‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 74 sur 354 · LIVRE XII. — FOUCHÉ ET COLLOT D’iIERBOI.S A LYON · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — FOUCHÉ ET COLLOT D’iIERBOI.S A LYON

Les démolitions sont trop lentes; il faut des moyens plus rapides à l’impatience républicaine. L’explosion de la mine, l’activité dévorante de la flamme peuvent seules exprimer la toute-puissance du peuple (1)... » Peu de jours après, enveloppant tous les prêtres réfractaires ou assermentés dans une commune proscription, ils écrivaient encore à 1a Convention, sans distinguer entre l’innocent et le coupable : « Leur arrêt est prononcé (2). » Mais ces moyens affreux étaient loin d’avoir l’approbation de Robespierre, qui, sourd aux instances de son collègue du comité de Salut public, garda ,*1 son égard un silence absolu. En vain Collot d’Herbois, attendant une lettre de lui avec la plus vive impatience, écrivit à Duplay pour le prier de recommander à son hôte bien-aimé de se décider à prendre la plume (3) ; en vain, s’adressant à Robespierre lui-même, il lui dit ; « Ecris-nous... peut-être as-tu tort de ne l’avoir pas fait (4).» Maximilien demeura muet. Ou bien, s’il se décida à écrire, ce fut sans aucun doute pour blâmer les fureurs de Collot d’Herbois et de Fouché, et les Thermidoriens se sont bien gardés de publier de pareilles lettres. Du reste, Collot d’Herbois connut le secret du silence de celui dont il regardait alors la vie comme si précieuse aux républicains (5) quand, de retour à Paris, il fut témoin de la lutte que Robespierre y soutenait contre les hébertistes, ses dignes alliés à lui.

Si la présence de Couthon était regrettée, on le comprend sans peine. Maintenant, que Robespierre ait désapprouvé les rigueurs excessives déployées à Lyon par Fouché et par Collot d’Herbois et qu’il ne fut pas en son pouvoir d’empêcher, c’est ce dont il est impossible de douter. « Je t’assure que je me suis senti renaître, » lui écrivait dans le courant de messidor un citoyen de Commune- Affranchie, « lorsque l’ami sûr et éclairé qui revenoit de Paris, et qui avoit été à portée de vous étudier dans vos bureaux, m’a assuré que, bien loin d’être l’ami intime de Collot d’Herbois, tu ne le voyois pas avec plaisir dans le comité de Salut public... (6)» Le système de Robespierre quant à la répression des crimes com-

(1) Lellrc k la Conaention nationale on date du SG brumaire. Vbi tupra.

(2) Ibid., en date du 5 frimaire. Voy. Papiers inédilt, t. I", p. 311, numéro LXXXVII du rapport de Courtoia.

(3) Lettre de Collot d'Berboia k Duplay, en date du 15 frimaire. Papiers inidilt, L I", p. 313, numéro LXXXVI du rapport de Courtois.

(4) Lettre de Collot d'Herbois k Robespierre. Vbi svpra.

(5) Ibid.

(6) D’nne cbanmikre au midi de Viile-Affrancbie, ce 20 messidor (anonyme). Voy. Papiers inédiU, t. II, p, 144. On pourrait s'étonner de l'Insertion de cette leure, toute

HISTOIRB »K ROBESPIEBRK

mis contre la République commençait alors à se révéler, et Maximilien attirait à lui toutes les Ames honnêtes du pays. Inexorable pour les grands coupables, il eût volontiers’ pardonné aux petits, à tous ceux qui n'avaient cédé qu'à l'égarement ou à la peur. « Quel sublime rapport! Combien il fait aimer la République ! Quelle profondeur de vues ! » lui écrivait un autre citoyen de Lyon, du nom de Cadillot, après avoir lu un des magnifiques rapports que nous aurons à analyser. Et, après lui avoir raconté les épouvantables forfaits commis à Lyon par Fouché et Collot d'Rerbois, comment l'innocence avait été confondue avec le crime nonseulement dans les incarcérations, mais dans les exécutions, Cadillüt, dont la letUc respire d'un bout à l'autre le plus pur et le plus ardent patriotisme, s'écriait en terminant : a Ah! si le vertueux Couthon fût resté à Commune-Affranchie, que d'injustices de moins ! Six mille individus, et non seize cents, n'auroient pas tous péri. Le coupable seul auroit été puni; mais Collot... Ce n'est pas sans raison qu'il a couru à Paris soutenir son ami Ronsiii. Il a fallu des phrases bien ampoulées pour couvrir de si grands crimes (I) !... » Si donc la République démocratique pouvait se fonder en France, y prendre racine, c'était grâce aux hommes de la trempe de Robespierre et de ses amis. Partout où parurent Couthon, Saint-Just, Le Bas, Robespierre jeune, Ricord, Salicetti, la République triompha, se fit aimer; partout, au contraire, où les ennemis de Robespierre exercèrent leur proconsulat, les Canier à Nantes, les Fouché à Lyon, les Tallien à Bordeaux, elle eut toutes les peines du monde à s'affermir. Qui jamais se serait douté, avant le 9 Thermidor, qu'on couvrirait d'un voile si épais la vérité, et qu'à force de machiavélisme, de fraudes et de faux, on parviendrait à pervertir l'opinion publique ? Les habitants des départements où Robespierre jeune était salué comme un bienfaiteur savaient bien qu'Augustin reflétait toute la pensée de son frère, et leur reconnaissance ne manquait pas de monter vers Maximilien. De Manosque, petite ville du district de Forcalquier, où son frère eu passant avait rendu les plus grands services, un citoyen, nommé Besson, lui écrivait au sujet d'Augustin et de cette petite cité ; o C'est lui qui l’a .sauvée, avec Ricord, des injustices et de la tyrannie du Midi ; il ■s'y est immortalisé par sa générosité et par sa clémence : tu sens

faroraklc à Robeapierre, à la suite du rapport de Courtois (numéro CV) , si elle n'était pas dirigée tout entière contre le thermidorien Collot d'Herbois, devean h son tour rictime de la réaction.

(1) Lettre de Cadillot h Robespierre, sans date. Voj. Papiert inédits, t. II, p. 139, numéro CVI, h la suite du rapport de Courtois.

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