‹ Histoire de Robespierre (volume 2)Chapitre 114 sur 314 · LIVRE VII. TERRIBLE REPONSE A BRISSOT ET AUTRES · texte numérisé non relu

LIVRE VII. TERRIBLE REPONSE A BRISSOT ET AUTRES

qui divisaient les assemblées représentatives en côté droit et côté

gaache, pour déserter plus aisément la cause populaire sur les bancs

<A d'abord ils avaient paru la défendre ; qui partout répandaient Tim-

posture et calomniaient sans cesse les patriotes que Tor n'avait pu cor>

rompre, et que rambition n'avait point égarés; qui, enfin, aux faveurs

do pouvoir executif, voulaient allier la bienveillance du peuple. Il lui en

coûtait, disait-il, d'attaquer des individus dont il aurait mieux aimé ne pas

parler; mais comment dévoiler les factions sans nommer Clodius, ou

Pisou, ou César ? Une autre raison lui rendait plus désagréable encore

celle tâche déjà pénible, et à cet égard il s'expliquait en ces termes :

« Diffamé déjà moi-même d'une manière aussi atroce qu'indécente par

les mêmes hommes dont je vais parler, on pourroit attribuer à un sen-

faent personnel, ou même au désil' naturel de punir la calomnie, une

*marche que m'inspire l'amour de la pairie et de la liberté; mais

eux drcoDstances me rassurent contre ce soupçon : la première, c'est

'91'ils ne se sont permis contre moi cette diffamation qu'au moment où

ij'arois déjà commencé à combattre leur système, et dans l'intention

' d'aflbiblir le poids de mes raisons; la seconde, c'est l'intérêt évident

^ do saiut public qui me défend de me taire, et la nature même des

témoins qui attesteront tout ce que je vais dire. Ces témoins seront les

bommes mêmes que j'accuserai; mes preuves seront leurs propres

'«ovres. Quel fonctionnaire public, quel mandataire du peuple pour-

îwt se plaindre de ce qu'on l'oppose à lui-même, et de ce qu'on le juge

I far ses actions? Sont-elles boimes? elles l'honorent; sont-elles mau-

! 'aises? les publier est le devoir de tout citoyen, c'est la seule sauve-

'prdedela liberté. Quels despotes seroient ceux qui, dépositaires des

; grands intérêts de la nation, ne devant aucun compte de leur conduite

politique aux tribunaux de la loi, prélendroient encore au privilège de

«soustraire au tribunal de l'opinion publique ! >

Puis, déchirant les voiles, il nommait comme les chefs les plus con '^ de la faction à laquelle il prétendait arracher son masque de Qvisme, Brissot et Condorcet, à qui il donnait pour lieutenants les ' principaux députés de la Gironde, Guadet, Gensonné et Vergniaud. Après leur avoir rendu grâces, au nom de l'humanité, d'avoir soutenu >»ec lui les droits des hommes de couleur, il leur reprochait d'avoir ^ndonné les gardes-françaises, ces premiers défenseurs de la liberté, ^ tous ces soldats patriotes persécutés par Narbonne ; de ne pas rtlre opposés à la révocation' du décret par lequel avaient été amnistiés tous les habitants d'Avignon compromis dans les événements 'i^lorables dont cette ville avait été le théâtre, et d'avoir permis par l^aupioavoir exécutif d'établir des catégories de coupables, selon ses

préférences et ses rancunes. Il leur reprochait de n'avoir pas pris en main la cause des Marseillais, « les sauveurs du Midi, les plus fermes soutiens de la Révolution », dont les commissaires, au nombre desquels était Rébecqui, s'étaient vus en butte à toutes les calomnies au sein même de l'Assemblée nationale; de n'avoir jamais plaidé en faveur du patriotisme et de l'innocence opprimés; d'avoir remplacé les anciens ministres par leurs amis, et de distribuer publiquement tous les emplois à leurs créatures, au mépris de la loi constitutionnelle qui interdisait aux mandataires du peuple d'aspirer aux libéralités du pouvoir exécutif. Sans doute on pouvait habiter sur les rives du Pactole sans être tenté d'y puiser ; mais, poursuivait Robespierre, les représentants de la nation doivent être inaccessibles au soupçon, pour te moins autant que la femme de César. U leur reprochait de s'ètie presque constamment montrés les défenseurs obstinés de La Fayette et de Narbonne, et rappelait, à ce sujet, les conférences secrètes tenues entre le premier et les députés de la Gironde, conférences dont nous avons parlé plus haut; il leur reprochait enfin d'avoir mis tout en œuvre pour corrompre les sociétés patriotiques et transformer en instruments d'intrigue et de faction < ces canaux nécessaires de l'instruction publique » ; d'avoir érigé des écrits en crimes de lèse-nation, et de n'avoir pas rougi, sacrifiant à une lâche vengeance le bon sens, la justice, la liberté civile et politique, d'être à la fois accusateurs, juges et parties; d'avoir appuyé le système honteux et corrupteur des dépenses secrètes] en faisant donner six millions aux ministres et quinze cent mille livres aux généraux avec dispense d'en rendre compte. Et à propos des généraux, il écrivait ces lignes qu'on ne saurait trop méditer : « N'est-ce pas vous qui avez voulu qu'on les iiiveslîl du pouvoir arbitraire de vie et de mort, et du droit de faire des lois pour l'armée? Ignorez -vous que ce sont ceux qui disposent de la force armée qui fixent le sort des révolutions? Ignorez-vous quel est l'ascendant que des généraux habiles et victorieux peuvent prendre sur • leurs soldats? Existe-t-il en France aujourd'hui une puissance égale de fait à celle dont les vdtres sont revêtus? L'histoire des autres peuples, l'expérience de la foiblesse et des passions des hommes, ne devroit^ elle pas vous éclairer sur des dangers si pressans? Le plus redoutable ennemi de la liberté des peuples, et surtout de la nôtre, c'est le despotisme militaire; et vous l'avez remis entre les mains de nospatnciensy dans celles du plus adroit, du plus ambitieux de tous! La constitution, l'Assemblée nationale, vous-mêmes, vous avez tout livré, en quelque sorte, à sa merci; attendez, et vous verrez si vous pourrei opposer une digue à ce torrent que vous vous plaisez à grossir. Veuille

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