LIVRE XII.’ — DAXTON Al'l'UlE ROBESIMERRE
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Mais ces exagérateurs ne se rendirent pas aisénieni, car, le surlendemain, sur les réquisitions de Chuiiiuette, la coinniune prit l’arrCté dont nous avons parlé plus haut, qui ordonnait la fermeture do toutes les églises, et l’arreslalion comme suspects de tous les prêtre qui demanderaient l'ouverture d’un temple. Danton, qu'avait touché l'accusation indirecte lancée contre lui aux Jacobins par Hébert, joignit sa voix à celle de Robespierre pour dénoncer les saturnales hébertistes : « Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l’erreur et du fanatisme, nous no voulons pas plus honorer le prêtre de riiicixidulité. » Il réclama la suppression des mascarades antireligieuses au sein de la Convention et un prompt rapport du comité de Salut public sur les moyens de donner une action grande et forte au gouvernement provisoire. Puis, à la lin de la même séance, on l'entendit s'écrier, après qu’il eut formellement déclaré que le temps de l’inflexibilité et des vengeances nationales n'était point passé ; « Si la Grèce eut ses jeux olympiques, la France solenuisera aussi ses jours sans-culottides. Le peuple aura des fêles dans lesquelles il offrira de l’encens à l’Être suprême, au maître de la nature ; car nous n'avons pas voulu anéantir la superstition pour établir le règne de l’athéisme (1). » Robespierre, on le voit, ne fut pas l’inventeur du culte de l’Être suprême, et la secte matérialiste qui range aujourd’hui Danton panni ses saints pour l’opposer au trop religieux Maximilien, oublie bien facilement, en vérité, la part si honorable d’ailleurs que l’ardent tribun des Cordeliers prit personnellement a la lutte contre l’hébertisme.
Robespierre, du reste, s’inquiétait fort peu de la question religieuse en elle-même, comme on a p‘u s’en convaincre ; il s’agissait uniquement, à ses yeux, d’une simple question de’liberlé de conscience, de liberté des cultes. Et comment ne se serait-il pas indigné à la nouvelle des persécutions dirigées contre les citoyens suspects d’attachement à leur religion? Comment ne se serait-il pas ému à la lecture de lettres analogues à celles dont nous avons donné quelques extraits et où éclatait le désespoir des opprimés? Ce fut donc au nom de la liberté que, dans la séance du 15 frimaire (ISdécembre 1793], il monta à la tribune de la Convention pour plaider de nouvetm la cause de la tolérance religieuse. Il avoua bien haut qu’il était du parti des patriotes ardents, mais non point de ceux qui,
(1) Munitiur du 8 frimiire (38 nofeiiibre 1793).
HISTOIRE UE ROBESPIERRE
SOUS les formes de la liberté, s’aeliarnaienl à décrier les meilleurs citoyens. Il erifçagea ses collègues îi démêler soigneusement ce qui apparienait h l'hypocrisie, et à la malyeillance d'avec ce qui était l’effel du patriotisme pur. Le système de calomnies imaginé pour discréditer les meilleurs amis du peuple, les efforts tentés pour réveiller ,1e fanatisme, pour armer l'homme ([ui , sans êlrc mauvais citoyen , était attaché à son opinion religieuse, contre celui qui en professait une autre; ces dénonciations di'liraiiU’-t sans cesse renouvelées pour détourner la Oonvention des véritables intérêts de la patrie, tout cela était, selon lui, l'ouvrage des cours étrangères. On avait attaqué avec fureur le culte catholique afin de réveiller le fanatisme, afin d’engendrer une guerre de religion et d’étouffer par lîi renthousiasme de la liberté. Gomment certaines communes pouvaient-elles s’attacher :’i la République, quand on les obligeait, par la force armée, de déserter leurs églises, quand des ministres du culte étaient mis en arrestation à cause de leur .seule qualité de prêtres? Il fallait donc, disait Robespierre à ses collègues, parler au peuple en législateurs politiques, en hommes sages et éclairés, indiquer aux patriotes les pièges tendus à leur bonne foi, et protéger ceux qui tenaient à leur culte. Puis, comprenant que des citoyens sincères avaient pu se laisser aller .sans mauvaise intention îi des exagérations funestes, il ajoutait : « Corrigez les écarts du patriotisme, mais faile.s-le avec le ménagement dû à des amis de la liberté un instant égarés, .le demande que vous défendiez aux autorités particulières de .servir nos ennemis par des mesures irrélléchics, et qu’aucune force armée ne puisse s’immiscer dans ce qui appartient aux opinions religieuses... Entin je vous propose une mesure digne de la Convention : c’est de rappeler solennellement tous les citoyens à l’intérêt public, de les éclairer par vos principes comme vous les animez par votre exemple, et de les engager à mettre de côté toutes les disputes dangereuses pour ne s’occuper que du salut de la patrie (1). » Conséquemment à ces propositions, l’Assemblée défendit toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes, sans déroger pour cela en aucune manière aux lois répressives ni aux précautions de salut public contre les prêtres réfractaires ou turbulents qui tenteraient d’abuser du prétexte de la religion pour compromettre la cause de la liberté (2).
(1) UouiUur du 18 frimaire (8 décembre 1793).
(2) Voj. ce décret dan» le Moniteur du 17 frimaire. — La Conrciitlon décréta fimpression, la distribution de six exemplaires à tous ses nicinbres et la traduction dans les langues étrangères du discours de Robespierre. Voy le Journal des débalt et des décrets de la Convention, numéro 113, p. 203.