‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 8 sur 354 · LIVRE XI. — lii>E RÉPONSE .V MERCIER · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — lii>E RÉPONSE .V MERCIER

froides paroles, contrastant si violemment avec renthoiisiasme général, il ce doute injurieux pour la nation, une sorte de frisson d’indignation parcourut toute la salle. Ilobcspierre s’élanya îi la tribune, et, lais.sant déborder son cœur ; « Je n'aurais jamais cru qu’un représentant du peuple français osât proférer ici une maxime d’esclavage et de lâcheté. Je n’aurais jamais cru qu’il osât contester la vertu républicaine du peuple qu’il représente. Où a-t-il vu, cet homme, que nous fussions inférieurs aux Romains? Où a-t-il vu que la constitution que nous allons terminer fût au-dessous de ce sénat despotique qui ne connut jamais la Déclaration des droits de l’homme? Où a-t-il vu que ce peuple qui verse son sang pour la liberté universelle fût au-dessous des Romains, qui furent non pas les héros de la liberté, mais les oppresseurs de tous les peuples? Mais il n’y a rien ù répondre à un tel homme. Nous décréterons un article que nous sommes dignes de soutenir en dépit de lui et de ses pareils. Qu’ils sachent, tous ceux qui ne savent pas deviner l’énergie d’un peuple libre, qu’ils sachent que cet article est l’expression de sa volonté. Un peuple qui traite sur son territoire avec les ennemis est un peuple déjà vaincu et qui a renoncé à son indépendance (1). » Ce fut, électri.séc par de telles paroles, que la France accomplit les prodiges qui signalèrent les années 1793 et 179-t! La Convention tout entière battit des mains, et l’article IV fut adopté au milieu des acclamations.

Venait ensuite la garanlie des droits, parmi lesquels le comité avait oublié l’instruction commune, l’instruction obligatoire, sans laquelle on n’arrivera jamaisà donner aux masses la somme de connaissances indispensable à l’homme. Robespierre réclama vivement en faveur de l’instruction commune. « Les collèges », dit-il, « ont été des pépinières de républicains, ils ont formé l’espi'it de la nation, et l’ont rendue digne de la liberté. » Cette grave omission fut aussitôt réparée sur sa motion (2). Le principe de la liberté des cultes figura également au nombre des droits garantis par la constitution de 1793. Robespierre trouvait inutile de l’y inscrire en toutes lettres, la liberté des cultes découlant nécessairement, selon lui, de celle des opinions, consacrée par la constitution. Il craignait qu’à l’abri de cet article des conspirateurs ne se réunissent sous prétexte de célébrer leur culte. Il voyait chaque jour avec joie l’opinion publique s’éloigner de la superstition, et le zèle religieux affecté par les chefs des rebelles

(1) Journal dudibalt et du déertU, numéro 276, p. 323; Vonilour du 21 juiu 1793. — * Il suffit de citer de telles paroles pour faire compreodre an lecteur combien Proudhon s*ast montré ridicule quand » se traînant dans l’ornière des calomniateurs rojalistea ou girondins , il a traité Robespierre de « rhéteur pusillaoime ».

(3) Moniteur du 31 juin.

HISTOIRE IIE ROIIESPIEItRE

do la Vcndôc uVtait à st's yoiix que l'hyixitTisie di'saristoiTatos qui voulaient au nom de la religion recouvrer leur ]niissanee et leni-s privilèges. Mais quand bientôt des intolérants d’nn autre genre alarnieront inutilement les conseiences, et feront à la République des millions d'ennemis en persécutant la religion au nom d’une prétendue Rai.son, il comprendra la néces.sité de formuler nettement ce principe de la liberté des cultes, il le fera consacrer par un décri't, et il récrira de sa main dans l’acte fameux relatif à l'Être suprême.

En résumé, la constitution de 1793 garantissait h tons les Français l’égalité, la liberté, la sûreté, le libre exercice des cultes, la propriété, l’instruction commune, des secours publics, 1a liberté indétiniede la presse, le droit de pétition et de réunion, en un mot la jouissance de tous les droits de l’homnie (1). Il s’en faut de beaucoup toutefois qu’elle ait réalisé tout ce (ju’avait entrevu Robespierre dans sa Déclaration des droits. C’est donc ,’t tort qu’elle a été un peu étourdiment considérée comme l’ieuvre personnelle de ce dernier ])ar un historien de nos jours (2). Elle a été l’amvre collective delà Montagne; et, contrairement à de fausses assertions, les Girondins demeurés au sein de la Convention ont très-bien pris part aux débats d’où elle est sortie. Quant à la participation de Robespierre, nous l’avons à dessein très-soigneusement indiquée. Si beaucoup de ses idées furent adoptées, quelques-unes, d’une haute importance, se trouvèrent négligées. 11 avait défini la propriété ; le droit de chaque citoyen de jouir et de dispo.ser de la portion de biens qui lui était garantie par la loi; la constitution de 1793 semble craindre de re.streindre le droit de propriété et de le subordonner ît la loi, elle le définit : le droit appartenant îi chaque citoyen de jouir et de di.sposer, à son gré , de ses biens, de ses revenus, du fruit de son Ira-

(1) Art. CXXII de la constitution.

(â) Il est difficile d'accumuler plus de contradictions et d'erreurs que ne l'a fait M. Michelet dans les pages qu’il a consacrées a la constitution de 1793. Nous en avoua déjà signalé une capitale. A cette constitution il manque, selon M. Michelet, deux choses : l’homme et Dieu(t. VI, p. 41); et un peu plus loin (p. 43), il reproebefc Robespierre pcrsoiinellement de l'avoir placée sous l’invocation divine, d’où il tire la conséquence qne par la Maximilien devenait l’espoir des amis du passé, du parti prêtre (p. 49) : ce qui est tout aussi logique que de présenter Robespierre comme le défenseur attitré des propriétaires (p 48). M. Michelet ferait croire, co vérité, qu'il u’a pas lu un mot de la Déclaration de Robe.spierre et de sa belle définition de la propriété, si su* périeure a celle qu'en avaient donnée les Girondins. Maintenant, est-ce que l œuvre de Robespierre n’est pas toute pleine du sentiment de rbunianité? Et quant à la justice, que M. Michelet parait ne pas avoir aperçue dans la constitution montagnarde, est-ce que Robespierre ne 1a donne pas pour règle à la liberté! (Art. IV de sa Déclaration et art. VI de la Déclaration conveulionnelle.)

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