‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 69 sur 354 · LIVRE Xll. — AliCliSTlM noUESPIERRE DANS LE MIIII 17î · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — AliCliSTlM noUESPIERRE DANS LE MIIII 17î

A qui était adressée cette lettre? Très-probablement à Saint-Jusl ou îi Le Bas, qui l’un et l'autre avaient quitté Paris dès le 27 vendémiaire pour se rendre en poste à l’armée du Rhin. «Gardez-vous de l’impatience, » écrivait Maximilien au premier quelques joui-s plus tard, « nous sommes pleins de l’énergie et de la sollicitude c(ui vous animent, et nous vous seconderons de toutes nos facultés (t). » On sait de reste de quelle admirable façon Sainl-Jusl et Le Bas remplirent leur mission dans les déparlements du Haut et du Bas-Rhin; comment ils reprirent les lignes de Wisseinbourg et parvinrent à dégager cette partie du territoire de la République, et comment aussi îi l’intérieur ils surent comprimer l’ennemi .sans employer les moyens sanglailts dont crurent devoir user tant d’autres proconsuls (2).

L’histoire de Maximilien Robespittrre serait incomplète si l’on ii’y disait un mot de la matiière dont ses amis et son frère notamment se conduisirent dans les missions importantes qui leur furent conliées. Si, en effm, ces intimes confidents de sa pensée surent allier à une énergie et à un courage à toute éiu-euve la modé‘ration et la sagesse, sans lesquelles on ne fonde rien de durable; .si, par leur esprit de douceur et de justice, ils euretit l’art de ralliera la Réjiublique la foule des indifférents et des faibles, datis le cœur desquels tant d’autres commissaires de la Convention semblèrent se faire un jeu de jeter l'épouvante et le désespoir, c’est qu’ils étaient les interprètes intelligents et dévoués de la politique modérée dont Robespierre avait donné une preuve éclatante dans la séanee du 3 octobre îi la Convention nationale.

Parlons d’abord d’Augitstin-Bon Robespierre. Nous avons déjii dit un mot de ce jeune homme. A une bonté qui, dans son pays, lui avait valu le surnom de lion bon, il joignait l’intrépidité d’un soldat. Charlotte, sa sœur, témoin de sa conduite héroïque dans le Midi, a dit de lui ; « C’était un César(3). » Le mot n’est pas juste ; il eût mieux valu dire ; C’était un héros. Nous le verrous, en effet, accomplir des prodiges ;i la tète des troupes républicaines. Mais ce qui le distinguait surtout, ce qui le fera vivre à jamais dans la mt-moire des hommes, c’était son admiration sans bornes, son dé-

(1) Carnet de Robespierre, feuiilel 1 1.

(S) Voy. dansmotra ItUioire de Saini-Just les missions de Sainl>Just el de Le Bas.

(3) Jf^moire^ de Charlotte Robespierre tur ses deux /rèr«, p, 07.

