‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 60 sur 354 · I.IVIIE XI. — CO.XSEIL ROUCYKE · texte numérisé non relu

I.IVIIE XI. — CO.XSEIL ROUCYKE

faire revenir sur ses pas sont des traîtres et des eoni|)lices de la faction brissotiiie... (I). » Robespierre était donc du nombre de ces eoni])lices, suivant Hél)ert.

Et si des voix furieuses dévouaient ainsi à l’écbafaud les soixantetreize signataires de la protestation contre le 31 mai, ce n était pas seulement en dehors de la Convention. Il y avait au sein même de l’Assemblée un certain nombre d'hébertistes ([ui présentement voulaient tout égorger au nom du peuple : royalistes, Girondins, Feuillants, comme plus tard, sous prétexte de modération, ils prendront plaisir à se baigner dans le sang des patriotes. Parmi ces forcenés de la Terreur se trouvait un compatriote de Robespierre, nommé Guffroy, l'un des membres les plus féroces île la bande thermidorienne, un des signataires du rapport de Courtois, — c'est tout dire! — Ce misérable, ipie les lauriers d’Hébert empêchaient sans doute de dormir, avait, vers la fin de juillet 1793, fondé sous le nom de Rougyff, anagramme de .son nom, un journal du plus révoltant cynisme. Lisez plutôt: «Je sonne mon tocsin sur toutes les oreilles françaises; sur l’infernale Marie-Antoinette ; elle a paru îi la

Conciergerie avec l’insolence de la p de Jupiter. Ces bougres de

dieux de l’ancien temps ont une iiKirgue incorrigible. Il n’y a que la guillotine qui ))uisse effacer leurs grimaces et les empêcher de nous faire la figue. On la mène, alerte, alerte, crack... faites-lui faire le saut de carpe en avant, les mains derrière le dos. Vite, ou sinon (2)! » Voili’i pour lu reine; voici pour les Girondins : «Qu’on prépare le crâne de Louis XVI, qu’on fasse un gobelet pour donner à boireaux députés ([u'on veut essayer. Holà ! hé ! Samson, pré|iare soixante guillotines... .\llons, vite, que la guillotine soit en permanence dans toute la Républi(|ue (3). » Ktchaqiie numéro de celte feuille affreuse était rédigé dans ce style. On conçoit quel dégoût devaient inspirer de pareilles turpitudes à un esprit qui rêvait l’émancipation du genre humain jiar la sagesse et par la raison, l’élévation du peuple au point de vue moral et matériel, et non l’égalité dans la boue. Robespierre ne put s’empêcher de manifester hautement combien lui réjiugnait celte feuille qu’on eût crue rédigée pour les bagnes. Comme Guffroy était son compatriote, il se permit à son égard quelques remontrances, et lâcha de lui faire com]>rendre à quel point était dégradante dans la forme et dans la pensée la jirose de son journal. Mais Rougyff s’embarrassait bien de la dignité po-

(1) Le Père Duchesne, numéro 312.

(2) Hougyff ou le Frank en vedeltet avec cettu épigraphe : a Recédant Tetera, nova sint omnia, corda, Tocea et opéra. » — Numéro 8.

(3i Ibid.f numéro 6.

IIISTIIinE DE ItOIlESPIEIlIlE

pulaire! « Tu me dis, Robespierre, de changer mon style, et que mon journal prendra, » répondit-il. « D'autres me disent que mon .style est hem et que mon journal prend. Que veux-tu? On ne peut faire uiu; sauce qui plaise à tous les goûts. Tu sais bien que je peux écrire d’une autre manière; mais mes lorgnettes, mes porte-voix, mes bougreries plaisent aux sans-culottes, et je nie plais à jaser pour eux et avec eux. Crois que quand je leur glisse un petit bout de raison bien assaisonné de sang-froid et de calcul patriotique, ils renteiuient bien, je le .sais : mais toujours jiarlcr gravement, toujours raisonner avec un compas! Non, je n'écris pas pour les gens d’esprit; j’écris pour mes amis les .sans^'ulottes, pour nos braves guerriers, qui me trouvent un bon bougre ; pas vrai, Tranche- Montagne (i)? » Ceux qui lui vantaient le succès de son journal, c’étaient les Tallien, les André Dumont, les Bourdon (de l’Oise), tous ses futurs complices de Thermidor; mais le peuide, disons-le à son honneur, ne reconnaissait |ioint pour ses véritables amis ces érrivains ejui lui parlaient un langage d'argousins et couraient à la popularité par des voies honteuses. Il distinguait bien où était la comédie indigne et bruUile, et où étaient la conscience et le cœur. Aussi Robespierre était-jl et restera-t-il |>our lui le |)atriote pur et vrai, le républicain par excellence. Supérieur eu cela aux rois, qui se laissent toujours prendre aux bassesses des courtisans, le peuple n’aime ni n’estime ceux qui le llatlent lâchement. Ou a vu en plus d’uiie circonstance déjà combien peu Robespierre était disposé à sacrifier à l’engouement populaire le sentiment de sa dignité, ou à étouffer le cri de sa conscience pour complaire à la foule; de son indépendance de caractère nous allons fournir une nouvelle preuve tout à fait concluante.

Ce fut une sombre séance (jue celle du 3 octobre 1793. Et cependant de vifs applaudissements partirent de tous les points de la salle quand Amar parut à la tribune pour donner lecture du rapport (lu comité de Sûreté générale contre les Girondins. Avant de commencer, le rapporteur pria la Convention de décréter qu’aucun de ses membres ne |)ourrait se retirer avant qu’elle eût entendu le rapport tout entier et pris une décision. Cette proposition ayant été adojitée, les portes furent ferniétîs et Amar prit la parole. Il y avait loin de son rapport à celui de Saint-Jusl, dont nous avons signalé la modération. Quarante-six députés cette fois étaient impliqués dans l’affaire et renvoyés devant le tribunal révolutionnaire. Amar termina son rapport par la lecture d’une protestation, restée secrète

(1 ) Rougyff ou le Frank en vedelle, numéro 38.

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