‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 70 sur 354 · LIVRE XII. — COüTHOfi A LYON · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — COüTHOfi A LYON

Après avoir jeté un rapide coup d’œil sur la conduite de Robespierre jeune à l’armée d’Italie, examinons de quelle manière Couthon, ce grand honnête homme, ce frère de cœur de Maximilieu, exerçait à Lyon les pouvoirs redoutables dont l’avait investi la Convention. On sait comment , à la voix des Girondins, la grande cité lyonnaise s’était mise en révolte ouverte contre la République, et personne n’ignore le mémorable siège soutenu par ses habitants sous la conduite du royaliste Précy.

Le siège durait depuis longtemps; la Convention s’impatientait de tant de lenteur, quand, vers le milieu de septembre, elle adjoignit Couthon et Maignet aux représentants Dubois-Crancé, Gauthier, Reverchon, Laporte et Javogues, déjà chargés de soumettre les rebelles. Couthon était alors dans les montagnes du Puy-de-Dôme, où il s’empressa de lever une réquisition de paysans solides, — ses rochers d’Auvergne , comme il les appelait , — avec lesquels il arriva devant Lyon au commencement d’octobre. Selon lui, cette ville aurait dû être réduite depuis longtemps; il reprocha avec quelque amertume à Dubois-Crancé d’avoir inutilement prolongé le siège en s’opposant à l’attaque de vive force instamment réclamée par nos troupes. A cela Dubois-Crancé répondait que la ville était dans un état déplorable et serait obligée de se rendre bientôt ; mais dans l’esprit de Couthon s’élevèrent contre son collègue des soupçobs de trahison que partagea Robespierre, et celui-ci crut Dubois-Crancé réellement coupable d’avoir, à dessein, laissé échapper Précy (1).

Dubois-Crancé n’était cependant pas un modéré, tant s’en faut, car plus tard il reprocha à Couthon de n’avoir pas montré « le visage sévère » convenant, suivant lui, au représentant d’une grande nation outragée (2) , et il fut l’un des alliés de Collot d’Herbois, de Fouché, de Carrier et autres dans la coalition qui renversa Robespierre. Couthon était un des signataires de la dépêche du comité de Salut public aux commissaires de la Convention devant Lyon, dépêche dont nous avons parlé plus haut et|dans laquelle'on

(1) Au sujet des dimélés de Conlbou isee Dubois-Cranei , Tojes le Moniteur du fi drisutire an II (ü déeembre 1793). Quant à l'opinion ddfaTorable de Robespierre sur Dubois-Crancé, on la trouas déreloppée dans des notes éeriias do sa main et dans son projet do rapport sur la laetioa Fabre d'Êglantine. Vop. Papiers «Mile, etc., t. Il, p. 16 et St. Ces deux piéeea figurent k la suite do rapport do Courtois, sons les numéros LI et LU.

(») Voj. le disronrs jsslifleaiif de Dubois-Crancé.

IIISTOIHK DE ROBESPIERRE

i ccommandait si vivement aux députés en mission d'épargner ceux qui se sonraettraient. Il savait d’ailleurs , par une lettre de son collègue Rouyer, que Lyon en masse n’était pas aussi coupable qu’on l’avait présenté. « Tâchez, » lui avait écrit Rouyer, « d’empêcher qu’une pareille ville ne soit désolée, et que, sans s’entendre, des millions de patriotes s’entr’égorgent mutuellement (1). » Lyon, il est vrai, n’avait pas encore â cette époque exaspéré la Convention par sa résistance désespérée. Couthon n’en arriva pas moins avec l’intention bien arrêtée d’unir â une fermeté indomptable la modération dont Robespierre venait de donner un si frappant exemple en arrachant soixante-treize Girondins à la mort au moment même où son ami paraissait devant Lyon, car cette modération semblait ù Couthon bien de nature à ramener à la République des milliers de citoyens égarés. « Que les hommes qui n’ont pas de crimes à se reprocher soient tranquilles; leurs personnes et leurs propriétés seront respectées... La loi ne frappe que les coupables, » disait-il dans une proclamation où il annonçait aux Lyonnais que c’était ù lui qu’ils avaient affaire désormais. Dubois-Crancé , en effet, et les autres représentants à qui l’on attribuait les lenteurs du siège, venaient d’être rappelés, et Robespierre n’avait pas été étranger à cette mesure , si nous nous en rapportons ù son carnet, où nous lisons, au sujet des commissaires de l’Assemblée ù Lyon: «Envoler Bô et Montant, rappeler les autres, excepté Couthon et Maignct (2). » Ce n’était pas Couthon qui avait dénoncé son collègue Dubois- Crancé ; de toutes parts étaient parvenues au comité de Salut public des plaintes au sujet de ce représentant. Simond (du Bas-Rhin) avait écrit à Robespierre : « Je continue à désapprouve)' les mesures politiques et militaires adoptées surtout par Dubois-Crancé devant Lyon, et je vous déclare que je le regarde comme l’homme le plus stupide ou le plus coupable qui ait paru avec qualité en cette affaire, et je le signe (3). » On voit si les présomptions de Robespierre étaient fondées.

(t) Lettre de Ronyer k Conthon, en date du 20 Juillet 1793. Voy. Papiers inidite, etc., t. II, p. 336. Cette lettre figure soua le nuinkro CIV, k la suite du rapport de Courtois.

(S) Carnet de Robespierre, feuillets. Ce fut Billaud-Varenne qui, k la Convention nationale, insisu pour le rappel de Dubois-Crancé et de Gautbier. il reprocha k ces deux députés d'avoir accumulé sur leurs têtes les fonctions de généraux et de représentants du peuple, et leur imputa les longueurs et les difficultés du siège. (Voj. le Journal du débats et du déertis dé la Contesslian, numéro 383, séance du 15 vendémiaire, 6 octobre 1793.)

13) Lettre inédite, en date du IS octobre 1793, de la Collection de Portiez (de l'Oise).

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