‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 113 sur 314 · LIVRE VII. IL FAIT SUSPENDRE LES AFFILIATIONS · texte numérisé non relu

LIVRE VII. IL FAIT SUSPENDRE LES AFFILIATIONS

firissot reconnaissait encore l'existence du comité autrichien dans la lenteur des préparatifs de guerre; or une des principales raisons alléguées par Robespierre, lorsqu'il s'opposait à la guerre offensive, c'était précisément ce défaut de préparatifs, et l'événement venait de prouver combien ses craintes étaient fondées. « Escobarl » ne pouvait s'empécber de dire à Brissot le rédacteur des Révolutions de Paris^ c il n'y a plus à douter ici de votre friponnerie, et nous vous prenons la main dans le sac. » Et, revenu à ses premiers sentiments envers Robespierre, le journal de, Prudhomme reprochait aigrement au parti de la Gironde de chercher à rendre odieux les patriotes intacts de la Révolution, afin d'élever un système d'aristocratie et de richesses sur les débris de la coDstitution et de l'égalité (1). t lis parlent d'union et de concorde, » t'était récemment écrié, en s'expliquant sur Brissot, Condorcet et leurs snis, on honune qui s'entendait bien en calomnies, c ils parlent d'onion et de concorde, eux qui n'ont jamais calomnié avec tant de I iveur que depuis que leurs calomnies ont perdu leur effet (2). » I Maintenant est-il possible à un homme sincère, impartial, désinté- |Raé, de s'étonner que Robespierre, après avoir été diffamé avec ItiDt d'acharnement et déchiré d'une manière si sanglante, ait senti j tressaillir en lui des désirs de vengeance, ait dépassé lui-même, d^s I h riposte, la juste mesure? Dès le 27 mai, il proposait à la société des ^bcûbins de suspendre les affiliations jusqu'à nouvel ordre, se fondant ar ce que, depuis quelque temps, certaines sociétés affiliées étaient devenaes entre les mains de plusieurs personnes un moyen d'égarer fopiflioB publique. Chaque jour, en effet, on affiliait une multitude de jtociétés, dressées, c'est le mot, par le comité de correspondance de la l^odété-mère, et toutes remplies, par conséquent, des passions gironfaes. U s'ensuivait que la majorité des Jacobins ne se trouvait nullement CD CQoununion d'idées et de sentiments avec des sociétés obéissant au Bût d'ordre d'une minorité dont presque tous les membres avaient '^des faveurs ministérielles. Aussi Robespierre put- il dire en ^ à ses adversaires, sans qu'aucun d'eux osât lui répondre sur ce point : « Je conçois bien que des hommes qui viennent dans une société sans en retirer d'autre fruit que des persécutions, je conçois iMen, disr-je, que la chose publique les occupe. Mais lorsque je vois des B^bres de comités parvenir tout à coup à des emplois lucratifs, je ne ^ plus en eux que des ambitieux qui ne cherchent qu'à se séparer

(1) Voyez le nnméro 150 des Récolutiom de Paru, où se trouve un examen trësippnfondi des discours de Gensonné et de Brissot, p. 347 et suiv.

(^ Snpplément an Journal d€ Paris du 12 mai 1792. Article intitulé : De I0 guerre ^^^mmûirM, et signé de LacreteUe jeune.

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du peuple. Eh bien! qu*est-il arrivé? Des membres qui composaient le comité de correspondance, il en est à peine six qui aient échappé aux places ; et le patriotisme payé m'est toujours suspect. (Applauiih céments.) Je vois que ceux qui Tont composé ont toujours rédigé et présenté les adresses, ont toujours eu entre les mains tous les moyens de capter les suffrages en leur faveur. Et Ton veut que je ne CToie pas à leurs mauvaises intentions! Non, ils ne parviendront pas à m'en imposer. » La proposition, vainement combattue par La Source, fut votée au milieu des acclamations (1). Brissot ressentit vivement le coup, et son compère, Girey-Dupré, ne manqua pas, dans le Patriote, de présenter la motion adoptée comme ayant été faite en quelque sorte à l'instigation du comité autrichien (2).

A bout de patience, le cœur ulcéré, Robespierre lança, dans son numéro du 31 mai, un réquisitoire terrible contre ses adversaires. H faut lire entièrement Tarticle intitulé Considérations sur rtine desprin- {'iftaUs causes de nos maux, pour se convaincre une fois de plus delà perspicacité de son esprit et de la profondeur de ses vues. Il n'est guère de morceau plus fortement pensé, plus vigoureusement écrit. « La reine du monde, c'est l'intrigue, » s'écrie-t-il en commençant; et tout dp suite il nous montre comme les éléments éternels dont se composent la servitude et la misère du genre humain, d'une part l'ignorance, les préjugés, la crédulité imbécile, et de l'autre la perfidie, tous les vices et quelques talents. La Révolution! elle eût été terminée presque aussitôt que commencée, si, fidèle à ses serments, la cour eût fait exécuter loyalement les lois nouvelles et secondé franchement l'esprit public, au lieu de semer partout la division et l'intrigue en empruntant les formes et le langage de la constitution, comme jadis les premiefs tyrans de l'empire romain avaient conservé les noms des anciennes magistratures pour familiariser la postérité des Caton et des Brutos avec le monstre du despotisme. Dès lors, continuait-il, les intrigants qui ne cherchaient dans la Révolution qu'un moyen de puissance et de fortune s'étaient mis hypocritement à son service. Impossible de tracer de tous les charlatans politiques une peinture plus saisissante et plus vraie. Les plus dangereux, à ses yeux, n'étaient pas ceux qo défendaient ouvertement les maximes du despotisme, comme les Oor lès et les Maury, mais ceux qui, étalant de beaux principes, endormaient le peuple en combattant ses ennemis sur des points de médiocre importance pour s'accorder avec eux dans les occasions décisives;

(1) Journal des débatê et de la correêpondancê de la Société des Amis de la ComstH»^^ numéro 202.

(2) Patriote françois du 7 juin 1792.

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