‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 102 sur 314 · LIVRE VU. fiCHEG A LA FRONTIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE VU. fiCHEG A LA FRONTIÈRE

s'onir aux Feuillants pour repousser une députation du club des Cordeliers qui était venue dénoncer les généraux, et pour décréter d*aG*eusatioD Marat et Royou, l'ami du peuple et Tami du roi, oubliant que ce n'était pas à eux, patriotes, à porter la main sur la liberté de la presse, même dans ses écarts. On commence par poursuivre la licence, puis insensiblement on finit par confondre sous ce nom tout ce qui déplatt, et la liberté elle-même se trouve bientôt atteinte. Plus d'ime fois, afin de fortifier le pouvoir aux mains de leurs amis, les Giroodios se laissèrent aller à certaines capitulations de conscience H à des transactions où fatalement ils durent se départir de la rigueur (les principes.

Le soir, aux Jacobins, il y eut contre le ministère une terrible explosion. Un membre de l'Assemblée législative, ChaLot, accusa le Binistre de la guerre et Rochambeau d'être les principaux auteurs du ^tre, et comme indice de la culpabilité du pouvoir exécutif, Roliespierre cita le dénûment d'armes, de munitions et d'habits où s'était trouvé le 81* régiment. L'officier général Théobald Dillon avait été massacré dans la déroute par ses propres soldats. 11 avait, disait Saint-Huruge d'après un courrier de Valenciennes, conduit son détadiement fort de quinze cents hommes devant un bois où sept mille on^is étaient embusqués. Dillon n'était pas un traître assurément, Bais ses soldats le crurent; et, en dehors de la trahison, il y eut de h pan des généraux en chef une impéritie inexplicable dont il fut la victime. Dillon avait péri, et les Feuillants en prirent texte pour dédamer contre l'indiscipline de l'armée ; mais combien de soldats ^t tombés dont on ne parlait pas l L'ennemi , prévenu de Tat- ^e de nos troupes, les avait attendues avec des forces impoi^Qtesà Mens et à Tournai, et quelques hommes égarés, croyant à la Wnson de leur chef, l'avaient égorgé dans l'aveuglement de la peur. Sans doute c'était là un crime déplorable, mais était-il juste d'en I fréter la responsabilité sur l'armée tout entière (1)? Robespierre ne lecrut pas; et quelques jours plus tard, dans le premier numéro de I ^ J^fenseur de la Constitution^ combattant la sévérité excessive de <|aelques unes des mesures proposées à l'Assemblée nationale pour '^surer la discipline dans l'armée, il écrivait, après avoir rappelé les

1 (1) Cm cependant ce que fait M. Michelet, lorsqu'il présente si légèrement Robes- ; ^'^K c comme louant les soldats au moment où ils venaient de fair en massacrant *^ chef. » (T. III, p. 43.) L^ quelques meurtriers de Dillon furent jugés à Douai, <iiQQ d'eux, le nomm^ Yasseur, fut condamné à mort. Cet exemple, devenu néces- *'*ie« désiré par les soldats, ajoute le Moniteur. (Numéro du 25 mai 1792.) Donc [ "^^^ierre avait bien raison de ne pas vouloir que l'odieux de ce crime rejaillit sur *"» les défenseurs de la patrie.

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trahisons et les perfidies auxquelles il attribuait notre échec, et dont Dumouriez ne doutait pas lui-même, on Ta vu : « On oublie tout cela pour présenter les défenseurs de la patrie comme les assassins d'un officier fidèle et patriote; et, dans ce premier désastre, on ne semble apercevoir que la mort de Dillon ; innocent ou coupable, inepte oq perfide, je ne m'oppose pas à ce qu'on pleure son sort; mais moi, mes premières larmes couleront pour la patrie outragée depuis trop longtemps. » Un parent de Dillon, Arthur Dillon, destiné, lui aussi, à une fin tragique, avait voulu intéresser la nation tout entière à la vengeance de son cousin; mais lui, Robespierre, s'émouvait de préférence sur les plébéiens massacrés aux champs de Mons et de Tournai. Faire la guerre,du peuple contre la tyrannie, et non celle de la cour, des intrigants et des agioteurs contre le peuple, tel était le but auquel on devait tendre, répétait-il. La guerre entreprise s'était ouverte par un revers; il fallait, selon lui, quelle se terminât par le triomphe de la liberté, ou que le dernier Français eût disparu de la terre. Pour cela, on devait, non pas tuer les prisonniers, mais leur donner dans nos camps des leçons salutaires, les transformer en quelque sorte en défenseurs, en missionnaires de la liberté universelle; pour cela, il était nécessaire de ranimer la confiance de nos soldats, d'exalter Tesprit public et l'amour de la patrie. La Révolution s'était faite contre la noblesse, et la noblesse occupait encore tous les commandements de l'armée, à laquelle il eût fallu des chefs dignes de sa confiance^ et non des officiers attachés de cœur à la cour, à Tancien régime, et toujours prêts, quand l'occasion se présentait» a déserter la cause de la liberté. De là ces procès intentés aux soldats patriotes, et épargnés aux traîtres, lorsque la trahison était réelle, prouvée par toutes les circonstances ; de là ces éternelles déclamations contre ce qu'on appelait l'indiscipline de l'armée. L'irtdiscipline de l'armée I Ce mot in»dieusement répété par l'aristocratie et le machiavélisnoe , disait-il encore, était-il autre chose qu'une étemelle accusation contre le civisme des soldats citoyens qui avaient commencé la Révolution? Cesimple mot, qu'on n'appliquait jamais aux officiers de l'ancienne caste privilégiée, avait servi à l'immolation de milliers de victimes et à chasser des rangs de l'armée plus de soixante mille soldats, re&iroi do despotisme. Ah ! ils n'étaient point indisciplinés aux yeux de la cour» ceux dont les mains, à la voix de leurs chefs, s'étaient trempées dans le sang de leurs concitoyens. « L'indiscipline, dans l'idiome de nos patriciens, * continuait-il, c c'est le crime d'être à la fois soldat et patriote ; c'est le crime d'être autre chose qu'un automate âispofsé à égorger le peuple et à opprimer la liberté au signal du tyran. 0^'^

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