‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 112 sur 314 · LIVRE VII. IRRITATION CROISSANTE · texte numérisé non relu

LIVRE VII. IRRITATION CROISSANTE

par les directoires de département, lorsqu'elle serait réclamée par vingt citoyens actifs d'un même canton (1). Il était difficile d*aller plus loin dans la rigueur. Quoi! il suffisait du caprice de vingt personnes, sans autre motif, pour obtenir la déportation d*un citoyen!

Le lendemain, sur la motion de Carnot jeune, l'Assemblée se déclarait en permanence, comme aux jours des grands périls. Robespierre n'avait donc pas eu tort de dénoncer depuis un mois Texistence d'une conspiration sourde contre la liberté et les manœuvres des ennemis de la Révolution dans toute l'étendue du pays, combinées avec la guerre extérieure. Le 29» l'Assemblée législative prononçait le licenciement de la garde du roi , à la formation de laquelle, un an auparavant, Robespierre s'était si vivement opposé, et qui se composait en grande partie, comme nous l'apprend Dumouriez, d'officiers ayant quitté leurs régiments pour refus de serment à la constitution, et de coupe-jarrets et de chevaliers d'industrie recrutés dans tout Paris (2). En même temps le commandant de cette garde, M. de Cossé-Brissac, était décrété d'accusation. Le 30, vers six heures du soir, paraissait à la barre une députation des citoyens de la section des Lombards, dont Torateur, — c'était Louvet, — réclama impétueusement la permanence des sections et d'énergiques mesures contre les conspirateurs, afin d'empêcher qu'un jour, dit-il, on ne fût réduit a à l'affreuse nécessité de faire ruisseler dans les rues de la capitale le sang des rebelles.... Prévenez une catastrophe sanglante qui, faute de précaution, deviendrait tôt ou tard inévitable (3)... » Ne sent-on pas déjà dans ces paroles sombres passer le souffle avantcoureur de la Terreur? Eh bien! l'homme inconsistant qui les prononça ne craindra pas de reprocher un peu plus tard à Robespierre d'avoir consenti à être à son tour l'organe d'une section et de la commune de Paris aupr&s de l'Assemblée souveraine. Et pourtant combien plus modéré se montrera le second dans sa fermeté énergique ! Robespierre assistait, étonné, au spectacle des événements qui se déroulaient sous ses yeux. Comment ! après lui avoir fait un crime d'être trop soupçonneux, d'accuser vaguement, de voir partout des complots, foissot et ses amis venaient, sans plus de preuves, traduire la contrerévolution à la barre du pays! Cela certes avait droit de le surprendre; aussi, en jetant un coup d'œil sur la séance permanente de l'Assemblée nationale, se bornaitril, a^rès avoir donné son approbation aux décrets

(1) Voyez ce décret en xix articles, précédé du rapport' de Français (de Nantes) àwa&V Histoire fyarlementaire de la Révolution^ par MM. Bûchez et Koux, t. XIV, p. 247.

(2) Mémoires de Dumourwx, t. II, p. 167.

(3) Voyez le discours de Louvet dans le Moniteur du 1" juin 1792.

motivés par une impérieuse nécessité, à former des voeux poor le bonheur et la liberté de son pays (1).

Que dans un intérêt contraire à tous les principes de la Révolution la cour correspondit secrètement avec les puissances étrangères; que Mallet du Pan, de Breteuil, Montmorin et Bertrand de Moleville fussent les agents d'un concert avec l'Autriche, d'une intrigue coupable, c'est chose avérée aujourd'hui, nullement discutable (2). Brissot n'avait donc pas tort de dénoncer hautement la conduite du roi et celle de ses conseillers intimes. Mais où la passion l'emporta au delà de toutes les bornes, ce fut quand il ne craignit pas, mêlant les rancunes particuières à l'intérêt du pays qui seul aurait dû l'occuper, de répéter à la tribune de l'Assemblée nationale les absurdes accusations dont son journal et celui de Condorcet se faisaient chaque jour les échos à l'égard de Robespierre. Il ne le nommait pas, mais il le désignait assez clairement quand il disait qu'on avait reconnu l'existence du comité autrichien dans les événements qui avaient récemment affligé la France, dans cette opposition d*UN certain parti à la guerre offensive contre l'Autriche. Le journal de Prudhomme, son récent allié, n'y put tenir; il lui reprocha, dans les termes les plus amers, d'avoir été de mauvaise foi en écrivant ces lignes où tout était perfide, méchant, calomnieux, où chaque mot, chaque lettre désignait un homme hors de son sang-froid. Brissot accusait ce certain parti, qu'il détestait beaucoup plus que celui de Gobleutz, de s'être opposé à la guerre parce qu'elle était dirigée contre l'Autriche. Ici éclatait de la façon la plus manifeste la déloyauté de Brissot, car, — on ne Ta pas oublié, — à l'origine, lui et ses amis se contentaient de demander avec Narbonne une guerre restreinte contre les petits princes d'Allemagne et les émigrés, tandis que Robespierre, montrant Coblentz à Paris, où Brissot maintenant commençait de l'ape^evoir également, voulait d'une guerre formidable des peuples contre les rois, mais seulement dans le cas où les despotes étrangers oseraient provoquer la France.

(1) Défenseur de la Coriêtitutionj numéro 3, p. 152.

(2) Voyez \ea Mémoires et correspondance de Mallet du jpan, t. I, ch. xii, et IcaMc moires de Bertrand de Moleville, t. II, ch. xxiv de Téd. de 1797.

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