‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 84 sur 354 · LIVRE Xll. — LE GÉNÉRAL KELLERNAXM · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — LE GÉNÉRAL KELLERNAXM

ceux qui l’ont porté, on ^semble ignorer de quelle sorte d’influence magique il était doué et quel prestige il exerçait. C’était le temps où Kellermann écrivait de Chambéry à la 'société pour la prier de lui décerner le titre de général dos Jacobins. Mais Robespierre avait un jour manifesté sur les sentiments républicains de cet officier des doutes qui n’étaient point effacés (1); loin d’accéder à la demande de Kellermann, la société le raya de la liste de scs membres, sur la proposition de Pereyra (2). Combien ambitionnèrent alors un diplôme de Jacobin, qui depuis, avec non moins d'ardeur, ont sollicité des titres de comte ou de duc !

Si Robespierre se méfiait du futur duc de Valmy, il n’avait pas le même manque de confiance à l’égard des généraux Hoche, Jourdan, Beauregard, Duquesnoy cl d’autres, dont il fut le défenseur constant et l’ami. Quand il reprochera à Carnot de persécuter les généraux patriotes, il aura surtout en vue le jeune et glorieux Lazare Hoche. Qu’on cite donc un officier sincèrement républicain qu'il aitdénoncé ! Ceux des généraux contre lesquels il prononça des paroles sévères furent des traîtres ou se montrèrent coupables de fautes impardonnables; et la suite fit bien voir qu’il ne s’était pas trompé en conseillant h ses collègues d’épurer les états-majore de nos armées.

En revanche, toute sa sollicitude était acquise aux officiers connus pour leur patriotisme, et îi l’occasion sa parole ne leur faisait pas défaut. Il y avait à l’armée du Nord un chef de brigade nommé Duquesnoy, frère du représentant de ce nom. Député du Pas-de- Calais k l’Assemblée législative, puis à la Convention nationale, le représentant Duquesnoy, homme rude et austère, professait pour Robespierre une admiration sans bornes. Il ne l’appelait que notre brave et incorruptible Robespierre {'3). Emoyéi en mission dans le département du Nord, il n’avait pas tardé k embraser nos soldats du feu de son âme intrépide. « Nos troupes, » écrivait-il k Couthon

(1) ride ntpra. Robespierre s'était-il trompé en réroquant en doute les sentiments républicains de Kellermannt L’arenir ne s'est que trop chargé de lui donner raison. Duc de Valmj et sénateur de l'Empire, KeUermann mourut pair de France sous la Restauration, aprèsaroir été commissaire du mien 18H.

(2) Séance du 28 rendémioire, an II (19 octobre 1793), ans Jacobins. Voj. le Jovrnat (Ut détale el dé la cerrtepondance de la eociélé dee Jacotiiu, numéro 519.

(3) Lettre datée d'Arras, en date du 19 septembre 1793, de la collection Portiez (de l'Oise).

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HISTOIRE ÜB ROBESPIERRE

le 3 brumaire, « sont animées d’un couiagç vraimeiil républicain; elles oui beaucoup de confiance dans leur général en chef, — c’était Jourdan, — et en fa plus grande partie des autres généraux. J’ose me flatter aussi d’avoir leur confiance et d’en être extrêmement aimé (1). » Non moins énergique était son frère, le général Üuque.snoy, dont la division était connue dans l’armée sous le nom de colonne infernale. Duquesnoy s'était particulièrement distingué à la bataille de Watignies, au succès de laquelle il avait puissamment contribué. Eh bien ! voilà les deux hommes qu'Hébert eut la mauvaise idée d’attaquer comme des intrigants, aux Jacobins, dans la séance du 18 brumaire 18 novembre 1793). Le substitut du procureur de la commune accusa le représentant Duquesnoy, « assez, pauvre citoyen » à scs yeux, d’entourer de soupçons le général Jourdan et de s’être constamment opposé à ses plans. Or, on vient de voir, par la lettre de Duquesnoy à Couthon, que ce député partageait implicitement la confiance de nos soldats pour leur chef. Hébert ne traitait pas mieux le commandant de la colonne infernale, l’héroïque Duquesnoy. L’armée du Nord était, selon lui, perdue sans res.source si ce général y commandait plus longtemps (2).

Le représentant Duquesnoy se trouvait précisément à Paris en ce moment. Il se rendit au club des Jacobins avec Robespierre, afin de se disculper des reproches injustes dont il avait été l’objet. « 11 est indispensable, » dit Maximilien en réclamant la parole pour sou collègue, « d’éclaircir les faits et de confondre le mensonge. » Duquesnoy n’eut pas de peine à réduire à néant les imputations d’Hébert. « Qu’on écrive à Jourdan, » s’écria-t-il, « on saura, il vous apprendra lui-même que je suis son meilleur ami, que je ne suis ici que pour lui, parce que réellement on l’entravait, pour lui obtenir carte blanche. Je l’ai obtenue, je repars, je la lui porte. » On comprend de quelle confusion se trouva couvert le substitut du procureur de la commune.

Robespierre monta ensuite à la tribune. 11 avait quelque raison d’être indigné. En effet, Hébert, sur le témoignage du général Ernouf, était venu lui dénoncer les deux frères Duquesnoy comme des ambitieux qui voulaient perdre Jourdan. Or, à ce moment même, Robespierre avait entre les mains une lettre dans laquelle Ernouf ne tarissait pas en éloges sur Duquesnoy et lui attribuait le succt's de l’affaire de Maubeuge ; il s’était, pour toute réponse, contenté de la montrer à Hébert. C’était une réponse assez explicite. Le subit) Lettre k Couthon, de Moubeuge, le 3* jour du moii. Dois eollectiou Portier (de rOiee).

(3) Jourtutl da dibaU r( de la conupo»daiic4 de la toeiéli dre Jacobins, numéro S3>.

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