f...! yuaiid on a du mauvais sang, il faut le tirer. La Convention s’est couverte de gloire en se ])urgeant de ces immondices; ceux qui veulent la

(1) lloniltur du i octobre 1793, ei Journal det débalt et det décrets, numéro 378, page î.

(3) Le Pire Duchetue, numéro i9t.

(3) Ibid., numéro 303.

Page 1