LIVRE VII. — PROSPECTUS ET EXPOSITION DE PRINCIPES
I royaliste et tantôt comme un tribun ambitieux, b On l'avait accusé Bsi d'être républicain, lorsque, durant le'cours de TAssemblée conftaantc, il défendait presque seul les droits du peuple contre le desidsme et l'intrigue, c Je suis royaliste, > poursuivait-il, a oui, comme I homme qui, presque seul, a lutté trois ans contre une Assemblée inte-puissanle pour s'opposer à lexcessive extension de l'autorité |lfale; comme un homme qui, bravant toutes les calomnies d'une fac- IN) aujourd'hui confondue avec celle qui me poursuit, demanda que le rque fugitif fût soumis à la justice des lois; comme un homme sûr que la majorité de l'Assemblée rétablirait Louis XVI sur le s'est dévoué volontairement à la vengeance de ce roi pour mer les droits du peuple ; comme un homme enfin qui défendra re, au péril de sa vie, la constitution contre la cour et contre les factions. Je suis républicain I Oui, je veux défendre les prinde l'égalité et l'exercice des droits sacrés que la constitiition antit au peuple contre les systèmes dangereux des intrigans, qui la regardent que comme l'instrument de leur ambition. J'aime voir une assemblée représentative populaire et des citoyens es et respectés avec un roi, qu'un peuple esclave et avili sous la ge d'un sénat aristocratique et d'un dictateur. Je n'aime pas plus well que Charles !•% et je ne puis pas plus supporter le joug des mvirs que celui de Tarquin. Est-ce dans les mots de république ou
Éiarchie que réside la solution du grand problème social? Sont-ce nitions inventées par les diplomates pour classer les diverses de gouvernement qui font le bonheur et le malheur des nations, k la combinaison des lois et des institutions qui en constituent la Stable nature? Toutes les constitutions politiques sont faites pour le
fc>le; toutes celles où il est compté pour rien ne sont que des attencontre l'humanité. »
n se défiait avec raison de ceux qui, dans un changement de gouverkement ou de dynastie, voulaient tout simplement satisfaire leur am- Éion personnelle. Tout récemment, le 6 mai, aux Jacobins, il avait provoqué une sévère mesure de discipline contre l'abbé D'Anjou, pour kvoir proposé de mettre à la place du roi actuel des Français un des b du roi d'Angleterre; cette motion antipatriotique et insidieuse ayant pom but, suivant lui, d'accrottre le désordre auquel on était en proie * de jeter une nouvelle défaveur sur la société des Amis de la Consti- Won (1). Que lui importait qu'on reconnût avec lui, avec tout le
(1) Voyez le Journal des débats et de la eorresjHmdance de la Société des Ami» de la CMlifuUon, numéro 190.
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monde, les défauts de la constitution, si Ton ne défendait pas davantage la liberté individuelle, celle de la pensée, le droit de réunion et celui de pétition? On renouvelait de temps en temps le bruit d'un prochain départ du roi, mais le roi avait fui Tannée précédente, et cet événement avait tourné au désavantage du peuple et au profit du despotisme. C'était précisément Tépoque où la coalition, dont La Fayette était un des chefs, avait rendu au monarque une autorité immense aux dépens de la nation, et appesanti sur tous les patriotes un joug de fer. Prenant alors directement à partie ses adversaires : « Que faisiez-vous durant ce temps-là, vous, Brissot, vous, Condorcet? car c'est vous et vos amis que j'ai ici en vue, » s'écriait-il. Puis, dans un parallèle accablant, il leur reprochait d'avoir, — tandis que lui, se tenant dans les limites de la constitution, s'opposait énergiquement à toutes les mesures liberticides, — intempestivement prononcé le mot de république. Connus jusque-là par leurs liaisons avec La Fayette, sectateurs assidus du club demi-aristocratique de 1789, comment s'étaient ils si subitement transformés en républicains? Leurs principes, il est vrai, avait soin d'ajouter Robespierre en faisant allusion au Traité tur /« République publié par Condorcet, étaient beaucoup moins populaires que ceux de la constitution actuelle, mais ce seul mot avait suffi ponr jeter la division parmi les bons citoyens, donner aux ennemis de la Révolution le prétexte de persécuter les véritables patriotes transformés en factieux, et reculer pour un demi-siècle peut-être le règne de la liberté. 11 reprochait encore à Brissot et à Condorcet, mais sans incriminer leurs intentions, comme nous avons déjà eu soin de le dire, d'avoir en quelque sorte fatalement provoqué les déplorables événements (h Champ-de-Mars au 17 juillet, date à jamais néfaste, où la contre-révolution s'était retrempée dans le sang des patriotes, et avait rcp* courage. S'exposer aujourd'hui par des innovations dangereuses* allumer la guerre civile au moment où venait d'éclater la guerre étrangère serait; conunettre le plus grand crime contre la patrie, pensait Robespierre. Il engageait donc tous les Français à se rallier avecte autour de la constitution, et à la défendre à la fois contre le pouvoir exécutif et contre les factieux. Ses défauts appartenaient aux hommes, mais ses bases étaient l'ouvrage du ciel, continuait-il. « Elle porte en elle-même le principe immortel de sa perfection. La Déclaration des droits, la liberté de la presse, le droit de pétition, celui de s'assembW paisiblement, des représentans vertueux, sévères envers les grands, inexorables pour les conspirateurs, indulgens pour les foibles, respectueux pour le peuple, protecteurs ardens du patriotisme, gardietf religieux de la fortune publique, des représentans qui ne s'appfr
