LIVRE VII. — LE DEFENSEUR OE LA COXSTITUTIOX
le Défenseur de la Constitution, tel fut le litre sous lequel parut le journal de Robespierre. Comme beaucoup de feuilles de Tépoque, ce recueil périodique n'était pas daté. Il a paru difficile à l'estimable auteur de VHistoire des journaux révolutionnaires, Léonard Gallois, d'indiquer au juste le jour de la publication du premier numéro. Cependant, comme ce journal devait paraître régulièrement tous les jeudis, efrque, de toute évidence, les deux premiers numéros ont été publiés dans le courant du mois de mai, on peut, sans crainte de se tromper, assigner au premier numéro la date du jeudi 17 mai 1792 (1).
Dès les derniers jours du mois d'avril, Robespierre avait lancé son prospectus, sorte de manifeste où se dessine bien nettement déjà sa fenne volonté de se maintenir entre les ennemis de la liberté et ces hommes exagérés dont le patriotisme sans système, sans concert, saœ objet déterminé, s'agitait péniblement et sans fruit, et qui, par leur impétuosité même, secondaient trop souvent les projets funestes te ennemis de la Révolution. S'efforcer de rallier tous les bons citoyens aux principes de la constitution ; préciser les causes de l'état douloureux de crise et de trouble où l'on se trouvait, et le remède à y apporter; analyser la conduite des personnages qui jouaient le principal rôle sur le théâtre de la Révolution; les citer, au besoin, au tribunal de l'opinion , lui semblait un des plus grands services qu'un citoyeiî 1^1 rendre à la chose publique. Guidé par le seul amour de la justice et de la vérité, il montait, disait-il, à la tribune de l'univers pour parter, non plus à une assemblée agitée par le choc des intérêts divers, fflais au genre humain, dont l'intérêt était celui de la raison et du konheor général. Ayant quitté le théâtre pour se ranger parmi les ^)ectateurs, il se croyait plus à même de juger avec impartialité la
(1) Cest donc par erreur que Descliiens, dans sa Bibliographie des journaux, travail ^aiflean si utile et si consciencieux, ^indique le 1««" Juin. Le Patriote françois du 6 juin, ^méro 1031,) discute le numéro 3 du Défenseur de la Constitution, qui, par conséquent, tnitdu paraître le jeudi 31 mai. On souscrivait à Paris chez Pierre-Jacques Duplain, ï'iwire, cour du Commerce, rue de rAncienne-Comédie-Françaisc; chez les principaux ^^^Tts de l'Europe et tous les directeurs de poste. Le prix de la souscription était de 3S livres pour Tannée, de 21 livres pour six mois et de 12 livres pour trois mois, La «•vertnrc des deux premières livraisons était de couleur brique pâle, ceUe des der- ^^m d*un papier gris.
scène et les acteurs. Les devoirs d'un véritable journaliste n'étai pas, à se» yeux, au-dessous de ceux du législateur lui-même. Il fal à Tun et à l'autre la môme pureté, la même intégrité, car, disait-il dernier espoir de la liberté est anéanti quand l'opinion est dégrada Tesprit public altéré. Il plaçait si haut ce sacerdoce de la pensée, ( tout écrivain qui, prostituant sa plume à la haine, au despotisme o la corruption, trahissait la cause du patriotisme et de rhumanilé, é plus vil, selon lui, que le magistrat prévaricateur (1).
Certes, il ne prévoyait pas alors les représailles auxquelles \\ traînerait la croisade perfide organisée contre lui. Ainsi, à Tégî de ses ennemis, il se montra encore très^modéré, relativement, traçant dans le premier numéro de son journal rexposilion de i principes. Il venait défendre la constitution , commençait-il par i hautement, bien qu'à l'époque où on la discutait il en eût souvt blâmé les défauts; mais aujourd'hui qu'elle était terminée et cimenl par l'opinion générale, il s'en portait le défenseur, non pas à manière de la cour et de certains ambitieux qui en invoquaient la led et les vices pour en tuer les principes et l'esprit, mais comme un* de la patrie et de l'humanité, résolu à repousser, sous son égide, toul les attaques des intrigants et des despotes. La constitution, c'était point d'appui, le signal de ralliement de tous les bons citoyens au « des orages excités par tant de factions, au milieu des divisions iiit6 Unes fomentées par l'intrigue et par la corruption, favorisées p l'égoïsme, l'ignorance, la crédulité, et perûdement combinées avec guerre extérieure.
Après avoir rappelé que certaines personnes, qui n'avaient janu montré un zèle bien ardent pour la démocratie et étaient toujours rfl tées au-dessous des principes de la Révolution, avaient tout à coupp» nonce intempestivement le 'nom de république, et présenté l'app d'une forme de gouvernement plus libre et plus parfait, il s'attaqui en ces termes à ses adversaires : « Depuis le moment où j'ai annonce dessein de combattre tous les factieux, j'ai vu des hommes, qui naguè conservoient encore quelque réputation de patriotisme, me déclar une guerre plus sérieuse que celle qu'ils prétendent faire auxdespotei je les ai vus épuiser tous les moyens dont on ne manque jamais Ion qu'on a remis la fortune publique entr^ les mains de ses amis, et qu< participe, sous différens titres, à toutes les espèces de pouvoir, po» me peindre à la fois, dans toutes les parties de l'empire, tantôt comŒ
(1) Ce prospectus (in -8" de 4 pages) est aujourd'hui très-rare. Omis par I^P®^ raye dans son édition des œuvres de Robespierre, il a été reproduit par MM. Bo"* et Roux dans V Histoire parlementaire de la Révolution, t. XIV, p. 192.