INSTRUCTION AUX COMMUNES
comité, parce qu’elle était trop en vue et encombrée sans cesse de la foule des postulants, avait engagé ses collègues à changer de local (1). Eh bien, qui le croirait? ces simples mots: changer de local, tracés sur un bout de papier, ont paru au rédacteur du rapport de Courtois la preuve d’un projet de dissoudre la Convention (2)! Fallait-il que ces Thermidoriens fus.sent assez à court de griefs sérieux pour établir leur accusation sur des bases aussi puériles! Quand Courtois ne falsifie pas les pièces, il intervertit les dates. C’est ainsi que par la plus insigne mauvaise foi ou la plus étrange ignorance il applique à la Convention la minute d’un projet de pétition rédigée par Robespierre au mois d’août 1792, et par laquelle le conseil général de la commune demanda, on s’en souvient, à l'Assemblée législative de transformer en simple commission des contributions publiques le directoire du département de Paris (3). Et c’est sur de pareilles ûneries qu’a été édifié le monstrueux échafaudage du procès de Robespierre !
Mais revenons au comité de Salut public. Attaché au bureau des corps administratifs et des autorités constituées, Robespierre semble s'étre appliqué surtout à traiter les questions d’ensemble, les questions de morale et de haute philosophie. Elle est de .sa main, cette belle instruction aux communes au sujet de l’établissement du gouvernement révolutionnaire : •< La patrie .s’est déclarée en état de guerre contre les consiiirateurs et tous les ennemis du peuple. La Convention a lancé contre eux les lois révolutionnaires. Ce n’était pas assez, il fallait encore en assurer l’exécution.... Le cercle des autorités, leurs devoirs sont fixés. Les seules formes qui opposent une barrière à l’arbitraire sont conservées; mais celles qui faisaient obstacle au cours de Injustice sont détruites. La loi, aussi prompte que la volonté dont elle part, atteindra tous les coupables et ne s’arrêtera que devant l’innocence.... Les législateurs ont remis l’application de ces lois aux communes.... Pleins de confiance en vous, ils doivent cependant vous rappeler les obligations sous lesquelles ils courbent les premiers leurs tôles. La lumière doit être placée à côté de tous les fonctionnaires pour éclairer leur bonne conduite ou leurs fautes, et plus leur ministère est redou-
(1) Carnet de Robespierre, p. 4. Architet.
(S) Rapport de Courtois, p. 36.
(3) Ce projet, dont la ininule est aux Archivett a été imprimé sous le numéro \LIX , à la suite du rapport de Courtois. « Il parait, v dit Tastucieux rapporteur, o que h commune tous dcTuit, citoyens, présenter une pétition tendant à la suppression du département, comme autorité rivale, et vous proposer de nommer le département commission des contributions publiques. »
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lablü, plus leur eoiu[ite esl sévère. L’homme de bien est le premier à (leiuauder que l’on porte le llamlieau sur sa conduite; vous devez des comptes. Tout ce (|ui n’atteindrait pas le bien serait faiblesse, tout ce qui le dépasserait serait exafçération.... Cette loi révolutionnaire vous met à la main la vengeance nationale, et par là vous défend toute vengeance particulière. Oubliez que vous ôtes hommes pour vous souvenir que vous ôtes juges. Impa.ssibles aux passions d’autrui et aux vôtres, méritez jiar la vertu le droit de punir le crime (1). » Robespierre, a dit avec raison Hegel, avait pris la vertu au .sérieux et l’avait posée comme le principe suprême (2). Kt ce fut précisément parce (jii’il envisageait les questions d’une telle hauteur, d’un point de vue si élevé, que scs collègues du comité de Salut public lui contièrent invariablement la rédaction des l'apports où devaient être développés les grands préceptes de morale > l't de philosophie à appliquer au gouvernement des peuples.
Est-ce aussi pour cela que plus tard on l’a rangé parmi les gens dits de la liauti’ main '! Il faut dire, un mot de cette dénomination, tout à fait absurde, appliquée.ii un prétendu parti que repré.sentaient Robespierre, Saint-Just et Couthon, par opposition à celle d('. fiens révolutionnaires , fiovif' laquelle on aurait désigné le parti Rillaud-Varenue, Barère et Collot d’ilerbois, et à celle de getts (Cexamm, aj)pliquée au parti Carnot, C.-A. Prieur et Robert Lindet. L’inventeur do cette belle nomenclature a oublié de placer Jean- Bon Saint-André, Prieur (de la Marne) et llérault-Séchelles dans l’iiue de ces catégories. Peut-être bien ignorait-il qu’ils eu.ssent fait partie du fameux comité. Ces désignations bizarres, insigniliantes et sans portée, dont se servaient des agents du bas étage, et que des historiens sérieux ont eu, à notre avis, le tort d’accepter, ont été mises au jour dans une misérable rapsodie publiée en 1825 sous ce litre : liévélalintu puisées dans les cartons des comités de Salut public et de Sûreté générale, ou Mémoires de Sénarl (3). Titre bien choisi, comme on voit, pour intlueneer l’esprit du lecteur. Or, i|u’était Senar et non point Sénart? un des agents les plus odieux
(1) Archicet A F, 11, 82. Avec Robe.S|iierre onl sigué : Billaud-Vurenne, Carnol, C..-A. Prieur, Rarère, Robert Limlet et Coulbon.
(2) Hégel, OhiUisophie de l'kietoire.
(3) Voy. les ittmoires de Seuar, cb. XIV, n. 143. Il est assez remarquable que l'èdilcur n'ait pas même su l'orlhogruiihe du nom de Sonar.
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