‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 111 sur 314 · LIVRE Tir. — CONDAMNATION DE LEGOINTRE A TROIS JOURS DE PRISON · texte numérisé non relu

LIVRE Tir. — CONDAMNATION DE LEGOINTRE A TROIS JOURS DE PRISON

Cependant l'Assemblée nationale s*éinut, et au bout de deux jours, après deux longues et tumultueuses séances pendant lesquelles Timprudent juge de paix trouva des approbateurs et des défenseurs, elle se dédda, sur la proposition de Gensonné, éloquemment appuyée par Guadet, à traduire Etienne de Larivière devant la haute cour d'Orléans (1). Pour les progrès de l'esprit public, et dans Tintérët des prin« opes, Robespierre regretta que les orateurs qui avaient discuté la question eussent fondé leur opinion sur l'outrage fait au Corps législatif, au lieu de réclamer les droits de tous les citoyens violés dans la personne des trois députés arrêtés, a La dignité des représentans D'est qu'un éclat emprunté de la majesté du peuple ; > disait-il; a sans ia liberté civile, la liberté politique n'est qu'une chimère, ou plutôt celle-ci n'a d'autre objet que d'assurer l'autre, c'est-à-dire de protéger la persoiine et la propriété de chaque citoyen. » Les plus faibles individus opprimés devaient jouir de la même protection que les magistrats eux-mêmes, et il eût été, selon lui, de la dignité des législateurs d'asseoir leur décret sur ces principes. En finissant, il engageait instamment l'Assemblée législative à délivrer le pays de tous ces faux officiers de paix qui semblaient avoir déclaré au patriotisme Dne guerre inomortelle, et à réformer un code de police vé du génie 'de Tibère, et inexplicable sous l'empire d'une constitution libre (2).

Le lendemain même du jour où elle décrétait d'accusation le juge de paix Larivière, l'Assemblée législative condamnait à trois jours de prison un de ses propres membres, Laurent Lecointre, sur la dénonciation de neuf soldats de la garde des cent-suisses qui s'étaient plaints d'avoir 6lé arbitrairement détenus par les ordres de ce député. Comme membre liacoaûtéde surveillance, Lecointre avait été averti que ces neuf individus étaient enrôlés pour Coblentz, et il en avait écrit à la municipalité ^ Béfort, laquelle les avait fait arrêter au passage. Cela atténuait sin- 9dièrement le délit reproché au député de Versailles ; toutefois ses collège crurent devoir donner une preuve de leur attachement aux principes par cet acte de rigueur envers un des leurs. Robespierre y vit un i^t^Bunage rendu à la liberté individuelle, et il en félicita l'Assemblée. ^ Laurent Lecointre n'en avait pas moins droit, ë son avis, à l'estime ^ bons citoyens ; et rappelant tous les services rendus par ce représentant à la cause de la Révolution, il le défendit contre les attaques de Condorcet, auquel il reprocha de nouveau d'avoir appartenu à la coterie

pi Jfontieur da 21 mai 1792. J.-B. Etienne de Larivière se trouva au nombre des pnioDoieri massacrés à Versailles au mois de septembre suivant. (2) Défnueur di la CoMtUution, numéro 2,, p. 85 & 92.

qui avait dénoncé à l'opinion publique l'auteur du Contrat social comme un fou orgueilleux, comme un vil hypocrite, et d'avoir excité contre ce grand philosophe la vengeance des ministres et le despotisme des rois (1). Oubliant Tappui qu'il avait trouvé en c^tte circonstance auprès de Robespierre, nous verrons plus tard Laurent Lecointre s'unir, pour conspirer sa perte, aux sanglants héros de Thermidor.

Tout intérêt s'effaçait en ce moment devant la curiosité éveillée par ce mystérieux comité autrichien auquel les Girondins, dont l'influence venait de se fortifier par l'élévation d'un de leurs amis, le colonel Servan, au ministère de la guerre, imputaient toutes les machinations, toutes les intrigues, toutes les manœuvres ourdies contre la Révolution. Frère de l'ancien avocat général de ce nom, et ami de madame Roland, le colonel Servan passait pour un homme austère, probe, énergique. Sa nomination parut d'un bon augure à Robespierre, qui le félicita d'avoir tout d'abord songé à déjouer les complots contre-révolutionnaires, se réservant, après l'avoir loué, de se rétracter si la conduite ultérieure du nouveau ministre démentait ses premiers actes (2). La dénonciation contre le comité autrichien portée à la tribune de l'Assemblée législative pouvait devenir une occasion de réconciliation entre Robespierre et les Girondins ; mais, par la faute de Brissot, elle ne fit qu'envenimer la querelle. A la séance du 23 mai, Gensonné et Brissot s'attachèrent, dans deux interminables discours, à prouver l'existence de ce comité, et proposèrent à l'Assemblée de décréter la mise en accusation del'ex-ministre Montmorinetrexamende la conduite des anciens ministres Duport et Bertrand de Moleville (3). A la suite de cette formidable dénonciation, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure, une fermentation extraordinaire se produisit dans les esprits; la trahison sinistre apparaissait à tous les regards, et de nouveau Ton parlait du prochain départ du roi. Provoquée de toutes parts, l'Assemblée législative rentra dans la voie des sévérités terribles. Après une longue discussion du rapport de Français (de Nantes) sur les prêtres non assermentés, elle décida le 27 mai, sur la double proposition de Guadet et de Vergmaad, comme mesure de sûreté publique et de police générale, que-la déportation d'un ecclésiastique réfractaire serait prononcée de plein droit

(1) Défenseur de la ConstituHon, numéro 2, p. 93 à 99. Ce second numéro du Défrnmr ile la Cmistitution contient : 1' un article sur la nécessitt et la naltirff de la diêcipUn* fluKtaire^ que hons avons analysé plus haut; 2o un article intitulé : Nouvel attentat contrt la liberté individuelle et contre les droits du peuple ; 3* Emprisonnement de M. Lecoinirr; •1« Observations sur un pamphlet; 5* un certain nombre de décrets rendus par l'Assemblée.

(2) Ibid., numéro 3, p. 141.

(3) Voyez le Moniteur du 24 mai 1792.

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