‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 105 sur 314 · LIVRE VH. — LE COMITE DE CORHBSPONDANCK DES JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE VH. — LE COMITE DE CORHBSPONDANCK DES JACOBINS

était odieusement traité et La Fayette porté aux nues. Comme cette lectore était à chaque instant interrompue par des murmures deréprobatioD, Robespierre lui-même engagea ses concitoyens à écouter en silence afin de bien connaître l'esprit qui avait dicté cette lettre. La lecture achevée, Merlin (de Thionville) proposa à ses collègues de charger le comité de correspondance de répondre à la société de Douai ([u'elle avait été mal informée, et de passer à Tordre du jour; mais Robespierre, d'un ton dédaigneux : c Je ne dois pas me taire sur une lettre écrite par je ne sais quels hommes, lue par je ne sais qui. » CoIlot-d'Herbois, prenant alors la parole, raconta qu'étant allé récemment au comité de correspondance, il l'avait trouvé rempli de dix-huit po'SûnDes, dont deux à peine lui étaient connues. Ce comité était devenu une officine de calomnies au service des Girondins, et Doppet, un de ses membres, venait, de dégoût, de donner sa démission.

Lorsque sans cesse Robespierre s'entendait provoquer, lui était-il permis de demeurer muet? Pouvait-il s'empêcher de faire remarquer que la lettre de la société de Douai avait été inspirée par les mêmes hommes qui s'attaquaient à lui sans relâche, et lui imputaient les désordres dont ils étaient les auteurs? Quant à La Fayette, on essayerait en Tain de tromper l'opinion publique sur son compte. Avait-on oublié ses liaisons criminelles avec la cour, ses trames contre le peuple? et n'entendait-on pas encore toutes ces voix qui lui redemandaient un père, une femme, des enfants, un parent, un ami? Ses panégyristes «iraient beau faire, leurs déclamations ne prévaudraient point contre le sentiment général, disait Robespierre. Arrêté un moment par les acclamations de la société , il montra comment les manœuvres onployées aujourd'hui contre lui ne différaient pas beaucoup de celles amusaient jadis les Lameth, les Barnave, les Cazalès, les Maury. En tenninant, il invita les membres du comité de correspondance à n'être pas assez maladroits pour présenter des lettres évidemment concertées, exhorta ceux qui les écrivaient ou les inspiraient à ne plus faire perdre à la société un temps précieux; sinon il s'engageait à les démasquer aux yeux de toute la France, et leur déclarait que la nation, la liberté, ^'égalité finiraient par triompher de l'hypocrisie, du crime et du mensonge (1).

Mais, infatigables dans leurs haines, les Girondins, poussés par un démon furieux, prirent à tâche d'envenimer la querelle. « Cette guerre ^i un scandale et peut devenir une source de calamités pour la

^) Journal des débats et de la correspondmice de la t^oriété, etc., iniméro 192. Il ne iiut pas oublier que la feniUe où nous puisons ces détails était cependant rédigée ^ un esprit tout favorable aux Girondins.

liberté, » écrivait Brissot dans son journal, comme si lui-même et ses amis n'avaient pas été les provocateurs ardents de cette lutte déplorable. De son propre aveu, elle ne portait que sur des absurdités (11; il le savait mieux que personne, lui qui avait eu la mauvaise foi d'insinuer un jour que Robespierre pouvait bien être payé par la liste civile; mais, comme pris de remords, il se proposait, disait-il, de garder désormais le silence; nous allons voir comment il tiendra son engage^ ment. En attendant, les journaux de son parti, sourds aux propositions pacifiques de Robespierre, ne cessaient de diriger contre ce dernier de nouvelles invectives; c'était une véritable litanie d'injures. Sous ce titre : Question à résoudre^ la feuille de Gondorcet demandait un jour si l'on était patriote pour quitter le poste où l'on avait été appelé par la confiance de ses concitoyens (2). Un autre jour, dans un article signé de l'ex-marquis de Villette, elle accouplait les Lameth et Robespierre, et traitait celui-ci de démagogue furieux (3). Un peu plus tard, le 12 mai, décernant complaisamment à ses rédacteurs un brevet de sagesse, elle qualifiait d'insoutenable délire le paUiotisme de Robespierre, à la charge duquel elle tâchait encore de mettre le schisme fâcheux dont ses propres patrons étaient les coupables auteurs (4). Ainsi contre Robespierre seul les Girondins avaient leurs journaux répandus à profusion dans toute la France, le comité de correspondance des Jacobins peuplé de leurs créatures, le ministère et les puissants moyens d'action dont dispose toujours le pouvoir exécutif, comment n'eussent-ils pas espéré l'écraser ? Lui n'avait que la tribune de la société des Amis de la Gonstitution, et encore ses paroles étaientelles souvent imparfaitement reproduites par le Journal des débals it la Société^ dont les rédacteurs étaient au nombre de ses adversaires. Depuis quelque temps déjà il nourrissait le projet d'avoir une feuille à lui, d'opposer journal à journal ; il se décida enfin à le mettre à exécution, résolu à se défendre, et même à attaquer à son tour sur ce terrain du journalisme, où depuis quelques mois il était l'objet de tant d'agressions.

(1) Voyez le Patriote françoUj numéro 1003.

(2) Chronique de Paris^ numéro du 1«' mai 1792.

(3) Ibid,y numéro du 5 mai 1792.

(4) Ibid., numéro du 12 mai 1792.

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