‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 91 sur 354 · LIVRE XII. — DE LA SITÜATION POLITIOUE DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — DE LA SITÜATION POLITIOUE DE LA RÉPUBLIQUE

Londres, est un fait avéré aujourd’hui. C’était par.l’espoir d’acquérir la Lorraine. l’Alsace et la Flandre française, qu’on avait attiré l’Autriche dans la coalition, et, en attendant, l’impératrice de Russie et le roi de Prusse se partageaient la Pologne. A l’Espagne on avait promis le Roussillon, la Navarre et les départements limitrophes; au roi do Sardaigne, la Provence et le Dauphiné. Quant aux provinces d’Italie, qui selon Robespierre ne pouvaient survivre îi la perte de la France, on ne leur avait rien offert, mais elles avaient cédé à l'intrigue, Ji la ruse et h la violence. N’avait-on pas vu le territoire de Gênes devenir le théétre d’un crime dont l’histoire seule de l’Angleterre offrirait peut-être un exemple? Des vaisseaux anglais, joints îi des vaisseaux français livrés par les traîtres de Toulon, s’étaient glissés dans le port, neutre, de la République, et l’équipage d’un navire français, surpris sans défense, avait été traîtreusement égorgé. En dénonçant cet attentat au monde, Robespierre ne pouvait .s’empêcher de stigmatiser la lâcheté du sénat génois qui n’était pas mort tout entier pour prévenir ou venger cet outrage îi l’humanité. Toutefois les puissances italiennes, Venise, Florence, comme Gènes, lui paraissaient mériter plutôt la pitié que la colère de la République. Le roi de Naples seul, digne du sang des Bourbon, avait embrassé de bonne volonté la cause de la coalition. Quant au pape, il ne valait pas l’honneur d’être nommé. La résolution du roi de Suède, de devenir le généralissime des rois coalisés, était une pure folie. A qui donc profiterait cette grande levée de boucliers contre la France? A la Russie, pensait Robespierre, et il ne se trompait pas. Impossible de tracer un portrait plus vrai et plus saisissant de ces dominateurs de la Russie, qui, ayant le goût, l’idée, l’ambition du luxe et des arts de l’Europe, cl régnant dans un climat de fer, tournaient des regards de convoitise vere les contrées de l’Ouest et du Midi, se voyaient déjà à Constantinople, et se croyaient au moment de dicter des lois au monde.

Or, tandis que l’Angleterre fusillait dans un port neutre des hommes désarmés, et menaçait le Danemark de ses escadres pour le forcer à accéder & la ligue; tandis que la Prusse et la Russie, comme des brigands, faisaient main basse sur la Pologne, et que le reste de l'Europe se laissait bêtement duper par le cabinet de Londres, la France seule prenait résolûment en main les intérêts et les droits de l’humanité. Aussi Robespierre s’écriait-il, dans un élan superbe d’enthousiasme et d’indignation : < Vous avez sous les yeux le bilan de l’Europe et le vôtre , et vous pouvez déjà en tirer un grand résultat ; c’est que l’univers est intéressé à notre

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coiiservalioii. Supposons la Franco anéantie ou dénicinbrée, le inonde politique s'écroule; ôtez cet allié puissant et nécessaire qui Saraiitissail l'indépendance dos médiocres États contre les grands despotes, l'Europe entière est asservie. Les petits princes germaniques, les villes réputées libres de l'Allemagiie, sont engloutis pa les maisons ambitieuses d’Autriche et de Brandebourg; la Suède et le Danemark deviennent tôt ou tard la proie de leurs puissants voisins; le Turc est repoussé au delà du Bosiihore et rayé de la liste des puissances européennes; Venise perd ses richesses , son commerce et sa considération; la Toscane, son existence; Gènes est effacée; Tltalie n’est plus que le jouet des despotes qui rentourenl; la Suisse est réduite à la misère et ne recouvre (dus l’énergie que son antique pauvreté lui avait donnée : les descendants de Guillaume Tell succomberaient sous les efforts des tyrans humiliés et vaincus par leurs aïeux. Gomment oseraient-ils invoquer seulement les vertus di‘ leurs pères et le nom sacré de la liberté si la République française avait été détruite sous leurs yeux? Que serait-ce s’ils avaient contribué à sa ruine? Et vous, braves Américains, dont la liberté, cimentée par notre sang, fut encore garantie par notre alliance, quelle serait votre destinée si nous n’existions jdus? Vous retomberiez sous le joug honteux de vos anciens maîtres; la gloire de nos communs exploits serait flétrie ; les titres de liberté, la Déclaration des droits de Thomme, seraient anéantis dans les deux mondes. »

L’Angleterre elle-même, poursuivait-il, que deviendrait-elle? Comment conserverait-elle les restes de sa liberté si la France perdait la sienne, si le dernier espoir des amis de la démocratie venait à s'évanouir? Mais si la politique des gouvernements devait redouter la ciiule de la République française, que serait-ce donc de la philosophie et de l'humanité? « Que la liberté périsse en France : la nature entière se couvre d’un voile funèbre, et la raison humaine recule jusqu’aux abîmes de l’ignorance et de la barbarie... Le despotisme, comme une mer sans rivages, déborderait sur la surface du globe; il couvrirait bientôt les hauteurs du monde politique où est déposée l’arche qui renferme les chartes de l’humanité; la terre ne serait plus que le patrimoine du crime, et ce blasphème, reproché au second des Brutus, trop justifié par l’impuissance de nos généreux efforts, serait le cri de tous les cœurs magnanimes. O vertu ! pourraient-ils s’écrier, tu n'es donc qu'uii vain nom ?

' « Oh ! qui de nous ne sent pas s’agrandir toutes scs facultés, qui de nous ne croit pas s’élever au-dessus de l’humanité même, en songeant que ce n’est pas pour un peuple que nous combattons, mais

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