LIVRE XI. — |;üBESP1E«RE et l’HULDIlOX
des réglcmenlatione, l'initiative privée ; n'abnndonner au pouvoir exécutif que l’autorité nécessaire à la bonne gestion des affaires de la communauté; fuir enfin la manie ancienne des gouvernants de vouloir trop gouverner : voilà quels étaient, selon lui, les principes fondamentaux d’une constitution républicaine.
Eh bien! croirait-on qu’un grand esprit de ce temps, que Proudhon, dans son aveugle prévention contre Robespierre, et aussi dans son amour immodéré de ce qu'il appelle I’ax-archie, a fait de rimmortel législateur un fanatique de gouvernement? Je ne voudrais pas contester la bonne foi de l’auteur fameux du Mémoire sur la Propriété, mais quand on alu attentivement les productions de cetesjtritbizarn;, dont les qualités étincelantes sont voilées de tant d’insupportables défauts, on est contraint d’avouer qu’en toutes choses il a toujoui-s été beaucoup plus dominé par son tempérament fougueux, ses préventions étonnantes et sa manie de contredire, que par la justice, la raison sévère et la passion de la vérité. Personne n’ignore de quels procédés ordinaires usait Proudhon envers ses adver.saü'os politiques et littéraires, et même envers certains hommes qui eussent été en droit d’attendre de lui, sinon des éloges, au moins de.s ménagements et dos égards. C’est un débordement d’invectives destinées à couvrir la plupart du temps l’absence complète de tout argument sérieux. N’est-il pas étrange et triste de voir ce démocrate s’évertuer à ressasser contre Robe.spierre les outrages du parti royaliste et girondin? Imbécile messie de Catherine Théot (1), rhéteur pusillanime, apostat de la démocratie, etc. (2), telles sont les banales injures dont le paradoxal auteur de l a Justice dans la Révolution et dans rÈylisc poursuit l’auteur de la Déclaratiox des Droits de l’iio.mjie ET ou ciTOYEX. Du reste, en jugeant ce grand homme, dont les hautes conceptions paraissent lui avoir échappé, Proudhon se contente d’affirmer, avec son outrecuidance habituelle, les faits les plus conli aires à la vérité. Tout ce qu’il a dit en général des hommes et des choses de la Révolution dénote qu’il n'en avait qu’une teinte toute superficielle, qu’il ne l’avait jamais étudiée .sérieusement et aux sources. Quand, par exemple, il écrivait que Robe.spierre aurait été du gouvernement de Juillet, il faisait preuve, par cette simple induction, de l’ignorance la plus profonde ou du plus absolu défaut de jugement. Ce n’est un mystère pour personne qu’en fait de liberté et de démocratie, la constitution de 1791 dépassait de beaucoup celle de 1830. Qu’étaient les citoyens actifs de la première époque auprès des censitaires de la seconde? Et qui donc, plus que Robespierre, avait
(1) Voy, le litre De la Jutlice dam la Rieolulio» el dans V Eglise.
(2) Idiee générale! de la Révolalion au XIX‘ eiicle.
combattu sans relAche les instincts péactioniiaires de quelques-uns des membres influents de l’Assemblée constituante? Qui donc, dans la période de révision, avait mis plus de courage et de dévouement à défendre les conquêtes de la Révolution, îi revendiquer pour chacun sa part d’e\istence politique et sociale? Qui donc s'était montré l'adversaire plus éloquent et plus convaincu des Feuillants, ces ancêtres des doctrinaires? Qui donc enfin avait écrit la Déclaration des droits de l’bomme, posé les bases d’une véritable constitution démocratique, et tracé d’une main plus ferme les limites étroites dans lesquelles devait être circonscrit un gouvernement républicain? Il ne fallait pas beaucoup de perspicacité pour apercevoir les abîmes qui séparaient Robespierre des pèles réformateurs de 1830. Mais, esprit essentiellement négateur, Proudhon n’était pas d’un tempérament à rendre justice aux hommes dont les doctrines ne concordaient pas entièrement avec les siennes. Et Robespierre n’avait aucune espèce de penchant pour l’anarchie. Ah! c’est que, comme Mirabeau, il savait fort bien que les partisans de l’AX-ABcniE font trop souvent les affaires de la dictature et du despotisme (1).
Mais revenons à la constitution. Un des points les plus importants était certainement l’organisation do la justice. A la place de nos anciennes institutions judiciaires, tombées, on s’en souvient, aux applaudissements du pays tout entier, l’Assemblée con.stituante avait établi une magistrature offrant des garanties d’indépendance et d’impartialité suffisantes. Temporairement élus par le peuple, les juges SC trouvaient entièrement distraits de l’influence gouvernementale, et ils n’avaient qu’une seule manière de se recommander
(1) C’est surtout dans scs Idéet ginérales de la Récolulion nu XIX‘ tiicle que Proudhon s’esl montré h l'égard de Robespierre d'une récoltante injustice. Arec les révolutionnaires comme Robespierre ou fonde la liberté et la démocratie; nul doute pour moi que , sans le coup d'État de Thermidor, il ne fût parvenu h les asseoir eu France sur des bases indestructibles. Avec des révolutionnaires de la trempe de Proudhon, lequel s’est donné quelque part pour l’héritier de Varlet et de Vincent , et s’est vanté, dans ses Cmfessioru d'un Rimlutionnaire, d’avoir voulu « faire peur s, on patauge dans le g&chis jusqu’au jour où . de dégoût et de lassitude , la majorité du pays se jette dans les bras du despotisme. Et voyez oü aboutissent d'ordinaire ces esprits excentriques. Après s'Ôtre posé en véritable croquemiiaine et avoir eu la prétention d'étonner le monde par l'audace de ses propositions , Proudhon en est venu, aux applaudissements des journaux légitimistes , à lancer un pamphlet contre le peuple italien , et ce terrible ennemi de Dieu a Bni par faire campagne avec les cléricaux.