‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 90 sur 354 · LIVRE XII. — I>E LA .SITIATIOX POLITIQUE DE LA RÉPURLIQIE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — I>E LA .SITIATIOX POLITIQUE DE LA RÉPURLIQIE

Pr^'sciitei- au pays et au monde entier un tableau complet de la situation générale de la République à l’égard des diverses puissances de la terre, et surtout à l’égard des peuples que la nature et la raison rattachaient à la cause de la Révolution, mais que l’intrigue et la perlidie cherchaient à en éloigner, telle fut la tûche immense confiée par le comité de Salut public à .Maximilien Robespierre. Rompant avec les traditions routinières des anciens gouvernements qui avaient fait de la diplomatie une science astucieu.se et ténébreuse, le comité de Salut public jugea indigne d’un peiqde libre les finesses et les prétendues habiletés des cours, et il lui parut indispensable d’exposer au grand jour la politique extérieure de la Révolution. Les néo-hébertistcs , l’école proudhonienne, pour qui tout ce qui est sage, sensé et raisonnable, sent l’ancien régime, ont, à propos du magnitique rapport dont nous allons donner l’analyse, accusé Robespierre d’avoir ressuscité la diplomatie, oublié Paris, le dix-huitième siècle, les droits de l’homme, [lour le droit des gens et l’équilibre européen, ün verra ce qu'il y a de fondé et de vrai dans cette accusation souverainement injuste et ridicule.

Robespierre commence par affirmer, pour l’enseignement des imbéiûles qui l'ignorent ou des pervers qui feignent d’en douter, l’existence de la République française, laquelle devait enfin, selon lui, inspirer confiance ii ses alliés et se faire redouter des tyrans armés contre elle. Après avoir montré comment la réaction continuelle entre le peuple et ses ennemis avait, par sa violence même, opéré en peu d’années l’ouvrage de plusieurs siècles; après avoir esquissé en traits rapides la politique tortueuse de l’Angleterre, dont la main apparaissait dans tous nos troubles, et qui, sous prétexte de combattre des principes désorgaiiisatcurs, convoitait simplement Toulon, Dunkerque et nos colonies, et cherchait à séparer nos provinces du Midi de celles du Nord, comme elle avait conspiré pour détacher les provinces méridionales de l’.kmérique des Étals septentrionaux, il comparait Pitt à un enfant blessé par une arme terrible à laquelle il aurait eu l’imprudence de toucher. « Pitt voulut jouer avec le peuple français et il en a été foudroyé... Trop immoral pour croire aux vertus républicaines, trop peu philosophe pour faire un pas vers l’avenir, le ministre de Georges était au-dessous de son siècle; le siècle s’élançait vers la liH||'té, et Pitt vou-

HISTOinE DE «OliESPlEnnE

lait le faire rétrograder vers la barbarie et vers le despotisme... Le peuple français s’est dégagé jusqu'ici des fil.s de ses intrigues, comme Hercule d’une toile d’araignée. » Le fils de- lord Chataiii était aussi coupable, à ses yeux, envers son pays qn’envers la France, car à diverses reprises il avait violé la constitution britannique sous prétexte d’assurer la prospérité commerciale de l’.Angleterre, comme si le despoti.sine n’était pas le fléau du commerce. Il attribuait autant à ses intrigues qu’îi l’influence des émigrés et à la complicité du gouvernement fi’ançais d’alors l’alliance monslrueu.se de la Prus.se et de ^.^ulriche. La com|)licité de la cour de France, elle était écrite partout. F.t, faisant un retour sur les grandes discussions soulevées au milieu de nous par la question de la guerre, il rappelait que ceux qui, dès la fin de l’année 1791, voulaient briser tous les scc])trcs du monde, avaient été les mêmes qui, eu 1792, s’étaient efforcés de prévenir la cbule du trône. En reprochant à Iîris.sot et îi ses amis la déclaration intempestive de guerre, Robespierre confondait évidemment une imprudence avec la trabfson, mais la malheureuse coïncidence de nos échecs successifs, de la perte de nos ports et de nos forleres.ses, avec l’insurrection girondine, donnait à l’accusation un poids énorme.

Dans ce conflit de tous les peuples, un .seul, le peuple français, combattait pour la cause commune. Cependant Maximilien ne désespérait jias de voir se rattacher îi la République tous ses alliés naturels, les Américains, les Turcs, les Suis.ses. Mais pour cela il ne fallait pas chercher à troubler la paix intérieure de ces nations, soulever dans les clubs de Philadelphie des motions inquiétantes pour le gouvernement américain, fonder des assemblées primaires à Constantinople, ou menacer la Suisse d'une sorte de démembrement. Il ne s’agi.ssait pas là d’équilibre européen, il s’agissait siin- ])lemenl de ne pas s’immiscer dans les affaires de peuples amis, c’est-à-dire de ne pas faire ce qu’avec tant de raison la France reprochait aux rois coalisés. On sait la haine instinctive de Robespierre pour les missionnaires armés. Les peuples les mieux disposés à adopter nos principes les repousseraient avec indignation, il en avait la certitude, du moment où l’on tenterait de les leur imposer par la force. Sa politique était la bonne et la saine politique, et il ])ouvait l’avouer tout haut. « Tel est l’avantage d’une république puissante, » disait-il : « sa diplomatie est dans la bonne foi ; et comme un honnête homme peut ouvrir impunément à .ses concitoyens .son cceur et sa maison, un peuple libre peut dévoiler aux nations toutes les bases de sa politi((ue. »

Le projet de démembrer la France, conçu dans le cabinet de

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