HISTOIRE DE ItUBESPIERItE

vouement sublime pour ce frère auquel il ne voudra pas survivre. Envoyé, dt3S le mois d'août -1793, dans le Midi pour réprimer l’insurreclion girondine, il partit avec sa sœur. A travers mille dangers il arriva enfin à Marseille, étudia l’esprit de ces populations méridionales si promptes à se laisser égarer par d'habiles meneurs, et s’empressa de communiquer ses impressions à son frère. Il fallait, selon lui, des hommes très-habiles pour faire le bien dans ces départements du Midi, parce que les tètes exaltées, peu capables de raisonnement, étaient fort difficiles à ramener dès qu’une fois elles avaient embrassé un parti. « Je t’a.ssure, » écrivait Augustin à son frère à la date du 28 août, « que le plus grand nombre a été stupidement trompé, et que les crimes de quelques hommes qüi se disoient patriotes ont nécessité une certaine classe de citoyens de se réunir pour se soustraire aux plus inquiétantes vexations. Des contre-révolutionnaires SC sont emparés de cette classe d’hommes, ont paru d’abord ne se joindre à ceux-ci que pour contenir des hommes vraiment dangereux , dont les propositions et souvent les actions étoient criminelles; mais bientôt ces contre-révolutionnaires astucieux trouvèrent le moyen de rendre oppresseurs ceux qui croyoienl ne se garantir que de l’oppression. Les patriotes se trouvèrent poursuivis, vexés, immolés, et ceux qui les ppursuivoient étoient les instruments aveugles de quelques contre-révolutionnaires qui avoient égaré la masse ignorante de ce qu’on appelle les honnêtes gens. » Rien n’était plus vrai, et l’on ne pouvait mieux définir ce qui s’était passé dans le Midi. Bien différent des justiciei-s à la fa(;on de l’horrible Fouché, qui frappaient indistinctement les égarés et les coupables, .Augustin Robespierre voulait qu’on apportât une exirèmc mesure dans ta répression. « Si les patriotes veulent punir tous les sectionnaires indistinctement, » ajoutait-il, «la réaction aura encore lieu et rendi'a la guerre civile interminable. Les pa.ssions sont exaspérées û un point inconcevable, et les haines sont si fortes qu’il faut prendre tous les moyens possibles pour qu’un patriote qui a eu un procès avec un patriote ne soit point victime d’une dénonciation haineuse. Réponds à ma lettre, redresse ma vue si elle est oblique. — J’ai embrassé les jirisonniers, Ricord lé premier, et je t’embrasse (t). »

Si Robespierre répondait aux lettres d’.\ugustiu, et surtout s’il était, dans ses réponses, en parfaite communauté de sentiments et d’idées avec lui sur la nécessité d’apporter une grande mesure dans la répression des crimes et des délits politiques, c’est-à-dire de ne

(1) Lettre inédite, de la collection Portiez (de l'Oise'.

LIVRK XII. — AICISTIN ROBESPIERRE ET BONAP.XRTE

[joint confondre les coupables avec les gens faibles ou égarés, c'est ce dont il est impossible de douter. Nous avons d'ailleurs à cet égard un témoin bien désintéressé, et par conséquent irrécusable, dans Napoléon Bonaparte. Officier d'artillerie à l’armée d'Italie,

Bonaparte entra bien vite en relations suivies avec Augustin Robespierre, dont l'âge était.en rapport avec le sien, et dont les opinions étaient précisément celles qu’il manifestait très-hautement lui-même.

Il était animé d'un républicanisme ardent et sincère, de ce républicanisme pur, idéal, dont Maximilien Robespierre était la plus haute expression. Aussi avait-il pour ce dernier une très-vive admiration.

L'estime qu’il portait à Augustin s'accrut bientôt d’une amitié véritable, et l'intimité la plus affectueuse s'établit entre eux (1). Ils étaient devenus les confidents l’un de l’autre, se faisaient part de leurs impressions, de leurs sentiments, de leurs espérances, toutes alors pour la patrie et pour la liberté. Augustin montrait à Bonaparte les lettres qu’il recevait de son frère; et c’est Napoléon luimême qui nous apprend avec quelle indignation Maximilien blâmait les horreurs commises par certains proconsuls dont les atrocités et la tyrannie compromettaient, selon lui, la Révolution (2). Nous aurons bientôt à raconter la guerre acharnée et vaine, hélas! soutenue par Maximilien Robespierre contre ces commissaires barbares et insensés. Ces lettres si précieuses, qui passèrent sous les yeux de Napoléon pendant les deux missions d'Augustin Robespierre à l’armée d'Italie, que sont-elles devenues? Elles ont été anéanties, il faut le craindre, car les ennemis de Robespierre se fus.sent bien gardés de laisser subsister de telles preuves de leurs infamies et de si excellentes protestations en faveur de leur victime ! C’est â coup sôr un des vols les plus regrettables faits par les Thermidoriens à l’histüire.

