‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 73 sur 354 · VI · texte numérisé non relu

VI

Fut-ce sur l’invitation de Robespierre que Collot d’Herbois accepta du comité de Salut public la mission de se rendre à Lyon? C’est ce qui résulte d’un passage de la lettre de Collot à Maximilien déjà citée, et il n’y a rien d’impossible à cela. Aucun nuage, en effet, ne s’était encore élevé entre ces deux membres du comité ; leurs dissentiments auront pour cause principale précisément l’horrible façon dont Collot d’Herbois remplira sa mission, et Robespierre, à coup sûr, ne pouvait prévoir les épouvantables cruautés auxquelles allait se livrer son collègue, de concert avec le futur duc d’Otrante, cruautés destinées d’ailleurs à être surpassées par les réacteurs de Thermidor. Ce fut, du reste, comme on le verra plus tard, quand le hideux Fouché soupçonna Robespierre de vouloir lui faire de-

(1) Sur l'excessive modération de Couthon h Lyon, tous les écrivains contre*révolu>' tionnaires sont eux-mémes d’accord, comme le fait justement remarquer M . Louis Blanc. Voj. son lîUloirt de la Béoolufion, t. IX, p. i78.

(i) Lettre de Collot d’Herbois à flobespierre, en date du 3 frimaire. l/6t rupra.

mander compte du sang inutilement répandu h Lyon qu'il organisa contre lui le complot dont l’issue devait être si funeste Ji la République.

Quoi qu’il on soit, ce fut encore sur la proposition de Barère que, dans sa séance du t) brumaire (.'10 octobre 1793), la Convention ratifia l’arrété du comité de Salut public chargeant Collot d’Herbois et Fouché de se rendre à Lyon. Nous avons sous les yeux les minutes des arrêtés concernant cette mission ; deux seulement sont signés de Robespierre; le plus important, celui qui permet ît Collot de prendre toutes les mesures jugées néce.ssaires suivant les circonstances, n’est signé que de Collot d’Herbois lui-même, de Billaud-Varenne et de Barére (1). Nous n’avons pas à raconter les détails de la mission de Collot et de Fouché à Lyon ; indiquons seulement par quelques traits rapides comment les gens de bien eurent à en gémir et regrettèrent amèrement le départ de l’homme qui avait si bien mis en pratique au milieu d’eux la politique de Robespierre.

Couthon était parvenu à améliorer singulièrement l’esprit public îi Lyon, et il le. trouvait bon en général; telle n’est point l’opinion de Collot d’Herbois. « Tu m’as parlé de l’esprit public de cette ville : penses-tu qu’il puisse jamais y en avoir? » écrit-il à son collègue. « Je crois la chose impossible (2). » A peine arrivé, il s’indigne de voir encore debout cette ville superbe. Mais patience, sous deux jours sauteront les bAtiments de la place de Bellecour, respectés par Couthon, et la mine va accélérer les démolitions (3). Selon Fouché et Collot d’Herbois, il n’y avait d’innocent dans l’infâme cité que quiconque avait été opprimé ou chargé de fers par les ennemis du peuple (4). Un sursis ayant été obtenu en faveur d’un prisonnier voué par eux à la mort, ils se plaignent amèrement de n’avoir pas été consultés. « Nous sommes en défiance contre les larmes du repentir; rien ne peut désarmer notre sévérité, » écrivent-ils à la Convention nationale, a On n’ose pas vous demander le rapport de votre premier décret sur l’anéantissement de la ville de Lyon; mais on n’a presque rien fait jusqu’ici pour l’exécuter.

Hinntes des arrêtés du comité de Salut publie. Archteet, A F 11, 58.

(t) Lettre de Collot d'Herbois b Couthon, en date du 11 frimaire. Voy. Papiers inidilt, t. !•', p. 328. Cette lettre figure sous le numéro LXXXVlII.è U suite du rapport de Courtois.

(3) Lettre de Collot d'Herbois an comité de Salut public, en date du 17 brumaire. Voy. Papieri inédile, t. I», p. 328, numéro LXXXVIII, h la suite du rapport de Courtois.

(A) Lettre de Collot d'Herbois et de Fouché h la Convention nationale, en date du 26 brumaire. — Voy. Papiert inédile, t. 1", p. 316, numéro LXXXVII du rapport de Courtois.

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