‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 86 sur 354 · LIVRE Xll. — ADRESSE AUX SOCIÉTÉS NIDULAIUES ill · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — ADRESSE AUX SOCIÉTÉS NIDULAIUES ill

surde dans les mystères de telle ou telle religion plus ou moins révélée : soit, cela est juste, cela est licite; mais vouloir briser tout d’un coup les liens religieux qui unissent l'homme à cette chose inconnue qu’on appelle le Ciel; fermer violemment les portes du temple où tant d’ilmes aflligées vont chercher des consolations et se repaître d’espérances; dire à la conscience humaine : « Tu ne croiras point»; pereéculer, en invoquant la raison, tous ceux que leur instinct ou le culte des souvenirs rattache ;i la religion des aïeux, et inscrire par dérision sur ses drapeaux le nom de la liberté, c’est le comble de la folie, du despotisme et de l’hypocrisie. Voilé ce dont se rendirent coupables les hébertistes, comme s’ils eussent été soudoyés pour rendre la République haïssable à tous. Telle était l’intolérance de ces hommes, qu’un jour, aux Jacobins, lecture ayant été donnée d’une lettre par laquelle l’abbé Grégoire, en annonçant son rapport sur les actes de patriotisme suscités par la Révolution, demandait à la société de rassembler tous les traits éclatants de civisme accomplis sous son inspiration. Bourdon (de l'üi.se) s’emporta comme un furieux et se plaignit qu’une. tAche pareille eût été conliée à un homme qui avait parlé de Jésus-Ghrist comme d’un précurseur des Jacobins, et qui avait voulu christiaiiüer ta Hérolution (1).

La persécution contre le culte commença é se faire sentir d’une façon violente dans le courant du mois d’octobre 17!I3. On a vu plus d’une fois Robespierre éudjlir une distinction bien tranchée entre les prêtres réfractaires et séditieux et ceux (jui, franchement ralliés aux nouveaux principes, se contentaient d’exercer leur ministère il l’abri du la constitution et des décrets de la Convention nationale. Le mouvement antireligieux fut donc une violation des lois consacrant la liberté des cultes. Le comité de Salut public n’avait pas attendu l’explosion de ce mouvement pour engager les esprits ii une extrême tolérance, sachant bien que les résistances s’accroîtraient en raison des persécutions. A la première nouvelle des désordres occasionnés dans les départements par la violation de la liberté des cultes, il écrivit en ces termes, par la plume de Robespierre, aux sociétés patriotiques : « Des troubles religieux ont éclaté; c’est à vous à en atténuer les effets; ;'i vous, sociétés populaires, qui êtes les foyers où l’opinion se forge, s’agrandit cl s’épure.

« Vous avez tout fait pour la patrie; elle attend tout de vous.

(1) Séance du brumaire (13 noTetubre 1793). Yoy. le Journal des détais il de la eorretpendanee de la sociélé du Jacobinty numéro 536.

'IIISIOIIIE IlE KOllESPlEntlE

Kilo vous apppllp :i ^'Ire en quelque sorte les i)rofesseurs d’u nouvelle insirucliou. 1/inslruclion forme l’opinion. C'est le tlanilieau de l'opinion (pii a brûlé le masque des oonspirateur.s, c’est 1 tlambeau de l'opinion qui éclairera les bommes faibles, égarés, e qui les a garantis dos pii'-ges smiiés sous leurs [las.

« Une le glaive de la justice venge riuimanilé des malheurs (pie ces hommes |tervei-s attireraient sur elle, et des maux plus grand encore qu’ils voudraient lui jiréparer; mais en même temps ramenons à la vérité, par le langage de la raison, cette multitude qui n’esi livri-e à l’erreur et aux suggestions de l’intrigue que parce qu’elle mam|ue de lumières.

« Plus les convulsions du fanatisme exidrant sont violentes, plus nous avons de ménageraents à garder. Ne lui redonnons jias des armes eu substituant la violence à l’instruction.

0 PÉNÉTUEZ-VOLS UE CETTE VÉIIITÉ, QU’o.N NE COMM.VMIE POINT .MX CONSCIENCES. 11 est des superstitieux de bonne foi, parce qu’il existe des esprits faibles, parce que, dans le passage ra|iido de la superstition à la vérité, ce sont ceux qui ont médité et franchi tous les préjugés qui les [iremiers se trouvent au niveau. Le surplus, resté en arrière, exige des encouragements pour avancer à son tour. L’effiayer, c'est vouloir qu’il rétrograde. Ce .sont des malades qu’il faut préparer à la guérison en les rassurant, et qu’on rendrait fanatiques par une cure forcée... (1) »

La sagesse ]iouvait-elle emprunter un plus noble, un plus digne langage'/ Malheureusement il y avait dans les départements des comiiiis.saires de la Conveiilion peu disposés à écouter ces conseils de la raison. Fouché dans la Nièvre et à Lyon, André Dumont à Heauvais et dans le Nord, se ruèrent en furieux sur le christianisme. Tandis qu’au Midi, Robespierre jeune, Ricord, SaliaTti, livraient aux Anglais des combats sanglants, <]ue dans l’Est Saint- Just et Lebas, à la tète des troupes de la Républiiiue, chassaient de notre territoire les Prussiens et les Autrichiens, eux faisaient la guerre aux .saints de bois et de pierre. A Coinmune-Affranehie, on |iromena en cérémonie dans les rues un ûne revêtu d'une chape, d’une mitre et de tous les ornements pontificaux (2). André Dumont envoyait à la Convention d’ignobles pasquinades sur les prêtres.

(1) Archives^ A F. 11,82. Circulaire signée : Uobc.'spierre , Carnot, Coulhon, Robert Undet, C.-A. Prieur, Barère, Biüaud-Yarenuc, J.-B. Saint-André cl Cotloi d'Rerbois.

(2) Lettre lue à la société des Jacobins, séance du 28 brumaire (16 novembre 1T9.T . Voy. le Journal des d^bals et de la correspondance de la sociéU des Jacobins , numéro 53'J.

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