LIVRE XII. — OHE PAGE DES MÉMOIRES DE M"* ROLAND
parvenir à Maximilien, comme s’il eût craint que ce dernier n’arrachât encore quelque proie au tribunal révolutionnaire.
La lettre de M“' Roland était loin, du reste, d’être une prière ou une plainte. Accusée d’être la complice des Girondins et d’avoir avec eux corrompu l’esprit public, l’illustre femme ne croyait pas avoir à réfuter cç qui était à ses yeux « le plus curieux des reproches et la plus absurde des imputations ; » Robespierre ne lui paraissait pas homme à croire une chose uniquement parce qu’elle se trouvait écrite ou qu’on la lui avait répétée. Dans cette lettre, fière et touchante k la fois, elle revenait sur sa vie passée, sur ses études sérieuses , sur ses goûts simples, sur son enthousiasme pour la Révolution, qu’avait , sans qu’elle s’en aperçût peut-être , singulièrement altéré le passage de son mari au pouvoir. Elle parlait aussi des souffrances de la prison, de sa douleur, trop coni* préhensible, hélas! d’être séparée de sa petite fille arrachée du sein qui l’avait nourrie ; toutefois elle se défendait de vouloir exciter une pitié au-dessus de laquelle elle se mettait ; mais quel cœur barbare n’eût compati «i cette douleur si poignante et si juste! Résignée à son sort, elle espérait que sa lettre serait lue avec recueillement par Robespierre et pourrait ainsi ne pas être inutile à son pays, sur la destinée duquel, même à cette heure suprême, elle se flattait encore d’exercer quelque influence (1).
L’idée de cette lettre , le soin de l’écrire, le projet de l’envoyer, occupèrent pendant vingt-quatre heures l’esprit de la prisonnière; mais, après l’avoir écrite avec tout le soin possible, elle renonça an dessein de la faire parvenir k Robespierre, doutant de l’cfficacité de ses réflexions sur un homme coupable, selon elle, de sacrifier des collègues dont la pureté lui était connue. La pureté des Girondins ! Aveuglement bien excusable, du reste , de la part de cette pauvre M”“ Roland. Il faut regretter qu’en écrivant sa lettre pour la postérité, elle n’ait point persisté dans son projet de l’envoyer k Robespierre. Bien que dans notre conviction Maximilien n’aurait pas eu le pouvoir d’arracher cette grande victime k l’échafaud, pas plus qu’il ne lui fut possible, un peu plus tard, de sauver la sœur de Louis XVI, peut-être eût-il tenté un effort. 11 fautregretter même qu’il ne l’ait pas fait spontanément, car il eût honoré sa mémoire en élevant la voix en faveur de la femme distinguée dont il avait été l’ami, et dont la mort est certainement un des plus grands crimes de la Révolution.
(1) Voj. celte lettre de H°>* Roland dans le t. II de ses Mémoires, p. 403 et suis. (Édit. Barrière et Berrille.)
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Quand on examine avec quelque attention l’œuvre immense du comité de Salut public, ses prodigieux efforts pour accomplir le bien, pour empêcher le mal, il est impossible de s’étonner qu’au milieu de leurs travaux multipliés ses membres n’aient pu s’occuper d’une foule de questions de détail laissées aux soins du comité de Sûreté générale et des comités de surveillance. Le département et surtout la commune de Paris n’étaient pas fâchés de se soustraire à l’autorité de la Convention, et il n’était pas rare de leur voir prendre des mesures diamétralement opposées aux vues du comité de Salut public. Ce fut ainsi qu’une foule d’arrestations sans raison d’être furent opérées au grand scandale de Robespierre, qui s’épuisera en vains efforts pour modérer le zèle inconsidéré des y. uns et réprilner l’exagération perfide des autres. Quant aux arrestations directement ordonnées par le comité de Salut public afin de s’assurer des personnes de contre-révolutionnaires gravement compromis, elles sont peu nombreuses relativement. Nous en avons sous les yeux un relevé très-exact, et nous remarquons que la signature de Robespierre est une de celles qui figurent le moins souvent au bas de ces ordres d’arrestation (1).
Plus d’une fois il arriva au comité d’être obligé de protéger ses propres agents. Ainsi, Beaumarchais ayant été chargé d’une mission par lui, le directoire de Paris considéra comme un fait d’émigration l’absence de l’illustre écrivain et le coucha sur la liste des émigrés. Il fallut un arrêté formel du comité pour annuler la décision du directoire (2). Voici un exemple plus frappant encore de l’impuissance où se trouva souvent le comité de Salut public de prévenir des arrestations injustes. Un citoyen du nom de Julien, administrateur de la fabrication des armes, avait été incarcéré ' par les ordres du comité de Sûreté générale. A diverses reprises le comité de Salut public intervint, mais inutilement, pour obtenir la liberté de ce citoyen. Ses membres se décidèrent enfin, le 16 fri- ^ maire, â s’adresser en ces termes ù leurs collègues du comité de Sûreté générale ; a Le comité de Salut public invite le comité de Sûreté générale à rendre la liberté au citoyen Julien, administrait) Cartons du comité de Salut public. Archiva.
(ï) Arrêté en date du SS frimaire, signé: C.-A. Prieur, Roberl-Lindet, Billaud- Varenne.Barére, Carnot, Robespierre et Couthon. (Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public.) Arejnves, A35 a a 71,