‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 110 sur 314 · LIVRE VII. REPOXSE A CONDORCET · texte numérisé non relu

LIVRE VII. REPOXSE A CONDORCET

on s'en souvient peut-être, Textrait d'une lettre contre les prêtres en général, faussement attribuée à Maximilien, et s^était bien gardé d'in* aérer le démenti de ce dernier. Depuis il n'avait jamais perdu Toccasion d'invectiver Robespierre en termes injurieux à l'excès. Ces suppositions de lettres étaient, paraît-il, dans le goût de cette feuille, car nous Pouvons dans le numéro du 18 mai 1792 une longue lettre soi-disant adressée par Robespierre aux auteurs du Journal des débats et de la ctnrespondance de la Société des Amis de la Constitution. C'était une parodie sanglante de ses motions et de ses discours sous forme de reproche aux rédacteurs de cette feuille de se faire un jeu a de la réputation d'un incorruptible; » expression qui revenait comme un refrain à la fin de chaque phrase. Comme Robespierre s'était permis de critiquer Condorcet et les géomètres dans sa réponse à Brissot, on lui prêtait cette phrase : « Vous me faites insulter la philosophie et les lettres, et Ton accuse.de fanatisme et de barbarie un incorruptible (1). j» Robespierre répondit à cette attaque dans le deuxième numéro du Défenseur de la Constitution; il répondit sans trop d'aigreur, et dignenient, comme on peut en juger : a Ou m'a forcé de lire la Chronique, et j'y ai trouvé une lettre écrite sous mon nom à l'auteur d'un Journal its débats de la Société des Amis de la Constitution^ et au bas de laquelle on a mis ma signature. Je n'ai jamais aperçu une grande disi tance entre les libellistes et les faussaires : cependant, lorsque des calomniateurs périodiques veulent réunir l'un et l'autre métier, ne passent-ils pas les bornes de la licence qui leur est permise; et quoiqu'aucun homme sensé ne puisse se plaindre d'être calomnié par la llrenique, seroit -il déraisonnable de réclamer une fois pour toutes contre tous les faux passés et futurs que ce papier pourroit contenir! k propose cette question à M. Condorcet, l'homme du monde le plus scrupuleux but les abus de la presse : témoin cette même Chronique où oaguère il déclaroit, d'un ton vraiment terrible, que l'Assemblée

(1) Ckfhi^ue de Parité du 18 niai 1792. Si le journal de Condorcet défendait contre ]><^pierTe Xarbomie et La Fayette, contre lequel Brissot va bientôt lui-m«xne récla- Bw avec fureur un décret d'accusation, il ne brillfiit cependant point par la toléitoce.Xous avons déjà donné un écliantinon des facéties de cette feuille girondine et ■outrée; en vmei vn nouveau : c Un membre de la société des Jacobins a proposé de tnuporter les prêtres réfractaires à Alger, et d'en faire un échange en donnant deux piètres pour un captif; cela n'est pas cher. » (X» du 25 mai.) De son côté, le secrétaire ^BrissoC, le jflinie Méchin, disait aux Jacobins, k propos de ces mêmes prC^trcs in- ^rmentés : a Je désire bien ardemment qn^il soit possible de transporter cette ivraie aBotany-Bay et autres lieux. > {Journal des débats et de la correspondance de la Société ^ ^ooatro 194). £t ces gens-là taxaient Robespierre d'exagération, parce quMl avait ôais sur la guerre une autre opinion que hi leur, et qu'il attaquait La Fayette, dont ■OQs allons bientôt les voir devenir eux-mêmes les accusateurs acharnés.

nationale étoit déterminée à foudroyer tous les écrivains incendiaires (1). » Certes, après une agression si violente et si injuste, il n'était guère possible de répondre avec plus de mesure; mais la fureur des Girondins semblait ' croître en proportion de la modération de leur adversaire.

Et cependant sur les points principaux de la Révolution, sur les grandes questions de la liberté, ils étaient d'accord avec Robespierre, sans toutefois jamais se tenir aussi fermes que lui dans les principes, comme on le peut voir par un exemple. Il était beaucoup question à cette époque du fameux comité autrichien; la cour résolut d'intimider les dénonciateurs. A cet efiet, le journaliste Carra fut cité devant le juge de paix de la section de Henri IV, par Bertrand de Moleville et Montmorin, qui se plaignaient d'avoir été calomniés par lui ; il les avait, et non sans raison, on le sait aujourd'hui, accusés d'être lès agents du cabinet des Tuileries près la cour de Vienne. Le rédacteur des Annales politiques ayant déclaré tenir ses renseignements de Merlin, de Chabot et deBasire, le juge de paix delà section de Henri IV, Etienne de Larivière, lança le 18 mai, sans autre forme de procès, un mandat d'arrêt contre les trois députés, et le lendemain, dès cinq heures du matin, ils étaient arrêtés dans leurs lits par des gendarmes. On voit où en était encore le respect de la liberté individuelle en l'an quatrième de la Révolution, sous l'empire de la constitution et sous un gouvernement régulier; cela suffit à indiquer quelle était alors la puissance de la réaction. Robespierre ne put s'empêcher d'écrire, après avoir raconté le fait dans son journal : c Le pays où. les fonctionnaires publics osent (»mmettre de pareils attentats est encore bien éloigné d'être un pays libre (2). » L'Angleterre, qu'il n'avait garde de citer en tout pour modèle, comprenait beaucoup mieux le respect dû à la liberté individuelle, et dans ce pays les trois citoyens illégalement arrêtés auraient eu le droit de repousser la violence par la force ; en France, au contraire, on s'étonnait à peine de l'arrestation arbitraire de trois représentants du peuple. .

(1) Défenseur de la Constitution, numéro 2, p. 99.

(2) îbid,, numéro 2, p. 86.

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