LIVRE XII. — SÉANCE DU i" FRIMAIRE AUX JACOBINS
gnez, non- pas leur f«niitLsni(', niais leur ambition; non pas l’habit qu'ils portaient, mais la peau nouvelle dont ils se sont revAtus... .Non» ce n'est point le fanatisme qui doit être aujourd’hui le principal objet de nos inquiétudes. Cinq ans d'une révolution qui a frajjpé sur les prêtres déposent de son impuissance... Je ne vois ÿlus qu’un seul moyen de réveiller painii notis le fanatisme, c’est , d’aft’octer de croire i sa puissance. Le fanatisme est un animal féroce et capricieux; il fuyait devant la raison : poursuivez-le avec de grands cris, il retournera sur .ses pas... » Pourquoi drtnc déclarer la guerre aux con.sciene es ? Pourquoi ce zèle exagéré c’ontre le eufte et ses ministres? se demandait Robespierre; cl il continuait en ces termes : « Que des citoyens, animés. par un zèle pur, ^viennent déposer sur l’autel, de la patrie les monuments inutiles et [lompeux de la superstition pour les faire servir à son triomphe, la patrie et la raison sourient îi ces offrandes. Que d’autres renoncent à telles ou telles cérémonies et adoptent sur toutes ces choses l’opiuion qui leur paraît la plus conforme à la vérité, la raison et la philosophie peuvent applaudir à leur conduite. .Mais de quel droit l'aristocratie et l'hypocrisie viendraient-elles ici mêler leur influence à celle du •civisme et de la vertu? De quel droit des hommes inconnus jus- , . qu’ici dans la carrière de la Révolution viendraient-ils chercher au milieu de tous ces événements les moyens d’usurper une fausse popularité, d’entraîner les patriotes mêmes à de fau.sses mesures, et de jeter parmi nous le trouble et la discorde? De quel droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes au nom de la liberté, et’ attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau? De quel droit feraient-ils dégénérer les hommages solennels j'eudus à la. vérité pure en des mrces éternelles et ridicules? Pourquoi se permettrait-on de se jouer ainsi de. la dignité du peuple, et d’attacher les. grelots de la folie au sceptre même de la philosophie? On a sujiposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non. la Convention n’a point fait cette démai> Che téméraire, elle ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes, qu’elle a proclamée, et de punir en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public.
I Elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens, et pour «armer les préjugés ou le royalisme contre la République. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe; ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empê-
chor est plus fanatique que celui qui dit la messe. » La vérité et la raison ont-elles jamais parlé un plus noble langage?
Qu’on pnÎKSê aller im^mo k la messe,
Ainsi le veut la liberté,
a dit, en moins bons termes, le chansonnier Béranger.
Mais certains homnics voulaient aller plus loin, et, sous prétexte de détruire la superstition, prétendaient faire de l'alhéisnie luinième une sorte de religion. Écoulez ici llobespicrro, et vous direz ensuite si .sa manière de voir à l'égard des athées n'était pas tout aussi tolérante qu'h l'égard des croyants de toute espèce : « Tout philosophe, tout individu, peut adopter là-dessus ro]dnion qui lui plaira. Uuiconqne voudrait lui en faire un crime est un insensé; mais rhomnic public, mais le législateur serait ceni fois plus insensé qui adopterait un pareil .système. La Convention nationale l'abhorre. La Convention n’est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques; c’est un corps j)olitique et populaire chargé de faire respecter non-senlemenl les droits, nmis le caractère du peuple français. Ce n’e.st point en vain qu'elle a proclamé la Déclarai tion des droits de l’homme en. présence de l'Être suprême. On dira ])eut-étre que je suis un esprit étroit, un honiine à préjugés, que je suis un fanati(iue. J'ai déjà dit que je ne parlais ni coinine un individu ni comme un philosophe systéniati(|ue, mais comme un représentant du peuple. L’athéisme est aristocratique. L’idée d’un grand être qui veille sur l’innocence opprimée et qui punit le crime trioml)hant est toute populaire. Le peuple, les malheureux, m’applaudissent; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J’ai été dès le collège un assez mauvais catholique; je n’ai jamais été ni un ami froid ni un défenseur infidèle de l’huluanité. Je n’en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer. » Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer, dit-il ensuite avec Voltaire.
U Je parle dans une tribune où l’impudent Guadet osa me faire un crime d’avoir prononcé le mot de ProvidencÆ. Et dans quel temps! lorsque, le cœur ulcéré de tous les crimes dont nous étions les témoins et les victimes, lorsque, versant des larmes amères et impuis-sunles sur la mi.sère du peuple éternellement trahi et o|iprimé, je cherchais à m’élever au-dessus de la toutbe impure des conspirateurs dont j’étais environné en invoquant contre eux la vengeance céleste an défaut de la foudre populaire. Ce sentiment est gravé dans tous les cœurs sensibles et purs; il anima dans tous les temps