Dépouillée de toute exagération , l’énergie de Robespierre jeune n’en produisait que plus d’effet; ses paroles retentissaient au cœur des soldats de la République comme le cri de la patrie en danger.

A une proclamation insensée dans laquelle les amiraux Hood et Langara avaient offert « amnistie et rémission » à tous les officiers, sous-officiers et soldats qui abandonneraient les « drapeaux de

(1) Yoy., sur les relations de Napoléon arec Augustin Robespierre» tes Mémoire!» très-curieux de Charlotte (p. iS7). Ce fut à Testiaie et à ramilié que Napoléon avait i

portées à Maximilien et à Augustin que Charlotte Robespierre dut la pension de 3,500 fr. dont il la gratifia lorsqu'il fut devenu premier consul. I

(1è) Voy. le Mémorial de Sainte-Btlàne. On peut en croire MM. de Las Cases et ’

O’Meara» dont les relations sont empreintes d’un profond caractère de vérité, et qui j

d'ailleurs ne sont suspects ni l’un ni l'autre d’engouement révolutionnaire. '

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HISTOIRE I)E ROBESPIERRE

l’alïàrchie » pour se réunir « à tous les Français fidèles, » c’est-à-dire aux traîtres de Toulon , il adressait, de concert avec ses collègues Ricord, Barras et Fréron, cette hautaine réponse : « Périsse à jamais la royauté! tel est le cri de vingt-cinq millions de républicains français. Cette nation libre et puissante ne peut avoir rien de commun avec les despotes et les esclaves. Elle ne doit et ne veut communiquer avec eux qu’à coups de canon. Elle n’a pas besoin, pour combattre et vaincre ses ennemis, d’avoir comme eux recours à la trahison, à la perfidie, à la scélératesse (t). » C’était le ta septembre qu’Augustin Robespierre et ses collègues envoyaient aux amiraux anglais et espagnol celte réponse superbe ; le lendemain, ils écrivaient à la Convention : « Connaissant l’esprit de la Montagne, nous ne doutons pas que la Convention nationale n’approuve la hauteur républicaine de notre réponse aux amiraux de Pitt et non de la nation anglaise, que nous ne croirons jamais assez dépravée pour faire la guerre par des moyens si bas. » Hood et Langara convinrent d’ailleurs eux-mêmes qu’aucune flotte n’eût été capable d’entrer dans Toulon si cette place n’avait point été livrée, et ils parlèrent dans les termes les plus méprisants des coupables habitants de cette ville, tant la trahison inspire de dégoût à ceux-là mêmes qui en profitent (2). L’ardeur et l’enthousiasme des commissaires de la Convention s’étaient rapidement communiqués à nos troupes. Au Midi comme au Nord, nos soldats commençaient d’opérer des prodiges, et, vers la fin de ce môme mois de septembre, Augustin Robespierre pouvait écrire au citoyen Tilly, notre chaîné d’affaires à Gênes ; « Nous n’avons que le temps de vous apprendre, citoyen, que les armées de la République sont partout victorieuses; que l’Espagnol et l’Anglois ont partout disparu de dessus la terre de la liberté. Toulon n’est pas encore soumis aux lois de la République, il est en ce moment bombardé, et les lâches y sont fort inquiets (3). » Le moment n’était pas éloigné, du reste, oû la ville rebelle allait être emportée de vive force, et nous retrouverons tout à l’heure sous ses murs Augustin Robespierre et Napoléon Bonaparte.

(1) Papiers inédits troaeés chez Robespierre et autres, ete., t. III, p. IIS.

(1) DépSehe B la ConTcntion nationale, dans lea Papiers inidits, U III, p. [lOS et suiT.

(3) Lettre en date du S6 septembre 1793. Robespierre et Ricord recommandent an citoyen TiUj d'enconrager les coorriers chargés du serrice des armées.

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