LIVRE XII
SÉ.VNCE nu 1" EnniAlRE ,\ÜX J.VCOBI.XS 231
lion do la liste dos soeiétés afliliées au club des Jacobins (1). Tout dévoué aux patriotes sim-éros, il prenait chaudement, au sein du comité de Salut public, la défense du maire de Paris, de Pache, pour lequel il avait une estime toute particulière, et même de la commune de Paris, qu’on cherchait à envelopper dans la dénonciation de Chabot et de Ba/.ire, dont nous aurons à dire un mot tout à l’heure (2). Toutefois, jugeant qu’il était temps de mettre un terme aux folies et à la tyrannie des exagérés de la commune, il se prtv senta le t" frimaire aux Jacobins, bien résolu à attaquer de face, non pas rathéisnie, comme l’on a si souvent dit à tort, — Robespierre ne tit jamais de l’athéisme un crime, ce qui eût été la plus insigne des folies, — mais l’intolérance et le despoti.sme odieux des meneui’s hébertistes (3). Et, répétons-lc à son éternel honneur, seul il eut ce courage. D’autres suivirent, comme Danton; mais nul peutêtre, parmi les patriotes, n’aurait osé risquer sa popularité, si Robespierre n’avait pas donné l’exemple.
Ce fut assurément une des plus mémorables séances du club des Jacobins que celle du i” frimaire de l’an II (21 novembre 1793). Hébert engagea l’alTaire en témoignant hautement ses inquiétudes an sujet des intentions malveillantes prêtées au l'omité de Salut public contre les patriotes de sa trempe. Robespierre, lui avait-on assuré, devait le dénoncer à la Convention, ainsi que Pache et Chauraette. Il n’en croyait rien, mais il ne riait pas, ajouta-t-il. Il parla au.ssi de Danton, touf récemment arrivé d’Arcis-sur-Aube; et comme le bruit courait que le pui.ssant révolutionnaire était allé en Suisse, chargé des dépouilles du peuple, il le somma, puisqu’il était à Paris, de venir aux Jacobins démentir les bruits répandus sur son compte. Abordant ensuite sa thèse de prédilection, il engagea la société ii poursuivre le procès des complices de Brissot, c’està-dire des .soixante-treize, et le jugement « de la race de Capet, » allusion sanglante à Madame Elisabeth, dont scs amis et lui ne cessaient de réclamer la mort. Momoro parla ensuite, Momoro, le mari
(I) Séanre du S8 brumaire (18 noveuihre) aux Jacobins. Voy. U Moniteur du 3 frimaire (S3 novembre 1793).
(3) Voy. à cei égard !a propre déclaration de Chaumette au sein du Conseil général. Moniteur du 5 frimaire (S.") novembre).
(3) Ce grand acte de courage de llobc^picrre paraît à M. Michelet ...une inco.nve- IVANCE ! ! {Histoire de la Révclution^ t. YI, p. itO.)
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de la déesse Raison. Tout le mal, suivant lui, venait des iirètirs :
« 11 faudra toujours trembler, s'il en reste un seul. » *
Robespierre monta alors à la tribune. Il commença par défendre contre Hébert ces partisans de la Gironde qui, troi.s et quatre fois, d’apriis leur propre aveu, on le sait maintenant, lui durent la vie (1), et par disputer au substitut du procureur de ta commuue la tête de la malheureuse so-nr de Louis XVI, du sang de laquelle il aurait voulu que la Révolution ne se tachAt point. « .K qui persuadera-t-on que la punition de la méprisable soeur de Capet en imposerait plus à nos ennemis que celle de Capet lui-même et de sa criminelle compagne ! » Sans doute, le mot méprisable est de trop, mais il faut se. rejiorter aux pa.ssions de l'époque. Ce n’était pas chose exempte . ”• de péril que d’élever la voix en faveur « des, restes impurs du >
tyran;» il était donc presque nécessaire d’envelopper la défense d'une certaine rudesse de langage. Et, d’ailleurs, parmi les apostats de la Révolution , parmi ces Conventionnels qui ont accumulé contre la mémoire de Maximilien calomnies sur calomnies, difl'amations sur diffamations, parmi ceux-lîi mêmes qu’on a vus plus tard revêtus de la toge de sénateur ou du manteau de pair, en est-il un qui ait osé .associer sa voix à celle de Robespierre, dont l’influence isolée ne suftit pas à sauver la pauvre princes.se?
« Est-il vrai encore, » poursuivit l’ardent orateur, « que la principale cause de nos maux soit le fanatisme? Le fanatisme! il expire; je pourrais même dire qu’il est mort. En dirigeant dc|mis quelques jours toute notre attention contre lui, ne la détourne-t-on pas de nos véritables dangers? Vous craignez, dites-vous, les prêtres... et ils s’empressent d’abdiquer leurs titres pour les échanger contre ceux d’ofliciers municipaux, d’administrateurs et même de “ r présidents de sociétés populaires. Croyez seulement à leur amour pour la patrie, sur la foi du leur abjuration, et ils seront très-contents de vous... »'Si, mû par le sentiment de la justice et cédant aux inspirations du bon sens, Robespierre protesta courageusement contre les persécutions inutiles dont le clergé en général se trouva l’objet, il ne s’érigea, on le voit, ni en défenseur systématique des prêtre», ni en champion de la religion catholique, comme on le lui' a plus d’une fois reproché îi tort. On peut dire même que jam^s le clergé ne lui sut gré de la protection dont il le couvrit ; car sou but * était, en assurant la liberté des consciences et des cultes, d’êter aux prêtres ce prestige de la persécution et du martyre qui fut leur ^ force la plus redoutable contre la Révolution française. « Oui, crai-
(4) Voyez le livre précédent. , •