LIVRE XII — EXCEPTIONS RÉCLAMÉES PAH MAXIMILIEN
bespierre n’ait pas hésité à envelopper Thomas Payne dans l’ostracisme commun; mais les liaisons d’intimité existant entre le philosophe américain et les principaux membres de la Gironde rendaient Payne fort suspect alors. Ce ne fut point d’ailleurs sur la dénonciation de Maximilien qu’il fut arrêté (1). Quant au baron prussien Anacharsis Cloots, un des étrangers envers qui Robespierre montra le plus de dureté, nous verrons bientôt comment il dut s’attirer l’inimitié profonde d’un homme qui avant toute considération plaça toujours le salut de la République et le triomphe de la Révolution. Ce que les étrangers causèrent de mal à la France aux jours des grands orages révolutionnaires, nul ne peut le nier. Le déchaînement contre eux fut général, et de fait il n’y a point trop à s’étonner si ceux-là étaient suspects dont la patrie faisait à la République une guerre acharnée. Si jamais idée bizarre entra dans la cervelle d’un historien, ce fut, à coup sûr, d’imaginer que le comité de Salut public proscrivit les étrangers uniquement pour complaire aux gouvernements armés contre la France, et pour les décider à la paix par le sacrifice de ceux de leurs nationaux qu’avait attirés la Révolution. Cela ne supporte même pas la discussion. La Convention nationale songea-t-elle à se montrer favorable aux souverains quelle combattait quand elle décréta qu’aucun étranger ne pourrait être admis à représenter le peuple français? Bentabole se préoccupa-t-il de flatter les rois coalisés lorsqu’il demanda que les étrangers fussent exclus de toutes les fonctions publiques pendant la guerre ?
Un homme alors se leva pour empêcher l'Assemblée de voter d’enthousiasme cette dernière proposition, laquelle méritait, selon lui, un examen approfondi, parce qu’elle était de nature à influer .sur les intérêts de la République, ce fut Robespierre. « Vous avez ici, » dit-il, « des Belges et des Liégeois qui exercent avec honneur des fonctions publiques; il serait peut-être injuste de les déplacer.» Et, sur sa demande, la Convention chargea le comité de Salut public de lui soumettre un rapport sur les exceptions à apporter au décret contre les étrangers (2). Ainsi donc, si quelque adoucisse-
(1) On lit dan» le carnet de Rnbeapierre, feuillets : « Demander que Tbomaa Pajne soit dicréli d'accusation pour les intérds de l'Amérique autant que de la France. » Ce fut après une dénonciation formelle de Bourdon (de l'Oise), qui, dans la séance du S nirdse (25 décembre 1793), accusa Pajne d'intriguer avec un ancien agent du bureau des affaires étrangères, que l'ami de Brissot fut arrêté. (Voj. le Uoniteur des 7 et 12 nirèse an II.)
(2) Voj. le Monitmr du 7 nivése [27 décembre 1793), séance du S nivôse.
HISTOIRE UE ROBESPIERRE
ment se trouva apporté aux mesures de rigueur prises contre les étrangers, ce fut, en partie, grâce à Maximilien.
Sans doute il arriva plus d'une fois à Robespierre de se tromper, et, dans son désir ardent de conduire promptement la Révolution au port, de transgresser, sans le vouloir, les bornes de cette justice dont il était lui-méme l’esclave. Ainsi, suivant nous, il avait tort de s’opposer h ce que les comités de surveillance fussent tenus de dresser des procès-verbaux en forme de toutes les arrestations ordonnées par eux et d'en indiquer les motifs. Il croyait trop à la simplicité et à la vertu des membres de ces sortes de comités , et craignait de les décourager en les astreignant à des formalités chicanières. Sans pitié pour le crime et la tyrannie, il tenait plus qu'aucun autre à ce que les patriotes opprimés par erreur en vertu de mesures révolutionnaires, fussent secourus et délivrés, — plus d’une fois nous l’entendrons élever la voix en faveur de citoyens injustement détenus — , mais il voulait surtout le salut de l’humanité, le triomphe de la patrie, et le temps ne lui paraissait pas venu encore de détendre les ressorts de l’énergie nationale (1). Seulement il ne prit point garde que dans les comités de surveillance pouvaient se glisser des hommes malintentionnés qui useraient de leurs pouvoirs pour sei-vir leurs rancunes personnelles ou leurs intérêts particuliers, et là fut son erreur. Moins d’arrestations arbitraires auraient eu lieu certainement si les comités de surveillance eussent été astreints à procéder avec des formes plus étroites, et tenus d'indiquer soigneusement les motifs des arrestations opérées par leurs ordres.
Bien rares, du reste, étaient les circonstances où Robespierre semblait pencher du côté des exagérés, et quand parfois on avait l'air de s’autoriser de quelques-unes de ses paroles pour émettre certaines propositions extravagantes, il se hâtait bien vile deprotester et de rappeler à la sagesse ses collègues de la Convention ou des Jacobins, comme on l'avait vu au club, par exemp le, dans a séance du 23 vendémiaire {<■< octobre), line discussion très-vive s’était engagée au sujet du rapport de Julien [de Toulouse) , sur les départements insurgés, rapport dont ce député avait fait hommage à la société des Jacobins et à la commune de Paris. Un citoyen, après s’être plaint des nombreuses inexactitudes contenues dans ce
(t) MotUtur dn S brumaire (16 octobre 1793), Uance do 3 brumaire.