‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 92 sur 354 · LIVRE XII. — DE LA SITUATION POLITIQUE DE LA RÉPL’IÎLIQUE i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — DE LA SITUATION POLITIQUE DE LA RÉPL’IÎLIQUE i

pour l’anivors; non pour les hommes ([ui vivent aujourd’hui, niais pourtousceuxqiiiexisleront?... Du reste, dût l’Kurope entière se déclarer contre vous, vous êtes plus forts que l’Europe. La llépuhlique française est invincible comme la raison, elle est immortelle comme la vérité. Ouand la liberté a fait une conquête telle que la France, nulle puissance humaine ne peut l’en chasser. Tyrans, prodiguez vos trésors, rassemblez vos satellites, et vous hâterez votre ruine. J’en atteste vos revers, j’en atteste surtout vos succès, lin port et deux ou trois forteres.ses achetées par leur or ; voilà donc le digne prix des efforts de tant de rois, aidés pendant cim[ années par les chefs de nos armées et par notre gouvernement même ! .\pprenez qu’un peuple que vous n’avez pu vaincre avec do tels moyens esl un peuple invincible. »

Exécution loyale des traités qui unissaient â la France les États- Unis d'Amériiiue et les cantons suisses, alin d’empêcher ces deux nations libres de céder aux avances dont elles étaient l’objet de la part de la coalition, tel était le but principal du rapport de Robespierre. Mais, en traitant la question extérieure , Maximilien était amené naturellement à dire un mot de celle du dedans, puisque les plus utiles alliés des puissances étrangères étaient leurs alliés de l’intérieur. Le rapporteur du comité de Salut public ne laissa donc pas échapper l’occasion d’avertir ceux qui, par leur conduite étrange, faisaient si bien les affaires de la coalition. « Vos ennemis », dit-il, « savent bien que s’ils pouvaient désormais vous perdre, ce ne serait que par voii.s-niêmes. Faites en tout le contraire de ce qu'ils veulent que vous fa.ssiez. Suivez toujours un plan invariable de gouvernement fondé sur les principes d’une sage et vigoureuse politique. Vos ennemis voudraient donner à la cause sublime que vous défendez un air de légèreté et de folie; soutenez-!a avec toute la dignité de la raison. On veut vous diviser ; restez toujours unis. On veut réveiller au milieu de vous l’orgueil, la jalou.sie, la défiance : ordonnez â toutes les petites passions de se taire. Le plus beau de tous les titres est celui que vous portez tous; nous serons tous assez grands quand nous aurons sauvé la patrie. On veut annuler et avilir le gouvernement républicain dans sa naissance ; donnez-lui l’activité, le ressort et la considération dont il a besoin. Ils veulent que le vaisseau de la République flotte au gré des tempêtes, sans pilote et sans but : saisissez le gouvernail d’une main ferme, et conduisez-le, îi travers les écueils, au port de la paix et du bonheur.

« La force peut renverser un trône, la «age.sse seule peut fonder une République. Démêlez les pièges continuels de nos ennemis; soyez révolutionnaires et politiques; soyez terribles aux méchants

IIISTOIIIE DE HOUESPIERRE

et secourables aux nialhnureux ; fuyez îi la fois le eniel modérantisme et l'exagération systématique des faux patriotes ; soyez dignes du peuple que vous représentez : le peuple hait tous les excès; il ne veut Cire ni trompé ni protégé, il veut qu’on le défende en l’honoraiit... Quel que soit le sort personnel qui vous attend, votre triomphe est certain. La mort même dej> défenseurs de la liberté n'est-elle pas un triomphe ? Tout meurt, et les héros de rhuinanité et les tyrans qui l’oppriment, mais îi des conditions différentes. »

Ce superbe rapport de Robespierre sur la situation politique de la République à l’égard des autres peuples est le premier des grands rapports présentés par lui au nom du comité de Salut public, et qui, à l’étranger, jetèrent sur sa personne un si prodigieux éclat et un tel prestige. Tous les princes de l’Europe s’habituèrent dès lors à le considérer comme le régulateur de la République, sans réfléchir que si son influence morale était immense, son autorité réelle était à peu près nulle en compensation, comme la suite de cette histoire le démontrera de reste. La Convention vota è l’unanimité et au milieu des plus vifs apj)laudisscmenls les conclusions de son rapport (1), que re])roduisirent la plupart des journaux du temps. Imprimé par ordre- de la Convention à un très-grand nombre d’exemplaires, cet important manifeste fut distribué dans toutes les parties de 1a République, où il alla agrandir encore la popularité de sou auteur (2).

Cependant le mouvement contre le culte amenait des résultats de plus en plus fâcheux. Dans un pays léger comme le ndtre, toute

(1] Voy. le ^ourwii du débaU «< du dicrelt de la Ccmvnlùm, nuantro 424, p. 368.

(2) Le rapport de Robeipierre, iniprimé par ordre de la Conrentiou, forme uae brochure iu-S de 18 p. (de l’imprimerie nationale). Il a été réimprimé dans lea OEuvru de Robufierre édiléei par Laponneraye (t. III, p. 445 et auir ), et dana l'Hitloire parlemmlaire (t. X\X, p. 224 et anir.). On le trouva dana le Mmiieur du 30 brumaire (20 novembre l'SSi. La feuille du tttlul public, journal de Carat et de Rouaeelin, en le donnant a aea lecteura, le Ut précéder de cea lisnea : « Noa lecteuti noua aauront gré de leur donner, de préférence k toua autrea articlea, le rapport de Robeapierre aur notre aitualion a l'égard dea puiaaancea étrangérca. Dana un paya libre, c'eat un devoir pour toua lea bommea d'étre inatruita dea affairea publiquea, et rien ne peut contribuer davantage h cette inatruction uéceaaaire qu'un rapport dana lequel la grandeur dea idéea, la profondeur de la politique, a'uniaæot k la clarté dea développamena et a la préciaion du atyle. Uu'elle eat aoblime, l'éloquence républicaine! C'eat celle do ta vérité; aea accena éclairent et conaolent l'ami de l’hunianité, et portent l'effroi dana l'kme dea tyrans, dont elle déjoue l'influe maebiavéliame. a (Ruméro C&LII, dn 30 brumaire.)

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