LIVRE Ml. — EX.VCÉR.MIOPiS RES MENEURS DE LA COMMUNE
listes, qu’une certaine école a la naïveté de nous présenter aujourd'hui comme les défenseurs du droit et de la légalité, devaient nécessairement tomber dans des excès de toute nature. «Avec la guillotine, ça ira, f...! » écrivait le Père Dtichemxe\ « mais il ne faut pas rester en si beau chemin, car, f...! un seul pas à reculons nous replongeroit dans le margoiiillis. » Et de plus belle il réclamait la mort des soixante-treize Girondins sauvés par Uobe.spierre, et l'cxéculion de la sieur do Louis XVI, oubliée au fond du Temple par le comité de Salut public : « braves san.s-culottes, intrépides Jacobins, veillez, veillez plus que jamais. Si les traîtres ne sont pas tous guillotinés, attendez-vous à succomber vous-mêmes. Demandez, f...! que tout ce qui reste de la race de Capet soit immolé, et surtout que la grosse lîabct aille promptement rejoindre .son prétendu Manuel. Ne lâchez, pas prise, ju.squ’à ce que le dernier des Brissotins ait mis la tête àla fenêtre, f...! (I) » Et, appuyant de sa parole la pro.se do son journal, Hébert avait, le 23 brumaire (13 novembre), formulé son voeu sanglant à la tribune dos Jacobins (2). Chaumette lui-même, qu'il serait ceiiendanl injuste de confondre avec son substitut, demanda au sein du conseil général la mort de Madame Élisabeth.
« Gomment » s'écria-t-il, « souffririons-nous que celte femme existât plus longtemps (3)? » Il faut lire le projet de Ghanmetle concernant les suspects pour se former une juste idée du degré de folie où étaient arrivés les meneurs de la commune; la fameuse loi Merlin- Cambacérès n'était plus rien. Suspects ceux qui plaignaient les marchands et fermiers contre lesquels on avait été obligé de prendre des mesures; suspects ceux qui fréquentaient les ci-devant nobles, les aristocrates et les modérés; suspects ceux qui avaient reçu avec indifférence la constitution républicaine; ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté, n’avaient rien fait pour elle, etc. Était-il possible d'.alter |)lus loin dans raberration? Étonnez-vous donc si dans ces mois de brumaire et de frimaire on emprisonna à tort et à travers ! C’est contre cet arrêté de la commune que sera surtout dirigé le pamphlet si connu de Camille Desmoulins.
maire. La sonie d'Hébert contre Laveaux lui fut Tivcmeni reprochée un mois plus lard par IlcnU»i*olc. « Pourquoi », dit rc dernier en s’adressant au substitut du procureur de la commune, <t a-t‘il attaqué Laveaux? Parce que ce dernier avait parlé en faveur d'un Être suprême. Quant h moi , ennemi de toute pratique superstitieuse, jo déclare que je croirai toujours & un Être suprême. » (Séance du frimaire, 11 décembre 1793.)
0) le Père Duchesne^ numéro 312,
(2; Joarnul Oa débUls et de la correspondance de la société des Jacobins, numéro 530.
(3; Séunc de lu commune du 20 brumaire (10 novembre 1793). Yoy, le Journal dê la ïtonlagne du 23 brumaire.
HISTOIRE IIE KODKSIMERRE
Était-il opportun tle dèteiidro alors le ressort révolutionnaire? Nullement, et Robes|iierre le sentait bien. Ce n’était pas au moment où l’Europe s’épuisait en efforts pour éeraser la République, où les factions se remuaient en tous sens, qu’il était permis à la Révolution de désarmer. Seulement, entre la fiunition réservée aux seuls coupables et la Terreur aveuglément suspendue sur toutes les tètes, il y avait tout un abîme. Comment ne pas soupijonner que de véritables contre-révolutionnaires se cachaient sous le masque des enragés? Un député à la Convention n’avait-il pas entendu dire à l’un de ces derniers : « Aujourd’hui c’est le tour de celui-ci, demain le tour de Danton, après-demain celui de Rillaud-Varenne; nous finirons par Robespierre (1) ? » Il semble <iu’Hébert ait pris ces paroles pour lui, car trois jours après, aux Jacobins, dans une vive attaque contre Thuriot, il disait, ù propos des craintes manifestées au sujet de certains repré.sentants : « (Ju'on ne vienne pas dire qu’on préparait ce sort ù Robespierre, ù Rillaud-Varenne, ù Lacroix et ù Danton... Deiiuis quelque temps on atVecte de les accoler; je regarde comme une véritable jierfidie de mettre en parallèle l’homme à qui nous devons la liberté et la Révolution et l’homme qui en est la honte. Deut-on mettre sur la meme ligne Robespierre et Lacroix? Oui, le peuple consulté sur Lacroix, sur le spoliateur de la Relgiquc, le fauteur et le complice de Duinouriez, l'enverrait au tribunal révolutionnaire, et si Robespierre courait le moindre danger, les Jacobins, le peuple entier le couvrirait de son corps. C’est ù vous. Jacobins, ù séparer l’or pur du vil plomb. » Tant d'hommes, ajouta-t-il, se disent les amis de Robespierre, et Robespierre n’est que l’ami de la vérité. En vain des intrigants avaient cherché ù l’animer contre l’Incorrujitible, en lui disant que Robespierre le rangeait parmi les hommes soudoyés par Pitt, il n’en avait rien cru, prétendait-il, parce que Robespierre était trop honnête homme pour s’être permis sur un patriote une inculpation aussi odieuse (2). Guidé parle seul amour de la patrie, Maximilien ne se montra pas plus sensible aux flagorneries du Père Diichesne qu’il ne s’était laissé entraîner aux inspirations de la vengeance quand il avait victorieusement disputé au bourreau ces soixante-treize Girondins, dont la plupart étaient ses ennemis jurés. Les exagérés mettant la Ré]iublique en péril par leur intolérance, par leurs excès, par leurs folies, il résolut de leur donner un solennel avertissement.
(1) Déclaration de CUubot à la ConTemioDi séance du âO brumaire (10 novembre]. Voy. i/onileur du brumuire.
(â) Journal des ilétais et de la (orrespondance de ta société des Jacobin^^ numéro 536.