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quent point à faire des ministres, mais qui les surveillent et les punissent sans partialité, moins initiés dans les intrigues de la cour que dans l'art de défendre la liberté, la paix et Tabondance renaissant sous leurs auspices, il n'en faut pas davantage pour forcer la royauté à marcher dans le sentier que la volonté du Souverain lui a tracé, ou pour amener insensiblement et sans secousse Tépoque où Topinion publique, éclairée par le temps ou par les crimes de la tyrannie, pourra prononcer sur la meilleure forme de gouvernement qui conrient aux intérêts de la nation. Nous aurons donc le courage de défendre la constitution, au risque d*étre appelé royaliste et répubïimn, tribun du peuple et membre du comité autrichien. Nous la défendrons avec d'autant plus de zèle que nous en sentons plus vivement les défauts. Si notre obéissance entière, même aux décrets qui blessent nos droits, est un sacrifice à nos anciens oppresseurs, que œux-ci ne nous refusent pas du moins l'exécution de ceux qui les protègent. > Ainsi voilà donc bien nettement tracé le programme de Robespierre : il voulait la constitution, interprétée dans le sens le plus démocratique, et se proposait de la défendre, non contre la volonté générale et la liberté, mais contre les intérêts particuliers et la perfidie, comme il le disait lui-même (1). On voit maintenant combien il est ridicule de présenter Brissot et Condorcet comme ayant été républicains, dans le sens que nous attachons à cette expression, alors que leur adversaire défendait encore les doctrines constitutionnelles. Ro- J*espierre ne se payait point de mots. De Tarticle que nous venons d'analyser, et de tous ses écrits ou discours antérieurs, il résulte lo'il voulait la république comme l'entendent les vrais démocrates, «ans la nommer encore, de peur de perdre par trop de précipitation ce qu'on possédait déjà, tandis qu'il reprochait, non sans quelque raison, à ses adversaires, de vouloir le nom sans la chose avec toutes ses conséquences.
Combien de fois avons-nous entendu, depuis, les hommes les plus attachés aux préjugés de l'ancien régime revendiquer la liberté plus J^utet plus fort que les véritables démocrates, cette liberté dont ils se montrent si avares quand ils sont au pouvoir ! Ah ! les exemples ne nous manqueraient pas pour prouver k quel point Robespierre se trouvait, en cette circonstance, dirigé par la raison, par le bon sens, par le Sénie même de la démocratie.
(1) Voyez dans le premier numéro du Défenseur de la Constitution cet article intitnl»' : Exposition de mes principes. Outre cet article, ce numéro contient des observa- »Ds sur les movens de faire utilement la ffucrre, que nous avons éjralcment analysées, ^U réponse de Robespierre aux discours de Brissot et de Cîuadet.
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Cette exposition de principes à laquelle Robespierre avait mêlé st défense personnelle en termes bien modérés, comparativement aux diatribes journalières dirigées contre lui par ses adversaires, porta aa comble la colère des Girondins, laquelle s'était accrue déjà de quel* ques récents débals aux Jacobins, où l'avantage n'avait pas été de leur côté.
A la séance du 10 mai, un jeune homme, du nom de Méchin, secrétaire de Brissot, ayant proposé à la société, après un court éloge du ministre des finances Clavière, d'exiger de chacun de ses membres la justification du payement de ses contributions, sous peine de se voir privé de sa carte d'entrée au prochain trimestre, Robespierre réclama l'ordre du jour, et demanda qu'au lieu de s'occuper de l'éloge des ministres, on ouvrit immédiatement une collecte en faveur d*ua cidevant garde-française, persécuté à cause de son civisme. Une fois par hasard d'accord avec les Girondins, Tallien appuya vivement la demande du jeune protégé de Brissot. Robespierre se disposait à reprendre la parole, quand un certain nombre de membres, parmi lesquels on remarquait l'auteur de Faublas gesticulant violemment, voulurent contraindre le président à mettre aux voix la fermeture de la discussion. Un tumulte effroyable suspendit pendant plus d'une demi-heure les travaux de l'assemblée. Inébranlable à la tribuDe« Robespierre insistait toujours, au milieu du bruit, pour répondre à Tallien : « Il ne s'exerce ici de despotisme que celui de la vertu, » s'écria Mendouze ; « au nom de la justice, M. Robespierre sera en* tendu. » Ces quelques mots, énergiquement prononcés, calmèrent l'effervescence générale, et Robespierre put enfin se faire écouter.
La proposition d'astreindre tout membre de la société à justifier du payement de ses contributions se présentait sous les dehors du patriotisme, mais elle ne lui en semblait pas moins dangereuse et ioatile; il venait donc la combattre, au risque d'être dénoncé par ses auteurs comme un défenseur des anarchistes, des sans-culottes et des perturbateurs. Vouloir s'opposer à la perception de l'impôt était bien loin de sa pensée, on le savait, et sa conscience, d'ailleurs, lui suffisait. Il avait d'avance la preuve de la bonne volouté des citoyens en gêné-