LIVRE Vil. — MOTION DE JIECHIX COMBATTUE PAR ROBESPIERRE 25r
ral à acquitter leurs contributions, et s'oi applaudissait, car jamais il n'avait contesté la nécessité de Timpôt. Quelques risées ayant éclaté : eCes risées,» dit Robespierre, ^ sont aussi déplacées qu'elles décèlent de méchanceté. ^ Il ne pouvait s'empêcher de s'indigner en voyant qu'au lieu d'occuper la société des grands intérêts de la liberté, on venait lui soumetti'e une proposition inutile^ puisque les rentrées s'ef* fectuaient régulièrement; dangereuse, en ce qu'elle contenait une mesure inquisitoriale. Que signifiait donc ce zèle d'exiger des membres de la société une quittance d'imposition pour assister aux séances? Était-ce là un titre suffisant de patriotisme ? Comment ! un homme repu du sang de la nation, vendu à la cour, aux ennemis de la Révo* lution, apporterait sa quittance du percepteur, et il recevrait une carte d'admission refusée peut-être à un bon citoyen indigent, car on ne distinguerait pas entre la mauvaise volonté et l'impuissance ! c II me paraîtraitun meilleur citoyen,» ajoutait Maximilien, «celui qui, pauvre mais honnête homme, gagnerait sa vie sans pouvoir payer ses contrihutions, que celui qui, gorgé peut-être de richesses, ferait des présents corrupteurs; qui, engraissé de la substance du peuple, viendrait se faire un mérite des actions que la nation aurait peut-être à lui reprocher (1). » Cette proposition, continuait-il, était attentatoire aux principes de l'égalité, puisqu'elle tendait à écarter des sociétés patriotiques les citoyens qui se seraient trouvés momentanément dans l'impossibilité de payer leurs contributions; attentatoire à l'humanité, en ce qu'en rendant hommage a la richesse elle avilissait l'indigence ; elle était fallacieuse enfin, en ce qu'elle érigeait en titre de patriotisme ce qui n'était qu'un simple devoir et l'exécution même de la loi. Et en «'exprimant ainsi, Robespierre n'était-il pas dans le vrai ?
Prévoyant à combien d'attaques nouvelles il allait être en butte de h part des Girondins pour s'être permis de combattre une de leurs propositions, il termina en ces termes : « Je suis exposé à toutes les calomnies, c'est pour cela que je suis venu à cette tribune énoncer hautement mon opinion ; c'est pour cela que je viens défendre les droits les plus sacrés du peuple. Je dirai que plus le zèle à soutenir sa cause
(l) C« langage si naturel dans la circonstance, ce discours si digne dn patriote <{Bi le prononçait, voilà ce que M. Michelet, dans sa partialité systématique, f^pelle «Doore une tendance désorganisatrice, un bavardage hypocrite, une lâche flatterie au popuUire (t. III, p. 437-438). M. Michelet ne s'est donc pas souvenu que sous la Convention, à nue époque où tant de faux démocrates flattaient le peuple, Robespierre «lemandaque tous les citoyens sans exception, les plus pauvres comme les plus riches, (méat astreints au payement de Timpût? C"était, à ses yeux, le premier devoir du citoyen que d'acquitter ses contributions. « Xe privez pas la République du denier <le 1* veuve, idisait-iU
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deviendra dangereux, que plus il confondra les factieux, et plus je défendrai les principes de la liberté, de l'égalité et de rhumamté. Perfides intrigants; vous vous acharnez à ma perte, mais je vous déclare que plus vous m*aurez isolé des hommes. .. * — Tallien, qui présidait, rayant, à ces mots, invité à rentrer dans la question, — il y est, s'écria une voix. — « Oui, > reprit Robespierre, c plus vous m*aurez isolé des hommes, plus vous m*aurez privé de toute communication avec eux, plus je trouverai de consolation dans ma conscience et dans la justice de ma cause. Je conclus à ce qu'attendu que la société veut le payement des contributions, mais qu'elle veut en même temps le maintien de la constitution ; que, pour v parvenir^ il n'est pas utile d'avilir l'indigence, d'ouvrir une large porte à l'intrigue, à la calomnie, aux privilèges de l'opulence, de dénaturer toutes les idées, je conclus a ce qu*elle passe à l'ordre du jour. » Des applaudissements redoublés accueillirent cette éloquente improvisation, et les chapeaux s*ngitèrent en l'air en signe d'approbation.
Danton prit ensuite la parole, dénonça la proposition girondine comme attentatoire à la majesté du peuple, et poussant droit aux calomniateurs, il s'écria : a M. Robespierre n'a jamais exercé ici que le despotisme de la raison ; ce n'est donc pas l'amour de la patrie, mais une basse jalousie, mais tontes les passions les plus nuisibles qui excitent contre lui ses adversaires avec tant de violence. » Puis, après avoir rappelé le pénible silence auquel il s'était condamné, lui Danton, et promis de démasquer a son tour ceux qui se vantaient tant d'avoir servi la chose publique, — allusion au discours de Brissot, — il ajoutait : « 11 sera peut-être un temps, et ce temps n'est pas éloigné, oui! faudra tonner contre ceux qui attaquent depuis trois mois une vertu consacrée par toute la Révolution, une vertu que ses ennemis d'autrefois avaient bien traitée d'entêtement, mais que jamais ils n'avaient calomniée comme ceux d'aujourd'hui.»
Méchin voulut répondre; quelques membres, entre autres Merlin (de Thion ville), lui fermèrent la bouche en lui opposant le règlement. Cependant, après un assez long tumulte, qui fit dire à Merlin : c il me semble qu'un démon souffle dans cette société le feu de la guerre civile, » Méchin parvint à reprendre la parole. Mais sa proposition, ayant contre elle l'immense majorité de la société, fut enterrée sous l'ordre du jour (1). Les Girondins ne pouvaient pardonner à Robespierre de
(1) Voyez pour cette importante séance le Journal des débats et de la correspondant* ih Ui Société des Amis de la Constitution, numéro 193. — Préfet à Caon ou il a laisàié «î^ terribles souvenirs de son dévouement au desjjotîsme impérial, Ijaron de l'Empirç. l'ardent girondin Méchin figura dans le camp de l'opposition sons la lîcstîinration, à