‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 101 sur 314 · LIVRE VII. UNE PAGE DE CuU DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. UNE PAGE DE CuU DU PEUPLE

âmes Gris d'indignatîoD, de fureur et de désespoir contre les scélérats qui abusoient de la confiance et de la puissance du peuple pour le tromper, le dépouiller, le charger de chaînes et le précipiter dans rabtee. Apprenez que jamais il ne sortit du sénat un décret attentatoire à la liberté, et que jamais fonctionnaire public ne se permit un attentat contre les foibles et les infortunés sans que je m'empressasse de soulever le peuple contre ces indignes prévaricateurs. Les cris d'alarme et de fureur, que vous prenez pour des paroles en Tair, étoient la plus naïve expression des sentiments dont mon cœur étoit agité; apprenez que, si j*avois pu compter sur le peuple de la capitale après l'horrible décret contre la garnison de Nancy, j'aurois décimé les barbares députés qui Tavoient rendu. Apprenez qu'après Tinstruclion duChâtelet sur les événements des 5 et 6 octobre, j'aurois fait périr dans un bûcher les juges iniques de cet infâme tribunal. Apprenez qa'aprës le massacre du Champ-de-Mars, si j'avois trouvé deux mille boouoes animés des sentimens qui déchiroient mon sein, j'aurois été à br tète poignarder le général au milieu de ses bataillons de brigands, brûler le despote dans son palais et empaler nos atroces représentans sor leurs sièges, comme je le leur déclarai dans le temps. Robespierre ffl'écoutoitavec effroi; il pâlit et garda quelque temps le silence. Cette entrevue me confirma dans Topinion que j'avois toujours eue de lui, 91'il réunissoit aux lumières d'un -sage sénateur l'intégrité d'un véritable homme de bien et le zèle d'un vrai patriote, mais qu'il manquoit Clément et des vues et de l'audace d'un homme d'État (1). »

Assurément on ne saurait trouver rien de plus honorable pour Robe^ierre que ces pages si nettes, si explicites de Marat. Aussi produisireot-elies un grand effet. Tout homme de bonne foi, après les avoir Ises, se trouvait en quelque sorte obligé de condamner les Girondins. Us ea gardèrent à l'Ami du peuple une mortelle rancune ; et quand,

(1 Vàmi du pmpie, journal politique et impartial, par J.P. Marat, etc., numéro 648. Void comment, de son côté, Robespierre a raconté cette entrevue : c An mois de JORWr 1792, Marst vint me trouver ; jusque-là je n'avois eu avec lui aucune espèce de ^àtàa» directes m indirectes. La conversation roula sur les affaires publiques, dont ^Ineptrlaavec désespcùr; je lui dis, moi, tout ce que les patriotes, même les plus *^ti, pensoient de lui, à savoir, qu'il avoit mis lui-même un obstacle au bien que P^^'^went produire les vérités utiles développées dans ses écrits, en s'obstinant à ''^'^éternellement sur certaines propositions absurdes et violentes, qui révoltoient |k amis de la liberté autant que les partisans de Taristocratie. Il défendit son opinion ; J«persiitai dans la mienne, et je dois avouer quMl trouva mes vues politiques telle- '■«Dt étroites que quelque temps après, lorsqu'il eut repris son journal, alors aban- ^^ par lui depuis quelque temps, en rendant compte Ini-mêiiie de la eonversation ^t je viens de parier, il écrivit en tontes lettres qu'il m*avoit quitté parfaitement ^nioea qne je n'avois ni les vues ni Taudace d'an homme d'État. » (Béponte de 'uiaititen Robespierre à Vaccusation de Lowet^ 4« lettre à ses oommettanla, p. 148.)

le jour même où parut cet article^ on les entendit à rÂssemblée iégislative appuyer avec une sorte de fureur, par la bouche de La Source et de Guadet, le décret d'accusation et d'arrestation proposé cootre Maraty on put trop justement les soupçonner d*obéir à un sentiment de vengeance personnelle.

Tout à coup, le l*"" mai, circule dans Paris une nouvelle fâcheuse: nos troupes venaient d'être battues, ou plutôt de fuir sans combat à la frontière ; et dans des déroutes peu honorables pour nos armes, près de trois cents hommes avaient inutilement perdu la vie. Ce déplorable échec, d'un si mauvais augure pour le début d'une campagne, était, à n'en pas douter, le résultat d'un complot très-noir, suivant la propre expression de Dumouriez (1). L'Assemblée législative et les patriotes s'en montrèrent consternés ; cruel surtout fut le désappointement des Girondins. En effet , depuis six mois, n'avaient-ils pas poussé de toutes leurs forces à la guerret ne s'étaient-ils pas en quelque sorte portés garants du succès? n'avaient-ils pas dépeint tout le Brabant s'ébranlant, et, à la première apparition de nos troupes, venant se ranger sous le drapeau tricolore? Quelle déception ! Et quand Robespierre avait déclaré suspect le corps des officiers en général, se trouvant en cela d'accord avec Dumouriez lui-même (2) ; quand il s'était plaint du mauvais état de nos frontières, de l'organisation défec* tueuse de nos armées ; quand il avait reproché au ministère de laisser sans armes les gardes nationales pleines d'ardeur, ne l'avait-oa pas accusé de pessimisme? n'avait-on pas amèrement blâmé ses défiances si justes? Certes, il eût été absurde de soupçonner les Girondins de complicité avec les traîtres ; mais, à bon droit, on pouvait s'en prendre à leur manque de prévoyance, à leur légèreté. Ils )e sentirent bieO) et se montrèrent d'autant plus irrités contre les patriotes jadis opposés à la guerre, et en particulier contre Robespierre, dont l'événemcfll s'était chargé si vite de réaliser les prévisions. De colère on les vit

(1) MimoirM de Dumouries^ t. U, p. 236.

(2) Voyez le passage des Mémoires de Dumouriez, où ce général, peu suspect de ptftialité envers la Révolution, montre Rochambeau obsédé par les Feuillants dont, <i partie, étaient ses officiers généraux, t. II, p. 224.

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