LIVRE XII. — HÉBERT ET MARIE-.VJITOIXETTE
Mais cela n’est rien auprès des gentillesses de l’ami Hébert. « J’espère qu’aujourd’hui, » écrivait /r Père Duclieme, « le tribunal révolutionnaire va faire jouer l’architigressc d’Autriche à la main chaude. 11 y a longtemps que nous aurions dû voir sa b... de tète à la lunette. n falloit la voir quand on lui a mis devant sa face ridée le miroir de vérité. Cependant, autant qu’elle a pu, elle a fait contre fortune bon cœur; mais f...! quand elle a été convaincue d’avoir recueilli le premier fruit de la vigne qu’elle avoit plantée, et d’avoir fait avec le petit avorton du Temple comme le paillard Lot avec ses filles, alors la g... a perdu la carte (1). » On sait à quoi Hébert faisait ici allusion, et quelle odieuse accusation il produisit au tribunal contre Marie-Antoinette. On sait aussi quel cri sublime s’échappa de la poitrine de l’accusée, cri de mère outragée qui retentit dans le cœur de toutes les mères.
Nous avons déjà dit le dégoût profond de Robespierre pour les diatribes ordinaires du Rougyff et du Père Duchesne. En apprenant les détails de l’obscène déposition d’Hébert, il ne put s'empêcher de s’écrier : « Le misérable! non content de la présenter comme une Messaline, il a voulu en faire une Agrippine! (2). » Exclamation d’honnête homme que ne put contenir Robespierre, et que l’histoire ne saurait dédaigner.
(1) L< Phre Duchesne» numéro 298. Yoy. aussi le numéro suiranc.
(2) Nous empruntons celte version à M. Laurent (de l'Ardèche), qui la tenait, pensons-nous, du docteur Souberbielle, qu'il connut beaucoup. Grand ami de Robespierre, le docteur Souberbielle figura comme juré dans le procès de la reine. (Voy. iléfutation de l'Hisloire de France de l'abbé de Montgaillard , XI* lettre, p. 313.) Cette version est également, à peu de chose près, celle qu'a donnée le royaliste ^aulieu dans sa biographie d’Hébert ; a Ce n’était donc pas assez pour ce scélérat d'en avoir fait une Messaline, il fallait quMl en fit une Agrippine! • Beaulieu, il estvrai, dans ses
historiques (L V, p. 470), avait donné une autre version , tirée des Causes secrètes de la Révolution du 9 Thermidor, par Yilate, ancien juré an tribunal révolutiounaire. Or, on sait que Vilate, plat coquin qui avait été arrêté avant le 9 Thermidor, avait écrit son livre dans l'espoir d'obtenir les bonnes grèees des vainqueurs en calomniant les vaincus. Yoici comment ce Yilate, qui avait siégé dans le procès de la reine, arrangea le propos de Robespierre, que Souberbielle, sans doute, n'avait pas manqué de répéter à ses collègues : « 11 ne suffisait donc pas h cet imbécile d’Hébert que Marie-Antoinette ffit présentée au pcnple comme une Messaline, il fallait qu'il en fit une Agrippine, et qu'il lui procurât dans ses derniers moments la satisfaction d'exciter la sensibilité du public. > Là-dessus le véridique abbé de Montgaillard d’altérer encore ces paroles, déjà dénaturées, et d’écrire: « Cet imbécile ! Je lut ai dit d*eo faire une Messaline, il faut qu'il en fasse une Agrippine et qu’il lui fournisse, à son dernier moment, un triomphe d’intérét public! » Eh bien! qui le croirailt Tabbé de Montgaillard est encore plus juste, à l'égard de Robespierre, que certains écrivains réputés libéraux !
HIsTOIRB DE ROBESPIERRE
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Quinze jours après avoir jugé la reine, le tribunal révolutionnaire eut à s'occuper des Girondins. Dans ses Mémoires, ou plutôt dans son Mémoire jtistificatif, Garat prétend qu’il tenta une démarche auprès de Robespierre pour tâcher de sauver les vaincus du 31 mai, ou du moins pour obtenir qu’ils ne fus.sent pas jugés par un tribunal « érigé malgré leurs réclamations. » Or, il y alâuiie erreur capitale. Si une voix de la Gironde protesta contre la formation de ce tribunal, â la(|uelle Robespierre, comme on l’a vu, était resté complètement étranger, il n’en est pas moins vrai que le parti tout entier en adopta chaudement le principe. Est-ce que ce ne fut pas Isnard qui rédigea le premier article du décret? Est-ce qui! les Girondins montrèrent le moindre scrupule quand ils traduisirent Marat devant ce tribunal? Est-ce qu’ils ne se seraient pas empressés d’y renvoyer tous leurs adversaires s’ils avaient été vainqueurs? Il est assez: bon pour eux, aurait répondu Robespierre. Chabot, au contraire, présent à la conversation, aurait osé soutenir, toujours d’après Garat, qu’il fallait un autre tribunal (1). Cette prétendue pitié de Chabot opposée par l’ancien ministre de l’intérieur à l’inflexibilité de Maximilien fera certainement sourire tous ceux qui ont lu l'interminable déposition de l'ex-capucin dans le procès des Girondins. Impossible, en effet, de charger plus impitoyablement les accusés (2) !
Battu sur ce point, Garat eut l’idée, assure-t-il encore, de s’offrir pour être l’un des défenseurs officieux des députés détenus. A cette proposition, Robespierre, souriant « d’un sourire moitié gai, moitié amer, » ne put s’empêcher de dire : « Ils riraient bien eux-mCmes s’ils pouvaient vous entendre. Eux vous auraient fait guillotiner très-officieusement. » Garat alors : « En tout, je crois qu’ils auraient peu guillotiné. » Et Robespierre de répondre : « Peu est bon (3). » Tout cela pouvait être fort du goût des réacteurs de l’an III, pour lesquels Garat écrivait son Mémoire, mais rien n'était plus éloigné de la vérité, et je le prouve. D’abord, rien n’empêchait Garat de se présenter au tribunal révolutionnaire comme défenseur
(1) Mémoiru de Carat, p. 304 de l'idit. de 186S.
(S) La déposition de Chabot devant le tribunal révolutionnaire ne tient pas moins de trente pages de l'fûloirs porlemealatre. Voj. t. XXX, de ia p. 38 à la p. 58. Elle était évidemment préparée d'avance.
(3) mmairei de r,aral, p. 397, «éi rupro.